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05 mai 2017

Odd Fellows....... la franc maçonnerie du pauvre.....

 

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Odd Fellows

Les loges d'Oddfellows ou Odd Fellows sont des sociétés amicales qui prétendent généralement être parmi les plus anciennes du monde. Elles furent parmi les premières à former des réseaux d'organismes locaux appelés « loges » et regroupés en « Grandes loges » rayonnant dans toute l'Angleterre à partir du milieu du xviiie siècle, d'une manière un peu similaire à ce que pratiquaient les loges maçonniques anglaises depuis 1717. Comme les loges maçonniques, elles se réclament d'une origine légendaire remontant bien avant, jusqu'aux Guildes du Moyen Âge, l'occupation de la Grande-Bretagne par les Romains, voire la déportation des Hébreux à Babylone.

Principalement anglaises ou américaines, elles furent créées pour la protection de leurs membres dans le besoin à une époque où la protection sociale n'existait pas. Elles prennent la forme d'associations non commerciales. Appartenant ainsi à leurs membres plutôt qu'à des actionnaires, elles leur reversent ce qu'elles gagnent sous la forme de services et d'aides. Tous les membres et leurs familles ont accès aux services de soin de l'association. Elles organisent également des collectes de fonds pour les œuvres caritatives locales et nationales.

Edwardian Hall, ancien hall des Odd Fellows de Redmond (Washington).

 

Histoire

Sociétés fraternelles et guildes

D'après la légende, les origines des sociétés fraternelles remonteraient à l'époque ou les hébreux rentrèrent de leur exil à Babylone en -587.

Plus vérifiable est l'évolution des guildes. Au xiiie siècle, les guildes de marchands étaient bien établies et prospères. Durant le xive siècle, les « maîtres » des guildes auraient restreint l'accès à celles-ci pour protéger leurs privilèges. Par contrecoup, les « compagnons » (fellows), moins expérimentés et moins riches, auraient constitué leurs propres guildes.

Les Odd Fellows

Dans les villages et les petites villes, il n'y avait pas suffisamment de compagnons d'un même métier pour permettre la création d'une guilde locale. C'est pourquoi plusieurs métiers différents se sont rassemblés pour former des guildes de compagnons provenant de différents métiers, donc des guildes de compagnons « dépareillés », en anglais « Odd Fellows ».

Au cours des 300 années suivantes, l'idée de gens n'appartenant ni à la noblesse ni au clergé rassemblant leurs forces pour améliorer leur situation souleva diverses oppositions, voire persécutions, de la part du pouvoir en place. Ce fut le cas par exemple lorsque le roi Henri VIII d'Angleterre se sépara de l'Église catholique romaine: les guildes furent alors considérées comme soutenant le Pape et en 1545 tous leurs biens furent confisqués. Elisabeth I leur retira la responsabilité de l'organisation de l'apprentissage et à la fin de son règne, la plupart des guildes avaient disparu.

Les loges de Oddfellows

La suppression des guildes marqua la fin d'une importante forme de protection sociale et financière pour les hommes et femmes ordinaires. Dans les principales cités, telles que Londres, quelques guildes (comme celles des francs-maçons et celles des Odd Fellows) réussirent à survivre en s'adaptant et en modifiant leur fonctionnement.

Les plus anciennes règles connues pour les loges de Oddfellows remontent à 1730 et à la loge « Aristarcus » de Londres. Aujourd'hui encore, beaucoup de pubsbritanniques portent le nom The Oddfellows ou Oddfellows Arms. Il s'agit toujours d'anciens lieux de réunion de loges deOddfellows.

Évolution

Une conséquence de la Glorieuse Révolution de 1688, qui vit le protestant Guillaume III d'Angleterre remplacer le roi catholique Jacques II d'Angleterre (Jacques VII d'Écosse), fut la scission au milieu du xviie siècle entre l'« Ordre des Oddfellows patriotiques » (The Order of Patriotic Oddfellows), basé dans le sud de l'Angleterre et soutenant Guillaume, et l'« Ordre ancien des Oddfellows » (The Ancient Order of Oddfellows) basé dans le nord et favorable aux Stuarts. En 1789, ces deux ordres se réunirent de nouveau pour former le « Grand Ordre uni des Oddfellows » (Grand United Order of Oddfellows) (à ne pas confondre avec le Grand United Order of Odd Fellows fondé aux États-Unis en 1943).

La Révolution française amena les cours d'Europe à considérer avec méfiance les Oddfellows comme les francs-maçons. De plus, de nombreuses sociétés amicales (Friendly societies) comme celle des Oddfellows inspirèrent au xixe siècle la naissance des syndicats, ce qui augmenta la défiance des pouvoirs en place.

The Independent Order - Manchester Unity

En 1810, des membres des Oddfellows de la région de Manchester, insatisfaits de la manière dont les affaires de l'« ordre uni » étaient conduites, formèrent un ordre indépendant dénommé « Manchester Unity ». Ils encouragèrent beaucoup d'autres loges à travers le pays à quitter le « Grand Ordre uni » et à les rejoindre.

Ils introduisirent en particulier de nouveaux avantages pour leur membres. Notamment le Travel Warrant, qui permettait aux membres qui recherchaient du travail à passer la nuit dans les locaux de l'ordre, gratuitement, n'importe où dans le pays. Ils instaurèrent aussi des programmes de protection sociale mutuelle permettant à leurs membres malades de couvrir leurs frais de consultation médicales ou d'hospitalisation.

L'indépendance du mouvement américain

Les Oddfellows se sont répandus aux États-Unis au début du xixe siècle: Plusieurs loges informelles existaient déjà à New York lorsque la branche américaine de l'ordre fut officiellement fondée à Baltimore en 1819 par Thomas Wildey et affiliée dès l'année suivante à l'ordre Manchester Unity.

En 1834, les Tolpuddle Martyrs, des membres de la société amicale des laboureurs du comté de Dorset, furent déportés en Australie après s'être mis en grève sous l'accusation d'appartenance à une « société amicale illégale ». Le bureau directeur des Oddfellows de Manchester modifia alors à la hâte la constitution et les rituels de leur ordre afin d'éviter un sort similaire à leurs membres. Les membres américains, eux, n'acceptèrent pas ces modifications faites pour satisfaire le gouvernement britannique qu'ils avaient combattu pendant la guerre d'indépendance des États-Unis. Ils déclarèrent donc leur indépendance sous le titre de Independent Order of Odd Fellows1.

Le temps de la légitimité au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, les Oddfellows continuèrent d'être regardés avec suspicion par le pouvoir et à plusieurs reprises, jusqu'en 1850, plusieurs aspects de son activité furent déclarés illégaux. Ceci n'empêcha pas l' Independent Order of Oddfellows Manchester Unity Friendly Society de devenir en 1850 la société amicale la plus importante et la plus riche de Grande-Bretagne. Cette croissance était le résultat de la Révolution industrielle, de l'absence de syndicats, et du manque de protection sociale.

En 1911, lorsque le gouvernement libéral mit en place le National Insurance Act, les Oddfellows britanniques protégeaient tant de gens qu'ils étaient devenus la société amicale la plus importante du monde et que le gouvernement reprit leurs tables de calcul des contributions et des remboursements.

La protection sociale d'état et les Oddfellows modernes

L'instauration d'une protection sociale mise en place par les états, notamment après la seconde guerre mondiale, a obligé les Oddfellows a évoluer. Au Royaume-Uni, l'ordre s'est spécialisé dans la gestion de produits financiers au cours de la seconde moitié du xxe siècle. En 1996, il prit la décision de quitter cette activité et de se concentrer sur l'aide sociale et caritative en direction de ses membres, particulièrement les personnes âgées et les handicapés.

Extension internationale du mouvement

Le modèle des Oddfellows fut exporté par les émigrants dans l'ensemble du Commonwealth et du Nouveau Monde. Aujourd'hui, on trouve des Oddfellows dans de très nombreux pays, notamment en AustralieNouvelle-ZélandeAfrique du Sud et aux Antilles. L'ordre américain a établi des loges en AllemagneIslandeDanemarkBelgiqueSuède,Finlande,Estonie,Pays-Bas et dans de nombreux autres pays d'Europe continentale.

Liste de quelques ordres d'Odd Fellows

Royaume-Uni

États-Unis

  • Independent Order of Odd Fellows (IOOF), fondé en 1819 à Baltimore et affilié au Manchester Unity en 1820. Indépendant depuis les années 1830.
  • Grand United Order of Odd Fellows (GUOOF) fondé en 1843.

Australie

  • The Independent Order of Odd Fellows (IOOF).
  • The Grand United Order of Odd Fellows (GUOOF).
  • The Manchester Unity Order of Odd Fellows (MUOOF)

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10 juillet 2016

Le rêve télépathique.....

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Le rêve télépathique. Avancées expérimentales et cliniques

Par Montague Ullman



Le docteur Montague Ullman fut directeur du département de psychiatrie du Maimonides Medical Center de New-York où il mit en place, en 1961, l’un des premiers laboratoires du sommeil dédié à l’étude expérimentale des rêves et de la télépathie. Professeur émérite du département de psychiatrie du Albert Einstein College of Medicine, Yeshiva University, ancien président de la Parapsychological Association et membre à vie de l’American Psychiatric Association, il a publié de nombreux articles neurophysiologiques et cliniques portant sur l’étude des rêves. Dans cet article, extrait de l’ouvrage “Psychoanalysis and the Paranormal : Lands of Darkness”, publié en 2003, Montague Ullman revient sur les célèbres expériences étudiant les rêves télépathiques effectuées au Maimonides Medical Center.

J’ai fait pendant ma vie quatre rencontres majeures avec le paranormal, c’est-à-dire avec ce qu’il est maintenant convenu d’appeler les phénomènes psi (1). C’est à l’âge de seize ans, en 1932, que j’ai découvert ce que l’on désignait sous le nom de “phénomènes psychiques”. J’étais impressionné par les grands noms qui étaient associés à l’étude de la médiumnité (William James, J. W. Crookes, Sir Oliver Lodge), et avec plusieurs camarades de collège, je m’embarquai dans des séances que nous organisions par nous-mêmes chaque semaine, et qui durèrent pendant deux ans. Par la suite, j’ai pu constater que les effets concrets que nous avions eu l’occasion d’observer nous avaient tous durablement marqués (2).

Pour moi, ce fut le premier vrai contact avec le « paranormal ». Il éveilla en moi un intérêt durable pour cette discipline dont il m’ouvrit les portes. Le deuxième contact fut plus éphémère et personnel, et manqua de la qualité consensuelle qui avait marqué mes expériences de jeunesse. Il prit la forme de rêves occasionnels qui me semblaient être soit télépathiques, soit précognitifs. Voici un rêve de ce type que Jung aurait considéré comme un exemple parfait de synchronicité (3).

Nous étions à la fin de l’année 1945. Je terminais mes obligations militaires outre-mer, et je fis acte de candidature pour participer à un programme d’étude psychanalytique. Le rêve se produisit au début de mon analyse. Dans ce rêve, j’assistais à la représentation d’un opéra et j’avais la surprise de voir qu’un de mes camarades de promotion, que j’appellerai Nat, était un danseur du ballet. Nat était de ceux dont la corpulence et le poids dépassent largement les cent kilos. Je l’avais rencontré fortuitement, c’était un camarade d’études. Plus âgé que la plupart d’entre nous, il devait avoir environ cinquante ans. Au cours de la séance d’analyse qui suivit le rêve, je terminais de raconter ce dernier à mon analyste lorsque le téléphone sonna. Comme il le faisait ordinairement, mon analyste décrocha le téléphone, mais contrairement à ce qui se passait d’habitude, la conversation se poursuivit longuement, et je constatai que la conversation était ponctuée d’éclats de rire. A l’évidence étonné, l’analyste me raconta ensuite le contenu de l’appel : « C’était Nat, il était tout excité parce qu’il a été pris dans le ballet comme danseur et qu’il a donné hier soir sa première représentation au Metropolitan Opera. »

Je savais que Nat était en analyse avec le même thérapeute que moi, mais mon imagination n’était pas telle que j’aie pu imaginer Nat en train de danser dans un ballet. Je considérai cette coïncidence, dénuée de lien apparent, comme hautement significative. Avant cet événement, et dans les tout premiers temps de l’analyse, j’avais fait allusion à mon intérêt pour la parapsychologie. Je n’étais pas certain que cela soit accueilli favorablement par mon analyste dont je connaissais le penchant marxiste. Pour resituer l’événement dans la dynamique qui s’instaurait à cette période, disons que j’avais un besoin (névrotique, donc) qui était double : celui d’être approuvé par l’analyste, et celui qu’il me perçoive comme quelqu’un de spécial. Et j’éprouvais le sentiment désagréable que mon intérêt pour leparanormal l’amènerait à me considérer comme quelqu’un qui était certes un peu « à part », mais pas dans le sens où je le désirais. Or, je ne pouvais mieux lui prouver la pertinence de mon intérêt pour le paranormal qu’en participant, comme je venais de le faire, à un scénario de rêve précognitif où nous étions deux en compétition pour tenter d’attirer simultanément l’attention de l’analyste.

Ma troisième rencontre avec le paranormal fut de nature clinique et s’échelonna en fait tout au long de ma pratique psychanalytique, de 1946 à 1961. Les rêves de mes patients éveillaient mon intérêt, non seulement du fait que les rêves expriment les courants émotionnels les plus profonds à l’oeuvre dans le psychisme des patients, mais aussi en raison des associations temporelles qui se produisent entre les états de conscience altérés dont les rêves font partie et l’occurrence d’effets psi. F. W. H. Myers a été l’un des premiers chercheurs dans ce domaine. Dans son oeuvre devenue classique, publiée en 1903, il explore la relation qui existe entre les événements psychiques, et ce qu’il a appelé le niveau de conscience subliminal.

Freud a par la suite amélioré ce modèle simple (1963), par ses recherches sur le rôle dynamique de la communication télépathique dans son rapport avec les conflits psychiques qui animent le patient, et sur la façon dont les processus inconscients laissent leur empreinte sur le message télépathique. Il peut être surprenant -ou pas, finalement- que jusque dans les années quarante, seuls quelques successeurs de Freud aient poursuivi cette réflexion, parmi lesquels Stekel en 1921, alors que de nombreux travaux étaient publiés par ailleurs en psychiatrie. Ces derniers portaient sur les facteurs psychologiques susceptibles de conduire à l’apparition d’effets psi. La plupart de ces derniers transparaissaient dans les rêves des patients, dans des circonstances qui soulignaient certains aspects problématiques du transfert. On aboutit ainsi à définir un certain nombre de caractéristiques du rêve télépathique :

1. Les éléments que l’on retrouve à la fois dans le rêve et la réalité sont le plus souvent :

a) Inhabituels : ce sont des éléments qui n’apparaissent pas fréquemment dans les rêves en général, ou dans les rêves du patient en particulier.

b) Non déductifs : normalement, ils ne peuvent être suggérés par la connaissance que le patient a du thérapeute ou de son expérience avec lui.

c) Intrusifs. Bien que ce critère ne soit pas absolu, il est généralement révélateur d’un événement paranormal. Le rêveur se tient à l’écart dans son rêve, ou alors il est comme étrange(r), non familier, ou importun.

2) Les liens entre les événements de la vie du thérapeute et la vision en miroir que le patient peut en avoir dans ses rêves, doivent intervenir dans un laps de temps court, généralement de l’ordre de quelques jours.

3) La signification psychologique. A partir de la correspondance rêve/réalité se met en place une stratégie de défense qui est unique pour chaque patient, et dont la connaissance permet de déceler les aspects problématiques qui émergent dans la thérapie.

Les circonstances dans lesquelles les événements télépathiques apparaissent dans les rêves ont été diversement décrites. Presque tous les observateurs soulignent l’importance des éléments du transfert et du contre-transfert. Que ce soit en raison de besoins irrationnels de la part du patient, ou de la perception que ce dernier peut avoir d’une facette négative quelconque du thérapeute, le patient peut par des moyens télépathiques parvenir à percer un aspect particulièrement vulnérable de ce dernier. Servadio (1956) avait insisté sur les situations de frustration du patient et de blocage de la communication. Il considérait le sommeil comme un facteur favorable à la transmission télépathique en raison de la libération régressive de mécanismes archaïques qu’il suscite. Eisenbud (1970) fut l’un des premiers à montrer l’intérêt thérapeutique qu’un travail basé sur l’hypothèse télépathique peut présenter. Ehrenwald (1955) a largement décrit les caractéristiques ainsi que le rôle possible des facteurs paranormaux dans les psychoses sévères. Ullman (1980) a souligné les difficultés de communication et de comportement qui peuvent caractériser les rêveurs télépathiques.

Les rêves télépathiques ont fait irruption de temps à autre au cours de ma pratique thérapeutique, dans diverses circonstances. Ils se produisaient lorsque mes intentions interféraient avec une relation effective (dans le cadre d’un contre-transfert) ou lorsque le patient avait recours à une manoeuvre télépathique en réponse à ses propres besoins relatifs au transfert. Les deux ne sont pas incompatibles, comme je le constatai avec une patiente qui, de façon typique, répondait à mon besoin personnel pas toujours très bien contrôlé de travailler sur un cas concret, lorsque j’étais sur le point d’écrire ou de lire quelque chose au sujet du rêve télépathique. Ce faisant elle cherchait à « mériter » un statut particulier, celui de rêveuse télépathique. Grâce à cette manoeuvre, le thérapeute que j’étais ne pouvait ignorer qu’elle possédait des aptitudes particulières secrètes, tandis qu’elle-même pouvait ainsi se dégager de toute responsabilité.

Les individus inhibés, qui ont un sens obsessionnel de l’organisation, et qui ont tendance à mettre le langage au service de mécanismes de distanciation plutôt que de faciliter la communication, sont particulièrement enclins à tomber dans ce genre de manipulation. La télépathie apparaît donc en l’occurrence comme un moyen de maintenir la relation à un niveau critique, en lien avec la gestion de besoins contradictoires : celui de la distance nécessaire à l’inviolabilité et celui d’un besoin insatiable de rapprochement et de sécurité.

L’exemple qui suit évoque un rêve contenant des éléments oniriques inhabituels, survenus simultanément à un événement réel de ma vie. En l’occurrence, le rêve et l’événement réel s’étaient produits la même nuit (Ullman 1980). Une patiente de quarante-deux ans, couturière, me raconta le rêve suivant :

J’étais à la maison avec John, mon petit ami. Sur la table, il y avait une bouteille contenant un mélange d’alcool et de crème. C’était une sorte de substance écumeuse blanche. John voulait la boire. Je lui dis “Non, tu la boiras plus tard ». Je regardai la marque, et je lus « Nausée attirante ». J’avais l’intention de la boire lorsque nous irions au lit, bien que nous semblions déjà être couchés à ce moment-là.

Elle me raconta ensuite l’épisode d’un autre rêve qu’elle avait fait la même nuit :

J’avais un petit léopard. Il était très dangereux. Je le pris et le couvris pour le mettre dans une grande bassine. Ma mère me dit de le sortir de là, car sinon il allait mourir.

Le soir précédant ces rêves, ma femme et moi assistâmes à une conférence à l’Académie de Médecine de New York au sujet des névroses chez les animaux. Le conférencier présenta un film montrant comment susciter une dépendance à l’alcool chez certains chats. Une fois la dépendance installée, et si l’on proposait au chat une assiette de lait ou une assiette contenant un mélange de lait et d’alcool, le chat préférait le mélange alcoolisé. Les éléments clés, tels que le mélange lait/alcool et le petit félin, suggèrent la possibilité d’un événement télépathique. Pour en confirmer la vraisemblance, il faut faire appel au critère de la signification psychologique, basé sur la mise en oeuvre d’une dynamique sous-jacente. L’analyse du rêve confortait l’hypothèse télépathique. La scène du film dont le thérapeute avait été le spectateur était à la fois une métaphore visuelle et la juste expression de la dynamique qui était en train d’émerger chez la patiente à ce moment de la thérapie. Cette dynamique révélait plusieurs choses : le ressenti de la patiente face à l’omnipotence du thérapeute dans sa relation avec elle, suggérée par son identification avec l’animal manipulé par l’expérimentateur ; son propre désespoir de changement suggéré par l’identification au léopard, animal qui se trouve dans l’impossibilité de modifier les tâches de son pelage ; et enfin son ambivalence par rapport au relâchement du contrôle sur soi, révélateur du côté plus sensuel de sa personnalité suggéré par son intention de boire le mélange alcoolisé, justement baptisé « Nausée attirante », au moment du coucher, et à l’égard duquel elle restait tout de même circonspecte. Ces trois premières rencontres avec le paranormal, bien que très parlantes d’un point de vue personnel, restaient essentiellement anecdotiques. Car sans une volonté de recherche rigoureuse, il était impossible d’exclure totalement que d’autres causes, ou même le hasard, interviennent. Pendant des années, de nombreuses expériences similaires furent consignées dans les bibliothèques des Sociétés de Recherche Psychologique en Angleterre et aux Etats-Unis, et si de telles expériences emportent la conviction de ceux qui les vivent, elles sont en général peu crédibles d’un point de vue scientifique. Logiquement, dans ce contexte, le pas à franchir était alors d’envisager l’approche expérimentale. En 1960, au cours de ma dernière année de pratique thérapeutique, je reçus l’appui de la Fondation de Parapsychologie pour mener une étude pilote en vue d’appliquer les récentes découvertes de l’époque, à propos des liens entre les REM (rapid eye movements, mouvements rapides des yeux) et le sommeil, et sur la façon dont la mémorisation presque totale des rêves au réveil vient conforter les expériences sur le rêve télépathique. Les résultats étaient suffisants pour que ma décision l’emporte, d’arrêter la pratique thérapeutique en 1961 et d’accepter un poste à plein temps en hôpital. J’eus ainsi tout loisir de mettre sur pied un laboratoire d’étude du sommeil, avec l’optique d’accumuler suffisamment de données quantitatives pour être en mesure de démontrer l’existence du rêve télépathique.

Méthodes

Les premières études furent conduites en 1964 au Maimonides Medical Center de Brooklyn à New York, sous la direction du Dr Stanley Krippner. Les sujets étaient de jeunes adultes choisis en raison de leur capacité à se souvenir de leurs rêves, et de l’intérêt qu’ils manifestaient à l’égard des expériences en cours. Le sommeil du sujet était enregistré par encéphalographie, et on réveillait celui-ci à la fin de chaque période de REM pour qu’il raconte son rêve. Un agent, ou émetteur, passait la nuit dans une pièce séparée et tentait d’influencer les rêves du sujet par télépathie en se concentrant à intervalle régulier sur des images cibles, particulièrement aux moments où il recevait le signal indiquant que la période de REM avait commencé pour le dormeur. Une fois le sujet couché, la cible, généralement une reproduction d’oeuvre d’art, était sélectionnée au hasard par l’émetteur parmi un assortiment d’images placées dans des emballages opaques scellés. Seul l’émetteur avait connaissance de la cible choisie pour cette nuit-là, au cours de laquelle il restait dans la même pièce totalement isolée du point de vue acoustique, à la fois du sujet et de l’expérimentateur. Puis le déroulement des rêves était retranscrit à partir de l’enregistrement des comptes-rendus qui en étaient faits. Des copies de ces documents ainsi que les copies des images cibles utilisées pour chacune des séries d’expériences, étaient remises à trois examinateurs indépendants, qui évaluaient les liens entre les documents sans avoir connaissance de l’expérience en cours. L’hypothèse qui était précisément testée était que le tableau onirique de tel sujet pour telle nuit expérimentale révèlerait l’influence de la télépathie, par la présence, dans les rêves du sujet, de correspondances avec l’image cible visualisée par l’émetteur. Douze reproductions célèbres - de 13 x 21 cm environ- furent choisies comme cibles expérimentales. Pour une nuit donnée, l’une des cibles était sélectionnée au hasard et ouverte par l’émetteur dans une pièce située à distance du sujet. Ce dernier restait dans sa chambre toute la nuit. Son sommeil et le rythme de ses REM étaient contrôlés sur un électroencéphalographe à huit canaux Medcraft Model D EEG dans une pièce de contrôle adjacente. Toute communication verbale entre le sujet S et l’expérimentateur E était enregistrée, via un interphone, sur bande magnétique. Douze sujets différents furent sollicités pour la première étude, à raison d’une nuit en laboratoire pour chacun des sujets. Le matin, les associations formées par le sujet étaient ajoutées aux rêves déjà rapportés. Plus tard, les retranscriptions faites à partir des enregistrements étaient envoyées à trois expérimentateurs extérieurs et indépendants, qui n’avaient aucunement connaissance de la procédure. Les juges recevaient également les douze cibles qui pouvaient avoir été choisies par l’émetteur, et on leur demandait de les classer dans l’ordre décroissant de leur rapprochement avec chaque série individuelle de rêves, tout d’abord en fonction du seul contenu des rêves, puis en fonction des rêves et des associations formées par le rêveur. On invitait ensuite les juges à exprimer un degré de confiance pour chacun des classements. Et on demandait également au sujet d’observer ses rêves en fonction des cibles, avec les mêmes consignes. Les moyennes des classements effectués par les juges et les taux appliqués étaient introduites dans des tableaux de 12 lignes par 12 colonnes, et soumises à une double analyse de variance (pour les cibles et pour les nuits), suivant la méthode de Scheffé. Les classements effectués par les sujets étaient traités de façon similaire. Les classements étaient également évalués par la loi de distribution binomiale, les rangs 1 à 6 représentant les succès, et les rangs 7 à 12 représentant les échecs. Le classement par le sujet était considéré comme significatif à 0,05. La démarche variait légèrement, ainsi qu’il est exposé ci-dessous.

I. Première sélection

Pour cette étude, douze sujets volontaires ont passé chacun une nuit au laboratoire. Deux membres du personnel, un homme et une femme, alternaient en tant qu’émetteurs, tentant d’influencer les rêves des sujets par télépathie. Les images utilisées étaient de célèbres reproductions d’oeuvres d’art, choisies au hasard pour chacune des nuits, une fois que les sujets étaient couchés. Le lendemain matin, on demandait aux sujets de comparer les réminiscences de leurs rêves avec la collection entière des oeuvres d’art, en choisissant celle qui leur semblait le mieux correspondre à leurs rêves, tout en rangeant les autres reproductions dans l’ordre décroissant de correspondance. Trois examinateurs extérieurs suivaient la même procédure ; des informations statistiquement significatives ont ainsi pu être collectées à partir des classements effectués par les sujets d’une part, et des évaluations faites par les examinateurs extérieurs d’autre part.

II. La première étude de Erwin

Le Dr Erwin, dont les correspondances cibles/rêves étaient les plus directes pour la Série I, fut associé à l’émetteur homme à partir de la première sélection, pour une série de sept nuits.

III. La seconde sélection

Douze différents sujets et deux émetteurs furent sollicités pour une autre série de douze nuits.

IV. L’étude du Dr Posin

Le Dr Posin, qui participa à la Série III, fut associé à l’émetteur avec lequel il avait travaillé durant la nuit qu’il avait passée au laboratoire.

V. L’étude de T. Grayeb

T. Grayeb, autre sujet de la Série III, fut choisi pour cette étude de seize nuits. Sans connaître le sujet, l’émetteur se concentra sur la cible huit nuits durant, mais pendant les huit autres nuits, il n’y eut ni émetteur ni cible. Les conditions étaient déterminées au hasard une fois que le sujet était couché.

VI. La deuxième étude du Dr Erwin

Le Dr W Erwin fut à nouveau associé avec l’émetteur de la Série II pour une étude de huit nuits. L’oeuvre d’art s’accompagnait chaque nuit d’une boîte d’outils « multi sensoriels », qui devait venir renforcer l’émotion suscitée par la cible. Par exemple, le tableau d’Honoré Daumier ‘Conseils à un jeune artiste’, était accompagné de toiles et de couleurs, pour que l’émetteur puisse se mettre "dans la peau" du peintre. Il n’y eut pas d’évaluation par les sujets dans cette étude.

L’étude de Van de Castle

Le Dr R. Van de Castle, avait en tant que sujet produit plusieurs correspondances directes entre cibles et rêves, dans le cadre d’une étude menée par un autre laboratoire, et il fut autorisé à choisir lui-même ses émetteurs au sein du personnel du laboratoire, pour la série de huit nuits. Il choisit trois émetteurs en tout : un pour une seule nuit, un pour deux nuits, et un autre pour cinq nuits. A la fin de cette étude, j’eus la possibilité d’explorer de façon très approfondie des rêves qu’il avait faits, d’agressions et de sexe, à fort impact télépathique. Ce qui semblerait confirmer qu’à la fois du point de vue anecdotique et du point de vue clinique, les événements paranormaux sont liés à des éléments affectifs.

Résultats

Après un examen attentif de notre méthode et de nos données, Child (1985) récapitula les résultats statistiques sur l’ensemble des expériences menées sur le rêveparanormal (dont plusieurs portaient sur le rêve précognitif), au centre médical Maimonides (tabl. 1)*.

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*Source : Child (1985), avec l’autorisation de l’Association Américaine de Psychologie.

Tout en incluant dans son évaluation une critique des diverses tentatives de reproduction de l’expérience, il concluait ainsi :

Il apparaît clairement que la tendance aux succès plutôt qu’aux échecs ne peut raisonnablement être due au hasard. Il existe bien un lien de nature systématique -c’est-à-dire non dû au hasard- au niveau de la ressemblance entre les rêves et les cibles (Child 1985, p. 122). Les expériences menées au Centre médical Maimonides sur la possibilité de perception extra sensorielle au cours des rêves méritent toute l’attention des psychologiques intéressés à un titre ou à un autre par les questions de PES (perception extra sensorielle). Pour les tenants de l’impossibilité de la PES, elles posent un défi difficile à relever pour détecter d’éventuelles failles expérimentales, ou d’autres éventuelles sources d’erreur. Pour ceux qui conçoivent l’existence de la PES, elles apportent des informations sur les circonstances qui sont ou non favorables à sa mise en évidence, et sur les méthodes possibles de recherche (Child 1985, p. 128).

La forme

Il est vérifié empiriquement qu’au moins en certaines occasions, des formes contenues dans l’image cible parviennent au sujet plus clairement encore que le contenu de l’image lui-même. Ceci concerne autant des cibles complexes que simples, où la forme elle-même est un trait dominant de l’image. Il existe deux techniques expérimentales pouvant utiliser la perception d’effets télépathiques, et pour lesquelles le travail repose sur des similitudes basées sur la forme. Les deux techniques limitent l’entrée d’information, mais de façon distincte. Les présentations tachistoscopiques reposent sur un temps d’exposition très court, tandis que le travail basé sur une image rétinienne stabilisée limite ordinairement l’information collectée, qui est maintenue par des mouvements oculaires effectués en fixant un objet. De nombreuses expériences ont été menées, à partir de l’intérêt accru pour le phénomène de Pötzel, montrant que des signaux perçus hors de la conscience peuvent donner lieu à des illusions perceptives, et influencer l’activité cognitive de résolution de problèmes. Ericksen (1958) suggère que ce qui se passe suite à la présentation d’un stimulus subconscient, n’est pas l’enregistrement du stimulus à un niveau inconscient, mais une réponse perceptive fragmentaire et partielle. L’état de rêve activé est ainsi amené à apporter certaines formes de réponse à ce percept qui ne peut être identifié, ce qui lui donne une apparence proche de celle du stimulus d’origine. Ce qui se passe est l’inverse même de l’explication dynamique habituelle en termes de perception inconsciente, de refoulement, et de réapparition via le canal de la censure et le travail du rêve. L’apparition dans le rêve est basée non sur un seuil abaissé de perception inconsciente, mais plutôt sur un seuil abaissé durant l’état de REM, en raison de l’activation de systèmes de réponses caractéristiques, qui ont comme effet supplémentaire d’instaurer au moins certains traits du stimulus d’origine. Klein (1959) est d’accord avec le fait que pour que la discrimination soit effective, il doit exister une certaine partialité lors de l’enregistrement dans la conscience. Il insiste sur le fait que la subception est un effet réel, que des fragments ou des aspects de l’image peuvent être enregistrés de cette manière, et qu’ils peuvent être retrouvés soit directement par une mémorisation intentionnelle, soit indirectement par les associations et les rêves. L’un des effets intéressants consignés lors des études sur la subception est l’altération des relations figure/fond, avec perte de la capacité à faire cette distinction particulière. L’affichage tachistoscopique du profil double de Rubin conduit à la confrontation de deux formes opposées. Le fait qu’en face d’une interruption expérimentale d’information, l’objet soit fragmenté, les formes simplifiées et que des processus de type autiste modèlent le percept, revêt une certaine importance par rapport à la télépathie, comme nous le verrons. Des effets similaires sont relevés dans les travaux de Evans (1967 a & b), pour ce qui concerne ses observations sur les phénomènes de fragmentation, associés à la stabilisation binoculaire. Il souligne qu’en condition de stabilisation, au moment où l’image disparaît, elle le fait par parties, et que les parties se retirent dans un ordre qui n’est pas dû au hasard. Il parle de niveaux hiérarchiques dans le système de vision et suggère, comme explication aux phénomènes de fragmentation, que lorsque l’arrivée d’information est limitée, comme dans les expérimentations sur la stabilisation, tous les niveaux de la hiérarchie ne sont pas activés. En conséquence, seules des parties de l’image sont perçues, correspondant au niveau atteint de la hiérarchie. Evans note également que la stabilisation caractéristique se fragmente après une exposition tachistoscopique répétée (Fig. 1).

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La fragmentation d’images relevée par Warcollier (1938) (Fig. 2-4) et Sinclair (1930) (Fig. 5-7), dans leurs tentatives pour réaliser le transfert d’information à distance, rappelle de façon frappante les percepts fragmentaires obtenus par les deux stratégies expérimentales décrites plus haut. On retiendra la fragmentation de formes complexes en formes plus simples (Fig. 2 et 5), et l’émergence de formes simples à partir d’une imagerie plus complexe (Fig. 3, 4, 6 et 7). Il est également intéressant de noter l’émergence de formes similaires, lorsque des cibles similaires sont utilisées par deux chercheurs différents. Il suffit de comparer les figures 3 et 6, et les figures 4 et 7. Ces résultats suggèrent implicitement que les voies neurophysiologiques empruntées pendant le transfert télépathique pourraient être les mêmes que dans le cas d’une perception visuelle normale. Durant notre travail expérimental, des correspondances de forme ont été relevées dans diverses circonstances.

A. Corrélation explicite entre la cible et le rêve, lorsque des formes simples sont utilisées comme cibles (Ullman 1966) (6).

Exemple n° 1

A 3h40 du matin, un cercle fut dessiné sur la cible par l’expérimentateur (Fig. 8). A 3h53, le sujet se réveilla, et rapporta le rêve suivant :

Je me sens comme si je flottais et dormais en même temps. J’avais une image de... oh, ce n’était pas vraiment un rêve, c’était comme si j’étais sur une sorte de rond, comme la partie inférieure d’un grand tuyau, comme quand on va dans le Holland Tunnel ou quelque chose d’approchant, comme une route. Pendant que je me déplaçais, on aurait dit qu’il y avait des gens là, mais ça ne ressemblait pas vraiment à un rêve, c’était comme si j’étais en train de m’endormir. Je captais une image tout en ayant conscience que je venais juste de m’endormir. J’étais sur une route dont le profil était en forme d’auge. Plus tôt, alors que je m’endormais avant de m’être retourné, j’eus l’image de quelque chose de très bien façonné, comme une butée de porte sauf que c’était renversé et il y avait plusieurs formes rondes et douces, comme si j’étais en train de traverser ces passages, ces formes rondes et douces, la forme comme je l’ai indiqué était juste comme une butée de porte arrondie, comme l’aileron d’une voiture mais la tête en bas, et ce n’était pas attaché à la voiture. C’était juste comme ça.

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Fig. 8. Exemple n° 1 - cercle

Exemple n° 2

L’exemple n°2 relate une expérience menée avec le même sujet et pendant la même nuit que l’exemple n° 1. A 4h30, des formes anguleuses furent dessinées par l’expérimentateur (Fig. 9). A 6h30, le sujet rapporta le rêve suivant :

J’eus plusieurs rêves à la suite. Mais je ne me les rappelle pas bien. Dans l’un d’eux, nous étions simplement là, il y avait d’autres gens également, et ils avaient dans les mains des cannes comme des crosses de hockey, mais ils les tenaient à l’envers, la partie courbe vers le haut. En fait, elles n’avaient pas réellement la forme de crosses de hockey, mais plutôt une forme variable. Et dans le rêve il y avait deux des cousins de ma femme -un couple marié. Nous les voyons à peu près deux fois par an et dans le rêve, j’étais comme indifférent à leur égard, ou même critique en raison de certaines de leurs opinions. Et vous me demandiez : « Pourquoi êtes-vous si critique ? ». Puis j’eus d’autres rêves que je ne peux me rappeler, il y en avait plusieurs à la suite. C’est comme si vous m’aviez réveillé après que je les aie faits. Je veux dire que vous me posiez des questions sur les rêves un certain temps après qu’ils soient finis. En fait, je me souviens m’être réveillé après le rêve des crosses de hockey, en me demandant pourquoi vous ne vous étiez pas inquiété de savoir si j’avais rêvé. Puis je me suis rendormi. C’est tout ce dont je me souviens.

Suite à d’autres questions posées le lendemain matin, le rêveur ajouta quelques éléments :

[Vous avez fait mention de crosses de hockey ?] Oui, je crois qu’il s’agissait d’une sorte de fête, des gens étaient là et ils avaient des cannes, mais des cannes très joliment taillées qui ressemblaient à des crosses de hockey, ça n’était pas réellement des crosses de hockey, mais elles avaient à peu près la même taille et la même longueur, et ils les appréciaient beaucoup. Maintenant je crois que je sais... avant d’aller dormir, je pensais au fait que Leah et moi étions invités à un banquet au Waldorf, organisé par une association internationale d’aide aux handicapés. Cela explique peut-être le rêve, et évidemment l’idée de cette réception solennelle ne me plaisait pas, d’autant plus que nous avions prévu d’aller camper au même moment, mais apparemment nous faisions partie des invités. Les crosses de hockey n’étaient pas toutes exactement pareilles. Ça a quelque chose à voir avec l’infirmité, et en même temps, malgré leurs handicaps, ces gens avaient l’air d’aller très bien.

B. Corrélation explicite entre le rêve et certains aspects formels de la cible lors de l’utilisation de cibles plus complexes

Exemple n° 3

L’image de la cible montrait un singe accroupi, devant ce que l’agent prit tout d’abord pour un morceau de pierre, bleu et carré. Un examen plus attentif montrait qu’il s’agissait en réalité d’un jardin. Le long d’une plate-bande, un motif en forme de diamant apparaissait sur la terrasse (Fig. 10).

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Figure 10. Exemple n° 3 - Singe.

4h20 du matin :

Je m‘approchais d’un mur de maçonnerie dont les pierres étaient jointes de façon très nette. A ce moment-là, une autre personne et moi-même sommes assis dans la cabine d’une sorte de grand véhicule -ce pourrait être un tracteur. Nous arrivons au niveau du mur. J’étais avec quelqu’un d’autre. Nous nous déplacions parallèlement au grand mur dans ce qui ressemblait à la partie avant d’un très grand véhicule. Nous arrivâmes au niveau d’un petit trou en forme de diamant dans le mur. L’un de nous dit « Regarde ça ». Le mur était gris.

5h24 du matin :

Il y avait une image de diamant, une sorte de diamant.

5h35 du matin :

Nous étions en Alaska, ma femme et moi. Il était environ 7 h du matin et je lui dis : « Il est très peu probable que tu aies de nouveau l’occasion de voir le soleil si bas sur l’horizon à cette heure-ci ». Elle me répondit : « Oui, c’est ce que je me suis dit ». Il ne faisait pas froid du tout. Nous marchions dans ce qui semblait être une forêt, avec juste quelques arbres -tout au moins cela y ressemblait, jusqu’à ce que nous arrivions a un arbre immense qui avait de très grosses branches, mais était dépourvu de feuilles. C’était à une époque où il ne semblait pas faire froid, et Lillian me montra que sur le tronc de l’arbre, il y avait un gros diamant, comme un trapézoïde, qui avait été taillé au centre du tronc de l’arbre.

Il est à noter que le premier rêve décrivait un mur construit de pierres soigneusement jointes. Les trois rêves suivants font tous référence à des sortes de diamant.

C. Correspondances implicites entre le rêve et des aspects formels de la cible lors de l’utilisation de cibles plus complexes.

Exemple n° 4

La cible était le tableau ‘Bauhaus Stairway’ d’Oscar Schlemmer (Fig. 11)

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Figure 11. Oskar Schlemmer, Bauhaus Stairway, 1932. Huile sur toile 638x45. Musée d’Art Moderne, New York. Don de Philip Johnson.

Rêve n° 1

... c’était l’expérience des buttes. Mon sentiment était d’être dans un champ, un champ énorme, entouré par des sortes de fourmilières, mais en grand nombre, de grimper dessus et autour d’elles, de long en large, sans parvenir à trouver le moyen d’en sortir. Puis cela change et j’ai le sentiment de porter un chapeau pointu, exactement comme un magicien... Tout tournait dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, ça tournait, ça tournait, tout allait dans le même sens, et d’une certaine façon je m’efforçais consciemment, délibérément, d’entrer dans le processus, comme si je tournais moi-même...

Rêve n° 2

... je me revois en train de vous décrire mes sensations... et celles-ci survenaient à l’intérieur d’une sorte de tunnel, une espèce de vaste plaine ventée qui montait en direction d’une colline... Je pensai au... Mont Appelier. Je pense que c’était la première chose que j’avais racontée, quand j’avais senti que je montais sur une route, conduisant ma voiture ou quelque chose qui y ressemblait, et regardant de part et d’autre, mais en continuant de monter, vous voyez, grimpant le long de cette montagne... Il ne s’agissait pas exactement de fourmilières. Au début, ça commençait comme des bosses, un peu comme... un fez, mais elles étaient petites et arrondies au sommet, et non carrées comme sont les fez. Comme les petites pâtés que les enfants font avec leurs seaux.

[L’expérimentateur demande alors : “Avez-vous une idée de la cible utilisée cette nuit-là ? »]

[Sujet] L’un des éléments permanents était cette forme pointue, conique, comme une montagne ou un chapeau... Je dirais, une espèce d’élément de forme, comme un cône... C’est ce qui semble être l’élément central de toutes les visions, de tous les rêves.

Exemple n° 5

La cible était “The Dark Figure” [la silhouette noire] -tableau de Castellon (Fig. 12). Ce tableau montre quatre personnages, dont l’un est vêtu d’une robe sombre, de couleur brun-noir. Il y a quatre cercles au-dessus des personnages, suspendus en l’air par des mains d’enfants déformées. En arrière plan se trouve un mur de brique rouge.

Premier récit de rêve :

Je ne sais pourquoi, j’ai pensé à un tonneau, vous savez, en train de tourner... Il y avait quelque chose qui se passait ou un mouvement qui se déroulait. Le tonneau tournait... comme s’il tournait en formant un cercle. C’était comme une rotation. Une toupie. Dans le sens des aiguilles d’une montre, de gauche à droite... Une couleur de bois brun foncé... Une roue rouge qui tournoyait.

Deuxième récit :

Je croyais avoir vu des lumières, et ces lumières étaient arrangées d’une façon presque circulaire... Il y avait un autre cercle, et comme un mouvement...

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Figure 12. Federico Castellón, La silhouette noire, 1938. Huile sur toile, 170 x 268. Collection Whitney, Museum of American Art, New York.

Sixième récit :

...Il y avait une photographie que je regardais et sur cette photographie il y avait un groupe de personnes se tenant debout, et devant il y avait quatre personnes en costumes dont nous prenions des photos... Elles étaient en train de poser... et avaient l’air assez ridicules...

Interview au réveil :

Tout ce dont je me souviens tout d’abord, je crois, c’étaient ces barriques en bois, peut-être trois, ou quatre... Il y avait le cerclage en fer, vers le milieu, qui tenait les lattes ensemble, et qui tournait, tournait, tournait comme une toupie... Je me souviens aussi de quelque chose comme des lumières pâles et verdâtres... Elles formaient comme une espèce d’arche, comme si elles commençaient à tourner en spirale ou en cercle... en faisant comme des tourbillons... Cette photographie était assez grande, et il y avait ces jeunes gens en costumes... Il y a deux étés, lorsque je suis allé à ce campement pour enfants handicapés, ils m’avaient demandé de monter des sketches et des petites pièces... Il y a beaucoup de mouvements circulaires et spiralés dans mes rêves, et je m’attendrais donc à trouver le même genre de mouvements dans l’image cible.

Exemple n° 6

La cible était le tableau “Les joueurs de football” de Henri Rousseau (Fig. 13).

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Figure 13. Les joueurs de football. Henri Rousseau, 1908. Musée Guggenheim, New York.

Premier rêve.

Demi-cercle. Dans le premier rêve, je crois que je me trouve près d’un balcon, mais je suis à l’intérieur de l’immeuble et le balcon, de forme semi-circulaire, entre à l’intérieur de l’immeuble. Je pense que le balcon en lui-même, à l’extérieur de l’embrasure de la porte, est une sorte de balcon ordinaire de forme droite, mais je suis à l’intérieur du bâtiment (si on peut l’appeler ainsi), mais cela ressemble plus à cour, et il y a une sorte de main courante entrant à l’intérieur depuis le balcon en suivant le sol et cette cour en pierre, et j’avais comme l’impression qu’elle portait des plantes grimpantes, un peu comme on en voit au Mall de Washington -vers le Washington Monument. Puis dans un deuxième temps, j’étais à nouveau debout dans une sorte de jardin intérieur, en train de regarder en direction d’une sorte de jardin de style romain -c’est plutôt ça- c’est une sorte de construction de type européen, avec une sorte de terrasse en saillie dans le fond de l’édifice, une construction semi circulaire comme des statues en demi-cercle ; les deux extrémités du demi-cercle viennent vers moi, et le fond du demi-cercle est loin de moi, tandis qu’une sorte de fontaine occupe le centre de l’espace. C’est tout. Voilà les deux choses qui me sont venues à l’esprit. Comme dans un demi-rêve, ou un demi-sommeil.

Deuxième rêve :

C’est un étage du magasin Bloomingdales, où se trouve entreposé le mobilier pour la maison, et il y a comme des feuilles blanches d’un livre sur le côté gauche de la pièce, sur l’un des meubles -et ces feuilles sont comme peintes en noir, et le mur derrière la feuille (derrière l’ensemble, en fait), est comme une fenêtre noire, et là se trouve cet objet isolé en forme de cylindre, comme une sorte de boîte de fromage, mais petite, de 12 à 15 cm de diamètre, laquée en rouge, et qui tourne comme une toupie - non, ce n’est pas tout à fait cela- qui tourne en rond... et maintenant je me souviens que le demi-cercle du balcon faisait la même chose, de même que le demi-cercle inversé des statues dans l’autre structure.

Troisième rêve

Oh, je pense à un camp d’été. Je me souviens... que l’on doit être capable de basculer avec son canot et de le remettre à flots, quelque chose comme ça. C’étaient des épreuves de franchissement d’obstacles.

Quatrième rêve

Je pelais un oignon tout en parlant avec quelqu’un... Mais avant cela, j’étais en train de rêver de ma mère, qui était une petite fille debout à la porte d’un salon victorien, faisant face à une sorte de niche, et cet encadrement de porte voûté était habillé de sortes de rideaux en dentelle, ou d’un motif de branchage très en vogue vers 1903, 1904, ou vers cette période. [Rousseau a peint Les joueurs de football en 1908].

Cinquième rêve : Pas d’éléments significatifs.

Sixième rêve :

Je suis avec deux autres enfants... Nous étions en train de nager dans une piscine... La scène change et a quelque chose à voir avec le Directeur d’une école préparatoire, donc je suppose que la piscine faisait partie de l’école.

Extraits des associations faites par les sujets :

Il y avait une agitation affreuse... Je crois que c’était une espèce mouvement de révolution, circulaire, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre... Il y avait même un manège là quelque part.

Les points de correspondance formelle résident dans la référence répétée au caractère semi-circulaire, l’arrangement des statues en demi-cercle, et une forme qui tourne comme une toupie (voir le football). D’autres correspondances intéressantes concernent la référence à un camp de vacances ou à une école préparatoire, ainsi qu’au style victorien.

D. Correspondance basée à la fois sur la forme (structure carrée) et le contenu (Madison Square Garden, boxe)

Exemple n° 7

La cible sélectionnée et montrée sur la figure 14 était : Dempsey et Firpo, de Bellows. Cette image montre deux boxeurs et un arbitre sur un ring de boxe rectangulaire. L’un des boxeurs a été frappé et éjecté dans le public à travers les cordes.

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Figure 14. Dempsey et Firpo, 1924, Georges Bellows. Huile sur toile, 130 x 200 cm env., Whitney Museum of American Art, New York.

Extraits du premier récit onirique des sujets :

... il y avait quelque chose au sujet de piquets... Juste des piquets plantés dans le sol, et c’est tout. Il y a quelque chose comme une impression mouvement. Ah, quelque chose au sujet de Madison Square Garden, et un combat de boxe. Une forme angulaire, comme si tout ce que je voyais se trouvait dans un cadre rectangulaire. Il y a une forme angulaire qui descend vers la droite, vers le bas, comme si l’on assistait à un tournage englobant l’ensemble. Ce coin droit anguleux de la figure est lié au combat de boxe de Madison Square... Je devais aller au Madison Square Garden pour acheter les billets d’entrée à un combat de boxe, et il y avait de nombreux punks impressionnants -qui sont des personnes évoquant la bagarre- tout autour, et j’eus du mal à trouver les gens supposés me donner mes billets, et un gardien se trouvait devant la porte du bureau où ces gens se trouvaient, et je devais parler avec ce gardien. J’aurais pu me disputer avec lui, mais au lieu de cela nous avons sympathisé et commencé à discuter, et finalement il me laissa entrer dans le bureau et je pus ainsi obtenir mes billets.

Extraits du second récit onirique des sujets :

La machine a une forme étrange. Elle comprend deux carrés, et est placée debout, à hauteur d’homme. Ces deux carrés sont comme des sortes de cubes reliées par une flèche verticale... Je ne peux associer cette forme à rien que je connaisse. Ce qui est aussi curieux, c’est que je n’arrive pas à dire s’il y avait deux ou trois silhouettes dans le rêve, car il me semble qu’il y avait aussi d’autres gens... Ces personnes semblent s’être rencontrées dans un cadre social, mais elles étaient aussi là pour autre chose, et elles étaient venues ensemble, mais lorsqu’elles étaient arrivées, c’était apparemment la seule raison pour laquelle elles étaient venues ensemble. Maintenant, cela semble plus clair. Il y a une autre présence. Il semble plus clair qu’il y a une autre présence, celle plus âgée d’un vieil homme et deux autres plus jeunes dont je me rappelle, et il y a probablement aussi la conscience d’une personne supplémentaire.

Extraits du troisième récit onirique des sujets :

Il y avait un volume hexagonal. C’était un cube avec de nombreux côtés. Je ne sais pas exactement combien, mais quelque chose comme six ou huit...

Extraits du quatrième récit onirique des sujets : pas de correspondance flagrante.

Extraits résultant des associations effectuées par les sujets.

Bon, ce qui m’est venu à l’esprit était que cette image prenait place dans quelque chose de carré... J’allais au Madison Square Garden avec de l’argent, pour prendre des tickets qui avaient été commandés par quelqu’un du bureau, et il y avait de nouveau cet immense bâtiment -c’était juste l’association avec le Madison Square Building, ou le Madison Square Garden- il y avait cet énorme bâtiment, et des posters de boxeurs en train de combattre étaient affichés partout, et un groupe de gens qui avaient l’air fou -la plupart auraient pu être des combattants, ou d’anciens champions de boxe, ou quelque chose d’approchant- en rang, attendant des tickets d’entrée pour les matchs, puis je montai à l’étage et me rendis à que qu’on appelait le Club de Boxe, où l’on pouvait se procurer des billets... Je pense que si vous n’en aviez pas parlé, je crois que j’aurais oublié ce Madison Square Garden.

Voici donc un cas intéressant de synchronicité englobant un événement passé (le fait d’être allé au Madison Square Garden) et le choix de l’image cible pour cette nuit-là.

E. Correspondance basée sur l’impact émotionnel

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Figure 15. Animaux, 1941, Rufino Tamayo. Huile sur canevas, 75 x 100 cm env. Museum of Modern Art, New York, fond inter américain.

L’image cible choisie au hasard, “Animaux” de Tamayo, est représentée sur la figure 15. Le tableau montre deux chiens aux dents brillantes, en train de manger de la viande. Un gros rocher noir est visible en arrière-plan. Les points de correspondance entre le rêve et le tableau sont notés dans les extraits qui suivent.

Extraits du deuxième récit de rêve par le sujet :

... le nom du rêve était « Forêt Noire, Vermont », ou quelque chose comme ça... Bon, il y a ce groupe de gens, qui ont dans l’idée qu’ils ont été choisis pour quelque chose de spécial... et que ces autres personnes étaient des ennemis menaçants...

Extraits du troisième récit de rêve :

J’étais à ce banquet... et j’étais en train de manger une espèce d’entrecôte. Et mon amie était là... et les gens disaient qu’il ne fallait pas l’inviter à dîner car elle était très consciente du fait que les autres avaient plus à manger qu’elle -en particulier en ce qui concerne la viande- car en Israël on ne mange pas autant de viande... C’était la partie la plus importante du rêve, ce dîner... C’était probablement un rêve freudien comme tous mes rêves -vous savez, le fait de manger, et toutes ces choses, et le banquet... Bon, il y avait une autre de mes amies également dans ce rêve. Quelqu’un avec qui j’enseigne, et elle aussi examinait tout le monde pour être sûre que personne n’allait avoir plus à manger qu’elle. Et je mastiquais un morceau d’entrecôte. Et j’étais assis à une table en train de manger de la viande, et les gens me disaient qu’il n’était pas souhaitable d’inviter cette amie israélienne à un dîner parce qu’elle avait peur de manquer. J’étais invité parce que je suis bien élevé et peu regardant, mais je m’efforçais dans le rêve de garder la bouche close. J’essayais de ne rien dire à son propos, même si dans un sens j’étais heureux qu’elle ait finalement été démasquée. Et le deuxième rêve... était au sujet du Vermont, Black Rock dans le Vermont... Hier, j’étais à la plage, et j’étais assis sur l’un de ces rochers... et je me suis senti comme cette sirène de Black Rock...

Le contenu des rêves

Il a été proposé ailleurs (Ullman 1973, 1986 ; Tolaas 1986) que le choix du contenu des rêves en fonction de la pertinence que ces derniers présentent dans le cadre de l’expérimentation sur les rêves réponde à certains critères de vigilance. Il est ainsi envisagé que la connaissance que l’on prend des rêves soit une manière élaborée d’orienter une activité, conçue pour traiter et répondre à certains aspects rémanents de l’expérimentation, le point final en étant atteint soit par la poursuite du sommeil, soit par son interruption et donc l’acheminement vers le réveil. Le résidu affectif dont la présence est ressentie dans le rêve, agit de façon réflexive ou automatique comme un mécanisme de déchiffrage. Etant donné qu’il concerne toute l’histoire du rêveur, il cristallise et mobilise certains aspects d’expériences du passé, qui lui sont liées d’une façon émotionnellement significative. Dans un autre contexte, Dewan (1969) a désigné cela sous le nom de « marquage émotionnel », et l’a identifié comme étant un procédé susceptible de faciliter l’enregistrement dans la mémoire, et le renforcement de cette dernière. Ici, ce phénomène est vu comme un effet énergétique et mobilisateur, nécessaire pour aider l’organisme endormi à accéder pleinement au sens et aux implications du rêve ou du stimulus perturbateur, et par l’intervention du monitoring, soit permettre au cycle de sommeil de rester intact, soit conduire au réveil du dormeur.

Le concept de vigilance, dans le cadre du rêve, évoque une fonction de survie. L’honnêteté émotionnelle inhérente à l’imagerie du rêve, est le moyen qui permet d’assurer cette fonction. De même que les animaux survivent dans la nature en étant en contact étroit avec leur environnement physique, nous devons en tant qu’être humains rester en contact de façon authentique avec notre environnement humain. Notre espèce est particulière, et en fin de compte, notre survie en tant qu’espèce dépend de notre aptitude à maintenir une véritable communication avec nos semblables, pour contrecarrer les forces qui nous poussent à la division. Le rêve nous incite à prêter attention à tout ce qui, dans notre vie éveillée, renforce ou inhibe nos liens avec les autres, ou avec des résidus de notre passé, et qui modèle notre vie. Les rêves possèdent un avantage sur notre vie éveillée, en ceci : quoi que notre inconscient ait à nous dire, il peut le dire sans aucune retenue à l’égard de notre ego.

[Tout ceci nous rapproche de] la question de la connexité, dont il me semble que les écrits de feu David Bohm sur la conscience globale relèvent, et en particulier son concept d’ordre implicite, qui conçoit l’univers comme un support parfaitement lisse d’interconnexité, d’où émerge à son tour l’ordre explicite ou manifeste. Il compare la distinction apparente des entités macroscopiques à des vagues à la surface d’un milieu fluide. Des particules subatomiques jusqu’à l’échelle macroscopique, il existe un lien durable et profond avec l’ordre implicite qui les soutient. L’accent mis par le rêve sur l’interconnexité suggère que le fonctionnement du rêve sur le mode imagé est plus proche de l’ordre implicite que le mode discursif de la conscience éveillée (Ullman 1987). La transformation initiale s’opère lorsque ce qui est inconscient (implicite) prend la forme d’images perceptibles par les sens (explicites), comme cela se produit dans les rêves.

Pendant le rêve, l’expérience s’organise le long de lignes de contiguïté émotionnelle, plus que temporelle et spatiale. La lecture émotionnelle qui a lieu en état de rêve peut, à l’occasion, s’affranchir des contingences spatiales et nous fournir une information indépendamment de tout moyen connu de communication. La contiguïté émotionnelle, qui s’exerce dans des conditions mal connues, s’avère capable d’intégrer aux rêves un contenu aussi bien transpersonnel que personnel. Certains événements anecdotiques ont depuis longtemps mis l’accent là-dessus, et les circonstances dans lesquelles ils se produisent suggèrent fortement que dans le domaine de la vie et de la mort, l’examen attentif montre que l’environnement émotionnel d’une personne tend à traverser l’espace d’une façon qui reste à ce jour inexpliquée.

Correspondances

Dans le cadre du travail expérimental on peut classer les correspondances relevées de la façon suivante :

I. Correspondances basées sur la forme A. Correspondances directes ou explicites 1. Avec des images cibles à formes simples (Fig. 2-4, 7 et 8) 2. Des images cibles à formes complexes, simplifiées par le rêveur (Fig. 5 et 6) B. Correspondances indirectes ou implicites (Fig. 11-13) II. Correspondances basées sur la réponse émotionnelle (Fig. 14)

Implications psychiatriques

Lorsqu’un individu, en raison de facteurs psychologiques ou émotionnels limitants, échoue à garder le sentiment de sa participation effective à l’ici et maintenant, il peut arriver que des effets psi se produisent. Mon expérience m’a montré que des patients fragiles et vulnérables du point de vue de leur emprise sur la réalité avaient assez fréquemment des expériences paranormales étonnantes. En 1949, j’écrivais :

... Des individus très malades, sur le point de basculer dans la psychose, mais qui n’y sont pas encore entrés, montrent une habilité psi remarquable au cours de l’analyse... Une fois que la psychose ou la perte totale de relation effective avec l’entourage est installée, les phénomènes psi n’ont plus rien d’exceptionnel, non plus qu’en situation clinique, en tout cas si j’en crois mon expérience de praticien. De façon logique, les psychotiques, dans le cadre de leurs fantaisies, font montre d’une prétention élaborée quant à leurs aptitudes psi, parfois presque ouvertement, parfois d’une manière plus discrète (Ullman 1949).

A la lumière de ce message, les facultés paranormales apparaissent comme une ultime tentative de connectivité lorsque les facteurs de personnalité interfèrent avec un contact plus effectif. Une fois que l’individu a repris ses tentatives de sauvegarder son sens relationnel, les fantasmes reprennent leur place, et il se produit des illusions de télépathie plus que des aptitudes réelles et démontrables à la télépathie. A un niveau concret, les gains techniques et instrumentaux sont réels, lorsqu’il y a reconnaissance explicite de l’hypothèse télépathique et de son application thérapeutique possible. Quiconque un tant soi peu sensible à de telles manifestations serait en position de reconnaître et traiter des difficultés surgissant dans un contre-transfert relativement rapidement et franchement. Les travaux de Jourard (1971) montrent que l’ouverture personnelle est un élément fondamental favorisant l’ouverture chez les autres. Les manifestations psi font qu’il est possible de s’engager à un haut niveau d’ouverture mutuelle lorsqu’une telle ouverture se produit dans le cadre d’une situation thérapeutique. Les résultats de Eisenbud sont particulièrement intéressants à l’égard du sentiment de liberté qu’il a ressenti en exprimant son propre intérêt pour la télépathie et pour la façon dont cet intérêt influençait la dynamique du transfert non seulement avec le patient (télépathie à deux*) mais parfois également avec un troisième patient (télépathie à trois) (Eisenbud 1970).

Après une période quelque peu léthargique du point de vue de l’intérêt porté par la psychanalyse au rêve télépathique, une récente publication fait état de plusieurs formes de collusion entre l’inconscient du patient et l’inconscient de l’analyste, qui équivaudrait parfois à de prétendus échanges télépathiques (Bass 2001). L’auteur attire l’attention sur le lien qu’il y aurait à faire avec deux concepts de base de la mécanique quantique. Le premier est que les observations faites au niveau quantique sont, d’une façon qui reste encore mal comprise, dépendantes d’arrangements qui se produisent au cours de l’observation. On ne peut objectivement séparer l’observateur de ce qui est observé. Le second concerne la relation possible entre le transfert télépathique et le fait aujourd’hui avéré de la non localité. Lorsque deux particules atomiques sont « enchevêtrées » puis séparées, elles subissent des changements simultanés et correspondants, dès lors qu’une caractéristique de l’une, par exemple, le spin**, est altérée. Or, aucune force connue n’est capable de réaliser cela spontanément (7).

Il existe également un autre aspect du travail sur la télépathie, peut-être quelque peu marginal, mais néanmoins important. Ceux d’entre nous qui se sont publiquement prononcés en faveur de la réalité des événements psi savent qu’il existe énormément de gens ayant eu des rêves télépathiques, paraissant à la fois authentiques et significatifs par rapport aux événements concomitants de leurs vies, et que ces rêves les ont laissés dans un tel état de confusion qu’ils en sont arrivés à se poser des questions sur leur propre état de santé. Partager de tels rêves avec l’entourage revient à prendre certains risques. En général, les gens ne se vantent pas de ce genre d’expériences. J’ai connu des situations où la détresse était telle que l’individu recherchait une aide psychologique, mais se trouvait confronté à l’incompétence de son praticien à discerner ou à prendre en considération la différence qu’il y a entre une expérience authentiquement télépathique et la prétention à de véritables pouvoirs télépathiques en tant que symptôme de la schizophrénie (noté comme tel au nombre des critères de diagnostic de la schizophrénie de l’American Psychiatric Association, DSM III). Prisonniers de cette difficulté, de tels individus finissent par se rapprocher de groupes marginaux, dans la quête du soutien dont ils ont besoin. On peut penser qu’une meilleure connaissance et une plus grande compréhension de la partie du travail thérapeutique ressortissant à la réalité psi sauvera peut-être un jour ces personnes de la difficulté et de la détresse où les plonge leur quête inaboutie, ce qui ne pourrait dans le même temps qu’élargir les horizons de la profession elle-même.

* En français dans le texte (NdT) ** Degré de liberté interne (NdT)

 

http://www.metapsychique.org, pour d'autres infos......

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19 avril 2016

la meditation vue de la silicon valley.......

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la méditation vue de la Silicon Valley

La méditation est-elle un remède à notre société hyperconnectée ? Ou une nouvelle mode de la Silicon Valley ? Dans Wired, Noah Shachtman (qui nous avait habitués à des sujets plus belliqueux, puisqu'il tenait jusqu'à récemment le blog "Danger Room" consacré aux questions de défense) s’interroge sur la conversion "spirituelle" des enfants du Web 2.0.

Il se penche notamment sur l'usage de la pratique chez Google. Shachtman a ainsi pu assister au cours de méditation de Chade-Meng Tan donné au sein du programme "Search Yourself" de Google.

"Plus d'un millier de "googlers" sont passés par ces sessions d'entrainement Search Yourself", nous explique-t-il. Et de mentionner d'autres programmes parallèles comme "Neural Self Hacking" ou "Gérez votre énergie". Il y aurait aussi tous les "déjeuners vigilants" accomplis dans le silence complet, interrompus seulement par des sons de cloche. Enfin, Google aurait récemment construit un labyrinthe pour la méditation en marche.

Et Google n'est pas le seul. "les cofondateurs de Twitter et Facebook ont fait des pratiques contemplatives une des caractéristiques clés de leurs nouvelles entreprises, organisant des sessions régulières de méditation dans leurs bureaux et s’arrangeant pour que les habitudes de travail augmentent la vigilance."

La grand-messe de ces nouveaux méditants est la conférence Wisdom 2.0, qui s'est tenue pour la première fois en 2010. Cette année, environ 1 700 personnes s'y sont inscrites. Parmi les principaux participants, on a pu remarquer le CEO de Linked-in Jeff Weiner, le cofondateur de Twitter, Evan Williams, des cadres dirigeants de Cisco et Ford...

Wisdom 2.0 est apparemment devenu le dernier salon où l'on cause: "Partout où vous vous tournez à Wisdom", dit le cofondateur de PayPal Luke Nosek"c'est toujours : Oh mon Dieu, vous êtes ici aussi ?"

Selon Shachtman, le créateur des conférences Wisdom, Soren Gordhamer"est devenu un superconnecteur, avec un carnet d'adresses qui rendrait n'importe quel entrepreneur ordinaire vert de jalousie."

Crise de mysticisme ? Pas vraiment. La méditation est vue désormais comme une technique permettant de gérer les émotions et le stress, nous aidant à opérer de meilleurs choix et par conséquent, nous rendant plus productifs. Espoir aussi de pouvoir faire face au bombardement d'information, à l'accélération du temps provoquée par nos outils technologiques. L'illumination et le mysticisme ne sont pas à l'ordre du jour.

"J'ai voulu parler aux gens comme moi. J'ai voulu me parler. J'ai voulu parler à l'ingénieur râleur, qui peut être un athée, qui peut être un rationaliste", explique Bill Duane, le concepteur de "neural self hacking", encore chez Google.

Widsom 2.0
Mais quel est le type de méditation encouragé par les cadres de la Silicon Valley ? Car le terme de "méditation" peut recouvrir beaucoup de pratiques différentes : de la simple pensée philosophique (voir les Méditations métaphysiques de Descartes), à la répétition infinie d'une prière ou d'un mantra, comme le font quotidiennement adeptes de l’hindouisme, du soufisme, voire du christianisme orthodoxe, ou encore la mise en place de systèmes de visualisation complexes, comme chez les bouddhistes tantriques. Non la "méditation" qui reçoit les faveurs de la jeune garde informaticienne est ce qu'on appelle la "méditation vigilante", propre au bouddhisme, au cours de laquelle on se contente d'observer le flux des perceptions, sensations et pensées sans chercher à les contrôler, mais sans non plus s'y abandonner. Cette pratique est commune à toutes écoles de bouddhisme, qui y adjoignent le plus souvent d'autres techniques (comme la concentration sur la respiration).

De fait, l’intérêt pour la méditation vigilante est très courante dans la population geek, elle constitue même un des grands pôles d’intérêt du quantified self, les adeptes de la mesure de soi. On trouve même un podcast, Mindful Cyborgs, diffusé par Klint Finley du blog Technoccult, sur ce sujet précis. La méditation apparaît comme une version antique, traditionnelle, du "hacking neural", quelque chose d'assez proche de la méthode scientifique, impliquant l'observation impartiale de l’enchaînement des états mentaux.

De fait, la méditation vigilante est depuis longtemps liée aux recherches sur les sciences cognitives et l'intelligence artificielle. Francesco Varela, le créateur des théories de l'énaction et de l'autopoiesis, était un bouddhiste et un méditant convaincu.

La méditation est-elle efficace ? Apparemment oui, les recherches se succèdent et semblent confirmer sa capacité à provoquer des changements profonds dans le cerveau, liés à la réduction du stress, mais également à la capacité de décision, ou même à la créativité.

Evolution ou trahison ?

Mais peut-elle être considérée comme un exercice mental "pur", dénué de toute connotation religieuse ?

Pour bon nombre des personnes interviewées par Shachtman c'est le cas. C'est également le point de vue d'un Sam Harris, l'un des quatre grands "évangélistes" du nouvel athéisme, en compagnie de Daniel DennettChristopher Hitchens et Richard Dawkins (on les appelait les quatre cavaliers de l'Apocalypse, du moins jusqu'au décès de Christopher Hitchens. Au contraire des trois mousquetaires, les quatre cavaliers ne sont donc aujourd'hui que trois).

Toutefois, la situation est complexe : tout d'abord, il faut bien dire que cet usage "technologique" de la méditation n'est guère apprécié, tant par les bouddhistes traditionnels que par les experts universitaires du domaine. En effet la méditation vigilante a un but : enseigner l'impermanence de toutes choses. Au fur et à mesure que le flux des états mentaux s'écoule, l'adepte apprend la non-substantialité de toute chose, y compris de sa propre identité, et cela ne se passe pas nécessairement sans angoisse. Pour Donald Lopez, auteur du Scientific Buddha : his short and happy life, violente charge contre la version "rationnelle" du bouddhisme, "le but d'une telle méditation est d'induire le stress. Celui-ci est le résultat d'une insatisfaction profonde envers le monde. Plutôt que de chercher une satisfaction sereine dans le déroulement d'expérience, le but de cette pratique est hautement critique, amenant en fait à juger le monde comme une prison". Pas forcément compatible avec la préparation de la prochaine réunion du service marketing...

Mais après tout pourquoi pas ? Peut-être les bouddhistes, dans leur quête de la libération, ont-ils effectivement découvert une technologie susceptible de s'appliquer indépendamment de toute considération métaphysique, tout comme les alchimistes ont découvert sans le vouloir les principaux éléments chimiques, alors qu'ils cherchaient à créer la pierre philosophale. Cela est justifiable, mais pose néanmoins certaines questions. Au moins les chimistes ne font-ils plus référence à la pierre philosophale. Au contraire, les "néomeditants" fondent encore une bonne part de leur argumentation sur le socle bouddhiste, il suffit de se référer à certains propos rapportés par Shachtman : "Mon rêve est de créer les conditions d'un monde de paix et d'obtenir cela en créant les conditions nécessaires pour la paix intérieure et la compassion à une échelle globale." affirme Chade-Meng Tan. "Par chance, une méthode pour y parvenir existe déjà... La plupart d'entre nous la connaissent sous le nom de méditation."

Ce à quoi Shachtman répond cyniquement : "Il est difficile de nier que la méditation peut entraîner des bénéfices remarquables. Mais un monde de paix ? La sainteté ? Cela paraît un peu tiré par les cheveux. Steve Jobs passait beaucoup de temps en position du lotus ; il ne payait pas moins des salaires d'esclaves à ses employés, réprimandait ses subalternes et garait sa voiture sur les places pour handicapés."

Et encore a-t-il le tact d'éviter de citer Anders Breivick qui utilisa la méditation comme moyen de se distancer de ses émotions et commettre son massacre avec plus d'efficacité.

Cette vision "amorale", "non mystique" de la méditation ne serait qu'une construction récente, pas seulement occidentale, d'une pratique ancestrale. Dans son livre Le Zen en guerre, Brian Victoria note par exemple que l'idée d'une méditation zen totalement "rationnelle", détournée de toute considération mystique ou religieuse, serait en grande partie une création des moines zen des débuts de l'ère Meiji. Il faut dire qu'à l'époque Meiji, le bouddhisme n'avait pas bonne presse auprès de l'empereur, qui lui favorisait le shinto, d'esprit plus nationaliste. Il s'agissait en fait de rendre compatibles les enseignements du bouddhisme avec la nouvelle idéologie impériale, faisant du zen une doctrine adaptée à l'obéissance militaire.

Cette ambiguïté sur la pratique de la méditation est gênante, mais peut-on l'éviter ? Oui, si l'on pense que la méditation n'est qu'un sport mental comme les autres (par exemple les jeux vidéos ou la pratique d'un instrument de musique). Non, si sa pratique (qui n'est pas facile reconnaissons-le, et dont l'efficacité, même établie, met bien du temps à s'imposer comme évidente) repose sur des mythes et un imaginaire plus ou moins mystiques et surnaturels, et qu'il est impossible d'y renoncer totalement. Peut-être alors la seule solution pour les méditants modernes serait de renoncer à la doctrine bouddhiste et d'adopter un mythe plus en adéquation avec leurs objectifs. Par exemple, ils pourraient s'inspirer de Star Trek, et, à l'instar de Sheldon Cooper du Big Bang Theory, affirmer pratiquer le Kolinahr, technique mentale Vulcaine susceptible de nous aider à purger nos émotions...

 

Via Technoccult.

Rémi Sussan

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09 décembre 2015

ENQUÊTE SUR LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL: «I am the best!» ou la méthode Coué

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ENQUÊTE SUR LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL: «I am the best!» ou la méthode Coué par Jacqueline Remy, Jean-Sébastien Stehli, Gilbert Charles et Nathalie Tiberghien

« Un boulevard pour les charlatans et les sectes. » Michel Lacroix « Le danger présenté par le culte du développement personnel réside surtout dans le fossé entre les limites de ses recettes et la prétention de ses promesses. »

 

S'affirmer pour être plus heureux, plus performant. Dans la vie privée ou dans le travail, la recherche du développement personnel est devenue un leitmotiv. Enquête sur un phénomène, ses adeptes, ses gourous... et ses sceptiques

 

«Toi d'abord!» Jamais on ne l'a dit si crûment, depuis qu'on voit monter le culte de l'ego dans les sociétés occidentales. «Toi d'abord!» Ce n'est plus un conseil de bon sens, c'est devenu un leitmotiv, un mot d'ordre, une sorte d'incantation collective aux accents d'injonction. Occupetoi de toi-même, développe ton potentiel, travaille sur toi, et surtout estime-toi! C'est la nouvelle clef du bonheur: Estime-toi, si tu veux réussir ta vie personnelle et ta vie professionnelle! Estime-toi, si tu veux que les autres te rendent la pareille. Estime-toi, si tu veux t'épanouir et libérer tes compétences affectives et sociales! Estime-toi, si tu veux être à la hauteur de ton destin.

 

C'est le dernier cri du développement personnel (DP), qui explose aujourd'hui. Nourrie par les gourous du New Age, cette psycho-philosophie avait surtout prospéré, depuis les années 70, auprès des babas amateurs de spiritualités orientales et d'expériences psychosensorielles. Avec l'ouverture, au fil des années 80, de l'énorme marché de la formation dans les entreprises, une multitude de néothérapeutes se sont engouffrés dans cette mouvance et se sont emparés des techniques qui la fondent, celles de la «psychologie humaniste» - dite aussi «mouvement du potentiel humain» - brevetée à Esalen, sur la côte californienne. Longtemps considéré en France comme un fatras de concepts et de méthodes un peu simples, le phénomène du DP est en train de conquérir le grand public. Aujourd'hui, pas un ouvrage sur le mieux-être qui ne devienne un best-seller. Plus subrepticement, les valeurs véhiculées par ce mouvement imbibent notre culture, qui succombe à l' «utopie de la préservation du soi», selon l'expression du chercheur Zaki Laïdi. Un credo assez bien résumé par la «Déclaration d'estime de soi» édictée par deux des derniers chantres du soi, Rosette Poletti et Barbara Dobbs, et qu'on peut résumer ainsi: «1. Dans tout l'Univers, il n'y a pas une autre personne qui soit exactement semblable à moi. Je suis moi et tout ce que je suis est unique. 2. Je suis responsable de moi-même. 3. Je peux choisir de manifester le meilleur de moi-même.» Moi d'abord: mais il ne s'agit pas seulement de se contempler dans le miroir. Il s'agit de prendre la mesure de ses responsabilités et de conduire son existence comme une entreprise précieuse.

 

Les auteurs de cette profession de foi, deux infirmières férues de psychospiritualité, viennent de publier chez Jouvence un livre intitulé, évidemment, L'Estime de soi. Sous-titre: Un bien essentiel. Mais c'est le best-seller de Christophe André et François Lelord qui a donné le la, en 1999. On doit à ces deux psys, consultants en entreprise, l'incroyable succès de l'idée même d'estime de soi, promue passeport pour le bonheur: il s'est vendu, à ce jour, 230 000 exemplaires de leur ouvrage, L'Estime de soi (Odile Jacob). Depuis, l'expression est devenue un sésame éditorial. On en fait des manuels de poche (81 Façons de cultiver l'estime de soi, de Marie Borrel chez Tredaniel), des sommes théoriques (Estime de soi, confiance en soi, de Josiane de Saint-Paul, chez Dunod), et des guides pratiques (Avoir confiance en soi, de Marie Haddou, chez Flammarion).

 

FAILLITE DE LA SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION

Sans oublier les enfants:la psychanalyste Emmanuelle Rigon va publier chez Albin Michel, début mars, Papa, maman, j'y arriverai jamais, comment l'estime de soi vient à l'enfant. Maryse Lassabe, qui dirige Les 100 Ciels, une librairie spécialisée à Paris, dans le quartier du Marais, soupire: «Tous les éditeurs s'y mettent, il y a trop de livres. Mais on n'a jamais tant eu besoin d'avoir confiance en soi.»

Christophe André et François Lelord confirment: «Nous savions que le manque d'estime de soi est au cœur de toutes les pathologies qu'on soigne.» Tous les acteurs du développement personnel expliquent que ce travail sur soi est rendu indispensable par la précarité professionnelle et l'incertitude affective qui pèsent sur nos vies. «Après-guerre, on nous a proposé un confort matériel censé nous rendre heureux, explique Yves Michel, fondateur du Souffle d'or, l'un des précurseurs de cette mouvance en France. Il en découle une insatisfaction personnelle due à des situations absurdes, à des emplois sans âme. C'est la faillite de la société de consommation.» Accusée, l'école qui lamine l'ego: «A côté d'un 12,5 sur 20, un prof n'hésite pas à inscrire en marge "insuffisant", cela veut dire quoi? s'indigne la psychanalyste Emmanuelle Rigon. Les bulletins sont souvent négatifs. On dirait que les adultes ont peur d'encourager les enfants à construire leur estime de soi.» Accusée aussi, l'entreprise. La psychiatre Catherine Bensaïd, qui a publié Aime-toi, la vie t'aimera (Laffont), affirme: «Dans mon cabinet, je vois de plus en plus de gens qui souffrent de l'entreprise. Nous sommes dans un monde de plus en plus agressif. Nous devons donc apprendre à nous défendre.» Mais nous sommes un peu perdus, sortis des rails d'antan, jetés dans une société individualiste qui nous demande de décider seuls de nos vies (lire l’interview). «Nous n'avons plus une vie balisée de pancartes qui nous disent ce qu'il faut faire, insiste Marie Borrel. Il y a émergence de l'individu comme sujet, et ce sujet ne doit pas être laminé. Il doit donc trouver des repères identitaires forts.» Il doit donc se trouver.

 

TROUVER SA « LÉGENDE PERSONNELLE »

La pub ne dit pas autre chose. Ford France a choisi Zidane pour icône de sa marque, car il incarne les valeurs montantes, «authenticité, bien-être, estime de soi», explique le concepteur de la campagne au Journal du dimanche. «Be yourself », jette Hugo Boss. «Parce que je le vaux bien», réplique L'Oréal. Renifleuse de tendances, Cécile Monier, qui travaille à l'agence McCann-Erickson, auteur de cette campagne maligne, affirme qu'elle voit monter le thème de l'estime de soi depuis un an: «Tout a commencé par les femmes qui, vivant sur plusieurs plans à la fois, ont une stratégie de survie: si elles ne pensent pas à elles, personne ne le fera. Ce qui est nouveau, c'est que les hommes commencent à parler de l'estime de soi. Ils sont chahutés dans leur identité. Ils ont besoin d'être fiers de ce qu'ils sont, mais ils ne savent plus ce qu'ils sont censés être.» Le maître mot, c'est l' «assertivité», l'affirmation de soi. Soi, mais qui? Pas si facile de répondre. Alors, hommes et femmes, tous cherchent. Il faut trouver sa «légende personnelle», comme dit Paulo Coelho. D'où le formidable succès du magazine Psychologies (lire l'interview). D'où la multiplication des émissions de radio ou de télévision exaltant le soi intime. D'où l'engouement pour les cafés psycho ou les bars à philo. D'où la multiplication des séminaires proposés aux cadres, via la formation, pour leur apprendre à être ce qu'ils pourraient être, et mieux encore. Cette quête débouche sur un psychomarché en pleine expansion. Claude Baumel, qui organise le Salon du bien-être, rendez-vous annuel des amateurs et professionnels du développement personnel (du 31 mars au 2 avril, à SaintLaurent-du-Var), raconte: «Il y a dix ans, ce mouvement ne touchait que les branchés marginaux. Aujourd'hui, on voit arriver le gros bataillon des gens qui cherchent simplement à se sentir mieux. Les entreprises aussi ont compris l'intérêt du facteur humain pour lutter contre l'absentéisme, les conflits, les crises, et pour tirer le maximum de créativité et d'énergie de chaque collaborateur.» Il suffit de se plonger dans les petites annonces de Psychologies, Nouvelles Clés ou L'Ame et le cœur, par exemple, pour constater que le marché de l'intimité est en pleine expansion. On peut acheter des coussins musicaux de relaxation, avec clapotis de vagues, bruit de la pluie en été ou battements de cœur. On peut s'offrir des psychojeux «pour tout savoir sur soi et mieux se connaître» (Voyage à l'intérieur de soi-même, de Michèle Costa Magna, chez Actes Sud junior). Des centaines de «thérapeutes» - n'importe qui peut s'afficher thérapeute - proposent leurs services. La plupart des mouvements de renouveau religieux, sous couvert de spiritualité, jouent en fait la carte de la prise en charge psy, comme l'explique la sociologue Valérie Rocchi, qui a consacré une étude aux réseaux psychomystiques. Des milliers de conférences, thérapies, ateliers, formations sont organisés dans toute la France - surtout dans le Sud - et proposent des réponses à tous les problèmes. On y trouve une kyrielle de techniques puisées dans les courants les plus divers de la psychothérapie (analyse transactionnelle, programmation neurolinguistique, dynamique de groupe), de méthodes américaines à la terminologie branchée - rebirth, coaching, relooking - ou de pratiques issues des médecines douces, des cultures traditionnelles ou du New Age, à base de psychologie rudimentaire teintée parfois d'ésotérisme. Stages «d'affirmation de mon moi profond», voyage «à la découverte de nos chamans intérieurs», massages chinois et même «purification intestinale»: tout est bon pour soigner son corps et son âme, trouver un sens à son existence, retrouver l'estime de soi. On peut même se contenter d'emmagasiner des trucs, comme ceux de la psychologue Marie Haddou: «Exemple de technique d'affirmation de soi, dit-elle, le disque rayé. Quand vous voulez dire quelque chose à quelqu'un qui refuse d'entendre, vous répétez jusqu'à ce que l'autre comprenne.» Carillon indien à l'entrée, odeurs d'encens, musique New Age. Ex-chef d'entreprise dans la distribution, Maryse Lassabe a ouvert sa librairie, Les 100 Ciels, voilà dix ans: «Nous avons de plus en plus de demandes, dit-elle. Des femmes d'abord, et maintenant des hommes.» Au sous-sol, on sert du thé et, le mercredi, on tient des conférences. «Nous faisons le plein avec Lise Bourbeau, qui a écrit Ecoute ton corps et Qui es-tu?» Les stars? Jacques Pitra, spécialiste du coaching, et Jacques Salomé, que son éditeur Marc de Smedt, chez Albin Michel, qualifie de phénomène d'édition: «C'est ce que nous appelons un "long-seller", il se vend sur la durée. Tous ses livres dépassent maintenant 30 000 exemplaires. On constate une accélération depuis un an ou deux. Nous avons tiré Dis, papa, l'amour c'est quoi? à 8 000 exemplaires en 1999, et nous en sommes à 100 000.» Ce soir, aux 100 Ciels, Philippe Barraqué officie, des clochettes tibétaines au bout des doigts. Il explique comment les vibrations sonores des cordes vocales agissent utilement sur les organes. «Je vous invite maintenant à respirer profondément avant d'entamer tous ensemble un long aoummmm », suggère-t-il. Paumes tournées vers le «ciel» de la cave, les yeux fermés, les 40 participants exhalent une obéissante plainte vocale. Prix de la séance: 100 francs.

 

"I AM THE BEST ! » OU LA MÉTHODE COUÉ

 

À l'autre bout de la ville, dans une salle au premier étage d'un immeuble des Champs- Élysées, six cadres issus de différentes entreprises planchent devant deux animateurs et une caméra vidéo. Un ingénieur, qui a besoin de savoir expliquer en termes simples ses projets au personnel de direction, un chef des ventes chargé de doper une équipe de commerciaux, un responsable marketing qui doit apprendre à répondre aux critiques des clients, une femme, cadre dans un organisme de logement social, qui doit régulièrement animer des réunions avec des élus locaux: tous ont besoin d'être en pleine possession de leurs moyens et de lustrer leur image. L'un après l'autre, ils se mettent en scène devant la caméra. «Pensez à regarder vos interlocuteurs dans les yeux», intervient l'animateur. Un cadre d'un groupe automobile fait mine de s'adresser à un aréopage de concessionnaires. Il bafouille, on reprend. «Prenez le point de vue de l'interlocuteur, retournez-le de façon positive, ne cherchez pas à le contredire, n'oubliez pas le sourire.» En réalité, les stagiaires subissent exactement le même traitement de la part de l'animateur: «Il ne s'agit pas de les démolir en leur disant qu'ils sont nuls, mais au contraire de leur montrer leurs points positifs.» Organisé par la société Dale Carnegie, le stage coûte entre 5 000 et 7 000 francs à l'entreprise. «On ne demande plus aux salariés d'être compétents, on les veut créatifs et innovants», souligne Didier Wayne, président de la branche française de Dale Carnegie, qui, pour des stages de un à douze jours, a accueilli en 2 000 les cadres de 200 entreprises. «L'estime de soi, ce n'est pas quelque chose d'acquis une fois pour toutes, expliquent François Lelord et Christophe André. Il faut la nourrir, sinon elle s'étiole. Il faut deux carburants: l'approbation de soi et celle des autres, autrement dit le sentiment d'être compétent et la réussite.» Jamais le culte de la performance, récemment décrit par Ehrenberg, n'a été si débridé. «Il faut séduire sur le plan personnel et se vendre auprès de son patron», observent les auteurs de L'Estime de soi. Catherine Bensaïd souligne à quel point cette pression sociale est devenue lourde: «Aujourd'hui, il faut être beau, jeune, avoir des enfants réussis, un couple harmonieux, des activités passionnantes, et un métier intéressant. Forcément, on n'y arrive pas. On se défend, comme aux Etats-Unis, en se vantant: "I am the best! " On se met en scène, artifices à l'appui. Pour survivre à cela, ne faut-il pas se réconcilier avec sa propre image?»

 

FAMILLE, SOCIÉTÉ… FINI LE SOCIOLOGISME

 

Mais les gourous du développement personnel sont plus ambitieux que cela. Il ne suffit pas de plaire. Il ne suffit pas de s'aimer non plus. Il faut conjuguer les deux objectifs. Et bosser dur. Commencez tout de suite. Regardez-vous dans la glace. Bon, d'accord, vous n'êtes pas parfait. Un peu inhibé. Tendance à prendre la tangente. Vous avez du mal à dire non. A dire oui aussi, accessoirement. Au boulot, c'est moyen. A la banque, c'est au rouge. En famille, ce n'est pas le Pérou non plus. Vous vous dites que vous avez des excuses: enfance malheureuse, chef caractériel, conjoncture économique inique.

STOP! Arrêtez tout. Avec le développement personnel, fini le sociologisme. Vous n'êtes pas le produit de votre passé ni de votre milieu. «L'important n'est pas ce que l'on a fait de moi, mais ce que je fais moi-même de ce qu'on a fait de moi», énonce Serge Ginger, praticien de la Gestalt-thérapie en France. Cette citation est tirée d'un remarquable petit ouvrage, le meilleur sur le sujet, dans lequel le philosophe Michel Lacroix analyse avec rigueur le phénomène du DP (Le Développement personnel, Flammarion) et son antisociologisme, selon lequel «il est donc vain d'instruire le procès de la famille ou de la société. La non-réalisation de soi ne dépend pas de l'environnement, mais du film qui se déroule dans la conscience». Michel Lacroix raconte une anecdote édifiante. Aux Etats-Unis, Anthony Robbins, l'un des maîtres de la programmation neurolinguistique (PNL) et du chamanisme, convia un clochard devant son auditoire, lors d'un séminaire de DP. Le pauvre homme raconta par quel enchaînement de malheurs il en était arrivé là. Robbins rétorqua: «Vous avez tiré des conclusions négatives de ce qui vous arrivait, mais il ne tenait qu'à vous d'interpréter la situation familiale d'une façon différente...» Verdict de Robbins, conclut Lacroix: ce clochard a choisi sa déchéance. Il est totalement responsable de son destin. Comme moi. Comme vous. Fondée sur la théorie du psychologue américain Abraham Maslow (voir l’article), l'idéologie du DP tranche net avec la victimologie dont les décennies passées étaient friandes. Délibérément optimiste, elle affirme que le manque d'estime de soi est non l'effet, mais la cause, de nos malheurs. «Vous avez toutes les cartes en main, martèlent ses gourous, à vous de jouer.» Il suffit de se déprogrammer. Abandonnez vos «croyances limitantes», ces raisonnements erronés qui vous font croire, par exemple, que vous êtes déprimé, timide, seul et effrayé. Et reprogrammez-vous avec des «pensées positives». Oui, vous avez des ressources intérieures. Il suffit de les mobiliser. Oui, vous pouvez mieux communiquer, être plus heureux et plus performant. Il suffit de développer votre potentiel - car vous avez un potentiel. Et grâce à ce potentiel, vous pouvez devenir le meilleur. La candeur de ces exhortations, qui rappellent la méthode Coué, peut faire sourire. Ou réfléchir. Car le but, aujourd'hui, ce n'est plus seulement le bonheur - l' «euphorie perpétuelle», dénoncée par Pascal Bruckner - et ce n'est pas non plus l'hédonisme qui panse le mal de vivre, ni la libération de l'ego qui casse les interdits. Au contraire, on s'adapte à la société. On la domine. Derrière le volontarisme têtu de cette philosophie se profile un idéal de maîtrise prométhéen, une exigence un peu faustienne - comme l'observe Michel Lacroix - dont on peut se demander à quelle angoisse elle répond. On a un outil à sa disposition: soi. Et, cet outil, il faut le modeler. Non pas pour être mieux, mais pour être plus, toujours plus. De là à devenir son propre dieu, il n'y a qu'un pas. Certes, il ne suffit pas de se doter d' «outils», de techniques, de clefs, de recettes pour devenir un surhomme. Mais sourd tout de même un petit espoir nietzschéen. «Deviens ce que tu es.» On n'est pas loin non plus de l'existentialisme. Mais Sartre aurait souri d'entendre déployer les armes du développement personnel. Objectif n°1: apprendre à piloter son cerveau, dont nous n'utilisons que 10% du potentiel, selon le DP. Michel Lacroix a recensé les différentes techniques, du training autogène à la programmation neurolinguistique. En bref, le jeu consiste à dynamiser la mémoire, selon la méthode Silva, par exemple, à se forger une personnalité en exploitant ses atouts hier ignorés, à dominer son corps, et à augmenter son pouvoir sur le monde extérieur: gérer son temps, accroître son leadership, mieux communiquer, élargir sa conscience. Quoi qu'il arrive, on s'intéressera davantage à vos succès qu'à vos échecs. Le monde n'est pas si effrayant, puisqu'il n'est que l'image qu'on s'en fait. Michel Lacroix, qui a longuement enquêté dans le milieu, raconte que les formateurs aiment bien lancer: «Le monde vous déplaît? Changez de concepts!»

 

L’AMOUR-PROPRE STENDHALIEN Cet optimisme séducteur et cette inflation du Moi ont de quoi agacer. Le chercheur Zaki Laïdi (Un monde privé de sens, Fayard) a ainsi dénoncé dans Libération l'illusion de «ce décentrement radical du ''nous" - collectif et universel - vers un "soi" narcissique et différencialiste». Mais les adeptes du DP balaient d'un revers de main l'accusation d'égoïsme: «Pour être bien avec les autres, il faut d'abord être bien avec soi.» Plus cyniquement, Stendhal aurait répliqué: «Il n'y a pas d'amour, il n'y a que de l'amour-propre.» A son tour, le sociologue Jean-Pierre Le Goff voudrait dynamiter Les Illusions du management et prône un «retour au bon sens». Il s'en prend aux directions des ressources humaines new-look, qui veulent non seulement évaluer le «savoir» et le «savoir-faire» des salariés, mais aussi leur «savoir-être» - «Ce ne sont pas seulement, dit-il, l'autonomie et la responsabilité, transformées paradoxalement en normes, qu'on prétend évaluer, mais le courage, la franchise, voire l'adhésion à l'entreprise...». Et de conclure que l'évitement des conflits est dangereux et que cette logique managériale «met à rude épreuve le psychisme de chacun».

 

« UN BOULEVARD POUR LES CHARLATANS » Michel Lacroix fait deux autres critiques, aussi graves, au mouvement du DP. N'importe qui peut s'annoncer thérapeute. «C'est un boulevard pour les charlatans et les sectes», qui, semblet-ils, ont tendance à infester cette mouvance. La théorie de la « Dianétique » distillée par l'Eglise de scientologie, qui veut transformer l'individu en Thêtan (être supérieur), a d'ailleurs beaucoup de points communs avec celles du DP. L'autre danger, dénoncé aussi par les psychanalystes classiques, menace les clients un peu trop fragiles qui, brusquement immergés dans des séances expéditives, sous haute tension émotionnelle - il faut créer du lien - risquent de craquer gravement. Mais le danger présenté par ce culte du développement personnel réside surtout dans le fossé entre les limites de ses recettes et la prétention de ses promesses. En misant sur le besoin actuel, réel, de responsabilité individuelle, les gourous du DP jouent sur du velours. En faisant miroiter des rêves illimités de toute-puissance, ils jouent avec les nerfs de leurs adeptes. Devenir le patron de sa petite entreprise Moi, c'est, selon l'expression du gourou du management Tom Peters, s'exposer à des vertiges angoissants. Mais chercher à s'aimer soimême, c'est aussi faire un pas vers la sagesse.

* Cet article a été publié dans le magazine hebdomadaire L’Express du 22/02/2001 sous le titre «Les nouvelles clefs de la confiance en soi» ; on peut le retrouver sur Internet à l’adresse URL suivante : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/les-nouvelles-clefs-de-la-confiance-en-soi_490640.htm

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07 octobre 2015

ca qui ne va pas avec la civilisation.......

Ce qui ne va pas avec la civilisation (Derrick Jensen)

prémisses

Cet article est un extrait du site web http://deepgreenresistance.org/fr/who-we-are/faqs/deep-green-resistance-faqs#dismantle-civilization, pour en savoir plus sur le mouvement Deep Green Resistance.

Derrick Jensen (né le 19 décembre 1960) est un écrivain et activiste écologique américain, partisan du sabotage environnemental, vivant en Californie. Il a publié plusieurs livres très critiques à l’égard de la société contemporaine et de ses valeurs culturelles, parmi lesquels The Culture of Make Believe (2002) Endgame Vol1&2 (2006) et A Language Older Than Words (2000).

Plus de renseignements sur la mouvance, la vision du monde de Derrick Jensen dans cet excellent documentaire qu’est END:CIV, disponible en VERSION ORIGINALE sous-titrée français en cliquant ici.


Quel est le problème avec la civilisation? Pourquoi quiconque voudrait y mettre fin?

Derrick Jensen explore la question dans son livre « Endgame » en deux volumes. Il y cite 20 prémisses en guise de résumé:

Premier prémisse: La civilisation n’est pas et ne sera jamais soutenable. D’autant moins la civilisation industrielle.

Deuxième prémisse: Les communautés traditionnelles abandonnent ou vendent rarement volontairement les ressources dont elles dépendent, tant qu’elles n’ont pas été détruites. Elles ne permettent pas non plus volontairement l’altération de leurs terres dans le but d’extraire d’autres ressources — or, pétrole, etc. Il s’ensuit que ceux qui veulent ces ressources feront ce qu’ils peuvent pour détruire ces communautés traditionnelles.

Troisième prémisse:  Notre mode de vie — la civilisation industrielle — est fondé, requiert, et s’effondrerait très rapidement sans une violence étendue et permanente.

Quatrième prémisse: La civilisation se base sur une hiérarchie clairement définie et largement acceptée et pourtant souvent non-déclarée. La violence exercée par ceux au sommet de cette hiérarchie sur ceux d’en bas est quasiment toujours invisible, c’est-à-dire qu’elle passe inaperçue. Quand elle est remarquée, elle est alors entièrement rationalisée. La violence exercée par ceux d’en bas sur ceux d’en haut est impensable, et quand elle prend place, est considérée avec stupeur, horreur, et voit ses victimes adulées.

Cinquième prémisse: La propriété de ceux du sommet de la hiérarchie est plus importante que celle de ceux d’en bas. Il est acceptable que ceux d’en haut augmentent la quantité de propriétés qu’ils contrôlent — ou dans les mots de tous les jours, de gagner de l’argent — en détruisant ou en prenant la vie de ceux d’en bas. Cela s’appelle production. Si ceux d’en bas endommagent la propriété de ceux d’en haut, ceux d’en haut peuvent tuer, ou détruire les vies de ceux d’en bas. Cela s’appelle justice.

Sixième prémisse: La civilisation n’est pas bonifiable. Cette culture ne subira jamais aucune sorte de transformation volontaire en un mode de vie soutenable. Si on ne la stoppe pas, la civilisation va CONTINUER à paupériser la grande majorité des humains et à dégrader l’état de la planète jusqu’à ce qu’elle (la civilisation, et la planète aussi probablement) s’effondre. Les effets de cette dégradation vont continuer à nuire aux humains et aux non-humains pendant très longtemps.

Septième prémisse: Plus nous attendons que cette civilisation s’effondre — ou plus nous attendons nous-mêmes pour la démanteler — plus l’effondrement sera problématique, et plus les choses seront graves pour les humains et les non-humains qui vivront cela, et pour ceux qui viendront après.

Huitième prémisse: Les besoins du monde naturel sont plus importants que les besoins du système économique.

Une autre version du huitième prémisse: Tout système économique ou social qui ne bénéficie pas aux communautés naturelles sur laquelle il se base est insoutenable, immoral et stupide. La soutenabilité, la moralité et l’intelligence (ainsi que la justice) requièrent le démantèlement de tout système économique ou social de ce genre, ou au minimum qu’on l’empêche d’endommager le monde naturel.

Neuvième prémisse: Bien qu’un jour nous serons à l’évidence moins nombreux qu’aujourd’hui, il y a de multiples manières dont cette réduction de population puisse se passer (ou être achevée, selon la passivité ou l’activité dont on fait preuve à l’approche de cette transformation). Certaines de ces manières peuvent se caractériser par une violence extrême et une privation: une apocalypse nucléaire, par exemple, réduirait à la fois la population et la consommation, de manière horrible; la même chose est vraie d’une croissance sans limites, suivie d’un crash. D’autres manières pourraient être moins violentes. A la vue du degré actuel de violence dont fait preuve cette culture à l’encontre des humains et du monde naturel, il est cependant impossible d’imaginer une réduction de population de de consommation sans violence et privation, pas parce que ces réductions impliqueraient en elles-mêmes de la violence, mais parce que violence et privation sont devenues standards. Toutefois certaines manières de réduire la population et la consommation, quand bien même violentes, consisteraient à faire diminuer le niveau de violence requis et causé par le mouvement (souvent forcé) de ressources des pauvres vers les riches, ce qui provoquerait parallèlement une réduction de la violence à l’encontre du monde naturel. Personnellement et collectivement nous pouvons être capables à la fois de réduire et d’adoucir le caractère de la violence qui se produira lors de cette transformation. Ou peut-être pas. Mais ceci reste certain: si nous n’approchons pas — si nous nous refusons à parler de notre présente situation et de ce que l’on peut faire — la violence en sera indubitablement plus sévère, et la privation plus extrême.

Dixième prémisse: La culture dans son ensemble et la plupart de ses membres sont fous. La culture est dirigée par une pulsion de mort, une pulsion de destruction du vivant.

Onzième prémisse: Depuis le début, cette culture — la civilisation — est une culture d’occupation.

Douzième prémisse: Il n’y a pas de gens riches dans le monde, et pas non plus de gens pauvres. Il y a juste des gens. Les riches possèdent peut-être tout un tas de pièces et de papiers verts censés valoir quelque chose — ou leur prétendue richesse est peut-être encore plus abstraite: des nombres stockés dans des disques durs de banques — et les pauvres ne possèdent peut-être rien de tout ça. Les « riches » prétendent posséder la terre, et les « pauvres » se voient nier le droit d’exprimer de telles prétentions. Un des buts premiers de la police est d’imposer par la force les délires de ceux qui possèdent beaucoup de pièces et de papier vert. Ces délires s’accompagnent de conséquences extrêmes dans le monde naturel.

Treizième prémisse: Ceux au pouvoir règnent par la force, et plus tôt nous nous affranchissons des illusions qui prétendent le contraire, le plus tôt nous pourrons au moins commencer à prendre des décisions raisonnables sur si, quand, et comment nous allons résister.

Quatorzième prémisse: Depuis la naissance — et probablement depuis la conception, mais je ne saurais comment défendre cette assertion — nous sommes individuellement et collectivement éduqués à haïr la vie, haïr le monde naturel, haïr la nature, haïr les animaux sauvages, haïr les femmes, haïr les enfants, haïr nos corps, haïr et craindre nos émotions, nous haïr. Si nous ne détestions pas le monde, nous ne permettrions pas qu’il soit détruit sous nos yeux. Si nous ne nous détestions pas, nous ne permettrions pas que nos maisons — et nos corps — soient empoisonnés.

Quinzième prémisse: L’amour n’implique pas le pacifisme.

Seizième prémisse: Le monde matériel est élémentaire.Cela ne signifie pas que l’esprit n’existe pas, ni que le monde matériel soit tout ce qu’il y ait. Cela signifie que l’esprit se mélange à la chair. Cela signifie aussi que les actions dans le monde réel ont des conséquences bien réelles. Cela signifie que nous ne pouvons compter ni sur Jésus, ni sur le Père Noël, ni sur la déesse mère, ni sur le lapin de Pâques pour nous sortir du pétrin. Cela signifie que cette pagaille est une vraie pagaille, et pas un battement de cil de Dieu. Cela signifie que nous devons y faire face nous-mêmes. ça signifie que durant notre passage sur Terre — et que l’on atterrisse ou pas autre part après la mort, et que l’on soit condamné ou privilégié en vivant ici — la Terre est ce qui importe. Elle est élémentaire. Elle est notre maison. Elle est tout. Il est stupide de penser ou agir comme si ce monde n’était pas réel et élémentaire. Il est stupide et pathétique de ne pas vivre nos vies comme si elles étaient réelles.

Dix-septième prémisse: C’est uneERREUR (ou plus probablement, du déni) de baser nos décisions sur si oui ou non des actions découlant de tout cela vont ou ne vont pas effrayer les gardiens de la bien-pensance, la masse des américains.

Dix-huitième prémisse: notre perception actuelle du « moi » n’est pas plus soutenable que notre usage actuel d’énergie ou de technologie.

Dix-neuvième prémisse: Le problème de cette culture repose principalement sur la croyance selon laquelle contrôler et abuser du monde naturel est justifiable.

Vingtième prémisse: Au sein de cette culture, la finance — et pas le bien-être communautaire, pas la morale, pas l’éthique, pas la justice, pas même la vie — dirige les décisions sociales.

Modification du vingtième prémisse: Les décisions sociales sont principalement déterminées (et souvent exclusivement) sur la base de si oui ou non ces décisions entraineront une augmentation des fortunes monétaires des preneurs de décisions et de ceux qu’ils servent.

Re-modification du vingtième prémisse: Les décisions sociales sont principalement déterminées (et souvent exclusivement) sur la base de si oui ou non ces décisions augmenteront le pouvoir des preneurs de décisions et de ceux qu’ils servent.

Re-modification du vingtième prémisse: Les décisions sociales sont principalement fondées (et souvent exclusivement) sur la croyance quasiment jamais examinée selon laquelle les preneurs de décisions et ceux qu’ils servent sont autorisés à amplifier leur pouvoir et/ou leurs fortunes monétaires au détriment de ceux d’en bas.

Re-modification du vingtième prémisse: Au cœur du problème —si tant est qu’il lui en reste un peu — vous verriez que les décisions sociales sont principalement déterminées sur la base de leurs capacités à servir les orientations de contrôle et de destruction du monde naturel sauvage.

Derrick Jensen

 

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