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Le rêve télépathique. Avancées expérimentales et cliniques

Par Montague Ullman



Le docteur Montague Ullman fut directeur du département de psychiatrie du Maimonides Medical Center de New-York où il mit en place, en 1961, l’un des premiers laboratoires du sommeil dédié à l’étude expérimentale des rêves et de la télépathie. Professeur émérite du département de psychiatrie du Albert Einstein College of Medicine, Yeshiva University, ancien président de la Parapsychological Association et membre à vie de l’American Psychiatric Association, il a publié de nombreux articles neurophysiologiques et cliniques portant sur l’étude des rêves. Dans cet article, extrait de l’ouvrage “Psychoanalysis and the Paranormal : Lands of Darkness”, publié en 2003, Montague Ullman revient sur les célèbres expériences étudiant les rêves télépathiques effectuées au Maimonides Medical Center.

J’ai fait pendant ma vie quatre rencontres majeures avec le paranormal, c’est-à-dire avec ce qu’il est maintenant convenu d’appeler les phénomènes psi (1). C’est à l’âge de seize ans, en 1932, que j’ai découvert ce que l’on désignait sous le nom de “phénomènes psychiques”. J’étais impressionné par les grands noms qui étaient associés à l’étude de la médiumnité (William James, J. W. Crookes, Sir Oliver Lodge), et avec plusieurs camarades de collège, je m’embarquai dans des séances que nous organisions par nous-mêmes chaque semaine, et qui durèrent pendant deux ans. Par la suite, j’ai pu constater que les effets concrets que nous avions eu l’occasion d’observer nous avaient tous durablement marqués (2).

Pour moi, ce fut le premier vrai contact avec le « paranormal ». Il éveilla en moi un intérêt durable pour cette discipline dont il m’ouvrit les portes. Le deuxième contact fut plus éphémère et personnel, et manqua de la qualité consensuelle qui avait marqué mes expériences de jeunesse. Il prit la forme de rêves occasionnels qui me semblaient être soit télépathiques, soit précognitifs. Voici un rêve de ce type que Jung aurait considéré comme un exemple parfait de synchronicité (3).

Nous étions à la fin de l’année 1945. Je terminais mes obligations militaires outre-mer, et je fis acte de candidature pour participer à un programme d’étude psychanalytique. Le rêve se produisit au début de mon analyse. Dans ce rêve, j’assistais à la représentation d’un opéra et j’avais la surprise de voir qu’un de mes camarades de promotion, que j’appellerai Nat, était un danseur du ballet. Nat était de ceux dont la corpulence et le poids dépassent largement les cent kilos. Je l’avais rencontré fortuitement, c’était un camarade d’études. Plus âgé que la plupart d’entre nous, il devait avoir environ cinquante ans. Au cours de la séance d’analyse qui suivit le rêve, je terminais de raconter ce dernier à mon analyste lorsque le téléphone sonna. Comme il le faisait ordinairement, mon analyste décrocha le téléphone, mais contrairement à ce qui se passait d’habitude, la conversation se poursuivit longuement, et je constatai que la conversation était ponctuée d’éclats de rire. A l’évidence étonné, l’analyste me raconta ensuite le contenu de l’appel : « C’était Nat, il était tout excité parce qu’il a été pris dans le ballet comme danseur et qu’il a donné hier soir sa première représentation au Metropolitan Opera. »

Je savais que Nat était en analyse avec le même thérapeute que moi, mais mon imagination n’était pas telle que j’aie pu imaginer Nat en train de danser dans un ballet. Je considérai cette coïncidence, dénuée de lien apparent, comme hautement significative. Avant cet événement, et dans les tout premiers temps de l’analyse, j’avais fait allusion à mon intérêt pour la parapsychologie. Je n’étais pas certain que cela soit accueilli favorablement par mon analyste dont je connaissais le penchant marxiste. Pour resituer l’événement dans la dynamique qui s’instaurait à cette période, disons que j’avais un besoin (névrotique, donc) qui était double : celui d’être approuvé par l’analyste, et celui qu’il me perçoive comme quelqu’un de spécial. Et j’éprouvais le sentiment désagréable que mon intérêt pour leparanormal l’amènerait à me considérer comme quelqu’un qui était certes un peu « à part », mais pas dans le sens où je le désirais. Or, je ne pouvais mieux lui prouver la pertinence de mon intérêt pour le paranormal qu’en participant, comme je venais de le faire, à un scénario de rêve précognitif où nous étions deux en compétition pour tenter d’attirer simultanément l’attention de l’analyste.

Ma troisième rencontre avec le paranormal fut de nature clinique et s’échelonna en fait tout au long de ma pratique psychanalytique, de 1946 à 1961. Les rêves de mes patients éveillaient mon intérêt, non seulement du fait que les rêves expriment les courants émotionnels les plus profonds à l’oeuvre dans le psychisme des patients, mais aussi en raison des associations temporelles qui se produisent entre les états de conscience altérés dont les rêves font partie et l’occurrence d’effets psi. F. W. H. Myers a été l’un des premiers chercheurs dans ce domaine. Dans son oeuvre devenue classique, publiée en 1903, il explore la relation qui existe entre les événements psychiques, et ce qu’il a appelé le niveau de conscience subliminal.

Freud a par la suite amélioré ce modèle simple (1963), par ses recherches sur le rôle dynamique de la communication télépathique dans son rapport avec les conflits psychiques qui animent le patient, et sur la façon dont les processus inconscients laissent leur empreinte sur le message télépathique. Il peut être surprenant -ou pas, finalement- que jusque dans les années quarante, seuls quelques successeurs de Freud aient poursuivi cette réflexion, parmi lesquels Stekel en 1921, alors que de nombreux travaux étaient publiés par ailleurs en psychiatrie. Ces derniers portaient sur les facteurs psychologiques susceptibles de conduire à l’apparition d’effets psi. La plupart de ces derniers transparaissaient dans les rêves des patients, dans des circonstances qui soulignaient certains aspects problématiques du transfert. On aboutit ainsi à définir un certain nombre de caractéristiques du rêve télépathique :

1. Les éléments que l’on retrouve à la fois dans le rêve et la réalité sont le plus souvent :

a) Inhabituels : ce sont des éléments qui n’apparaissent pas fréquemment dans les rêves en général, ou dans les rêves du patient en particulier.

b) Non déductifs : normalement, ils ne peuvent être suggérés par la connaissance que le patient a du thérapeute ou de son expérience avec lui.

c) Intrusifs. Bien que ce critère ne soit pas absolu, il est généralement révélateur d’un événement paranormal. Le rêveur se tient à l’écart dans son rêve, ou alors il est comme étrange(r), non familier, ou importun.

2) Les liens entre les événements de la vie du thérapeute et la vision en miroir que le patient peut en avoir dans ses rêves, doivent intervenir dans un laps de temps court, généralement de l’ordre de quelques jours.

3) La signification psychologique. A partir de la correspondance rêve/réalité se met en place une stratégie de défense qui est unique pour chaque patient, et dont la connaissance permet de déceler les aspects problématiques qui émergent dans la thérapie.

Les circonstances dans lesquelles les événements télépathiques apparaissent dans les rêves ont été diversement décrites. Presque tous les observateurs soulignent l’importance des éléments du transfert et du contre-transfert. Que ce soit en raison de besoins irrationnels de la part du patient, ou de la perception que ce dernier peut avoir d’une facette négative quelconque du thérapeute, le patient peut par des moyens télépathiques parvenir à percer un aspect particulièrement vulnérable de ce dernier. Servadio (1956) avait insisté sur les situations de frustration du patient et de blocage de la communication. Il considérait le sommeil comme un facteur favorable à la transmission télépathique en raison de la libération régressive de mécanismes archaïques qu’il suscite. Eisenbud (1970) fut l’un des premiers à montrer l’intérêt thérapeutique qu’un travail basé sur l’hypothèse télépathique peut présenter. Ehrenwald (1955) a largement décrit les caractéristiques ainsi que le rôle possible des facteurs paranormaux dans les psychoses sévères. Ullman (1980) a souligné les difficultés de communication et de comportement qui peuvent caractériser les rêveurs télépathiques.

Les rêves télépathiques ont fait irruption de temps à autre au cours de ma pratique thérapeutique, dans diverses circonstances. Ils se produisaient lorsque mes intentions interféraient avec une relation effective (dans le cadre d’un contre-transfert) ou lorsque le patient avait recours à une manoeuvre télépathique en réponse à ses propres besoins relatifs au transfert. Les deux ne sont pas incompatibles, comme je le constatai avec une patiente qui, de façon typique, répondait à mon besoin personnel pas toujours très bien contrôlé de travailler sur un cas concret, lorsque j’étais sur le point d’écrire ou de lire quelque chose au sujet du rêve télépathique. Ce faisant elle cherchait à « mériter » un statut particulier, celui de rêveuse télépathique. Grâce à cette manoeuvre, le thérapeute que j’étais ne pouvait ignorer qu’elle possédait des aptitudes particulières secrètes, tandis qu’elle-même pouvait ainsi se dégager de toute responsabilité.

Les individus inhibés, qui ont un sens obsessionnel de l’organisation, et qui ont tendance à mettre le langage au service de mécanismes de distanciation plutôt que de faciliter la communication, sont particulièrement enclins à tomber dans ce genre de manipulation. La télépathie apparaît donc en l’occurrence comme un moyen de maintenir la relation à un niveau critique, en lien avec la gestion de besoins contradictoires : celui de la distance nécessaire à l’inviolabilité et celui d’un besoin insatiable de rapprochement et de sécurité.

L’exemple qui suit évoque un rêve contenant des éléments oniriques inhabituels, survenus simultanément à un événement réel de ma vie. En l’occurrence, le rêve et l’événement réel s’étaient produits la même nuit (Ullman 1980). Une patiente de quarante-deux ans, couturière, me raconta le rêve suivant :

J’étais à la maison avec John, mon petit ami. Sur la table, il y avait une bouteille contenant un mélange d’alcool et de crème. C’était une sorte de substance écumeuse blanche. John voulait la boire. Je lui dis “Non, tu la boiras plus tard ». Je regardai la marque, et je lus « Nausée attirante ». J’avais l’intention de la boire lorsque nous irions au lit, bien que nous semblions déjà être couchés à ce moment-là.

Elle me raconta ensuite l’épisode d’un autre rêve qu’elle avait fait la même nuit :

J’avais un petit léopard. Il était très dangereux. Je le pris et le couvris pour le mettre dans une grande bassine. Ma mère me dit de le sortir de là, car sinon il allait mourir.

Le soir précédant ces rêves, ma femme et moi assistâmes à une conférence à l’Académie de Médecine de New York au sujet des névroses chez les animaux. Le conférencier présenta un film montrant comment susciter une dépendance à l’alcool chez certains chats. Une fois la dépendance installée, et si l’on proposait au chat une assiette de lait ou une assiette contenant un mélange de lait et d’alcool, le chat préférait le mélange alcoolisé. Les éléments clés, tels que le mélange lait/alcool et le petit félin, suggèrent la possibilité d’un événement télépathique. Pour en confirmer la vraisemblance, il faut faire appel au critère de la signification psychologique, basé sur la mise en oeuvre d’une dynamique sous-jacente. L’analyse du rêve confortait l’hypothèse télépathique. La scène du film dont le thérapeute avait été le spectateur était à la fois une métaphore visuelle et la juste expression de la dynamique qui était en train d’émerger chez la patiente à ce moment de la thérapie. Cette dynamique révélait plusieurs choses : le ressenti de la patiente face à l’omnipotence du thérapeute dans sa relation avec elle, suggérée par son identification avec l’animal manipulé par l’expérimentateur ; son propre désespoir de changement suggéré par l’identification au léopard, animal qui se trouve dans l’impossibilité de modifier les tâches de son pelage ; et enfin son ambivalence par rapport au relâchement du contrôle sur soi, révélateur du côté plus sensuel de sa personnalité suggéré par son intention de boire le mélange alcoolisé, justement baptisé « Nausée attirante », au moment du coucher, et à l’égard duquel elle restait tout de même circonspecte. Ces trois premières rencontres avec le paranormal, bien que très parlantes d’un point de vue personnel, restaient essentiellement anecdotiques. Car sans une volonté de recherche rigoureuse, il était impossible d’exclure totalement que d’autres causes, ou même le hasard, interviennent. Pendant des années, de nombreuses expériences similaires furent consignées dans les bibliothèques des Sociétés de Recherche Psychologique en Angleterre et aux Etats-Unis, et si de telles expériences emportent la conviction de ceux qui les vivent, elles sont en général peu crédibles d’un point de vue scientifique. Logiquement, dans ce contexte, le pas à franchir était alors d’envisager l’approche expérimentale. En 1960, au cours de ma dernière année de pratique thérapeutique, je reçus l’appui de la Fondation de Parapsychologie pour mener une étude pilote en vue d’appliquer les récentes découvertes de l’époque, à propos des liens entre les REM (rapid eye movements, mouvements rapides des yeux) et le sommeil, et sur la façon dont la mémorisation presque totale des rêves au réveil vient conforter les expériences sur le rêve télépathique. Les résultats étaient suffisants pour que ma décision l’emporte, d’arrêter la pratique thérapeutique en 1961 et d’accepter un poste à plein temps en hôpital. J’eus ainsi tout loisir de mettre sur pied un laboratoire d’étude du sommeil, avec l’optique d’accumuler suffisamment de données quantitatives pour être en mesure de démontrer l’existence du rêve télépathique.

Méthodes

Les premières études furent conduites en 1964 au Maimonides Medical Center de Brooklyn à New York, sous la direction du Dr Stanley Krippner. Les sujets étaient de jeunes adultes choisis en raison de leur capacité à se souvenir de leurs rêves, et de l’intérêt qu’ils manifestaient à l’égard des expériences en cours. Le sommeil du sujet était enregistré par encéphalographie, et on réveillait celui-ci à la fin de chaque période de REM pour qu’il raconte son rêve. Un agent, ou émetteur, passait la nuit dans une pièce séparée et tentait d’influencer les rêves du sujet par télépathie en se concentrant à intervalle régulier sur des images cibles, particulièrement aux moments où il recevait le signal indiquant que la période de REM avait commencé pour le dormeur. Une fois le sujet couché, la cible, généralement une reproduction d’oeuvre d’art, était sélectionnée au hasard par l’émetteur parmi un assortiment d’images placées dans des emballages opaques scellés. Seul l’émetteur avait connaissance de la cible choisie pour cette nuit-là, au cours de laquelle il restait dans la même pièce totalement isolée du point de vue acoustique, à la fois du sujet et de l’expérimentateur. Puis le déroulement des rêves était retranscrit à partir de l’enregistrement des comptes-rendus qui en étaient faits. Des copies de ces documents ainsi que les copies des images cibles utilisées pour chacune des séries d’expériences, étaient remises à trois examinateurs indépendants, qui évaluaient les liens entre les documents sans avoir connaissance de l’expérience en cours. L’hypothèse qui était précisément testée était que le tableau onirique de tel sujet pour telle nuit expérimentale révèlerait l’influence de la télépathie, par la présence, dans les rêves du sujet, de correspondances avec l’image cible visualisée par l’émetteur. Douze reproductions célèbres - de 13 x 21 cm environ- furent choisies comme cibles expérimentales. Pour une nuit donnée, l’une des cibles était sélectionnée au hasard et ouverte par l’émetteur dans une pièce située à distance du sujet. Ce dernier restait dans sa chambre toute la nuit. Son sommeil et le rythme de ses REM étaient contrôlés sur un électroencéphalographe à huit canaux Medcraft Model D EEG dans une pièce de contrôle adjacente. Toute communication verbale entre le sujet S et l’expérimentateur E était enregistrée, via un interphone, sur bande magnétique. Douze sujets différents furent sollicités pour la première étude, à raison d’une nuit en laboratoire pour chacun des sujets. Le matin, les associations formées par le sujet étaient ajoutées aux rêves déjà rapportés. Plus tard, les retranscriptions faites à partir des enregistrements étaient envoyées à trois expérimentateurs extérieurs et indépendants, qui n’avaient aucunement connaissance de la procédure. Les juges recevaient également les douze cibles qui pouvaient avoir été choisies par l’émetteur, et on leur demandait de les classer dans l’ordre décroissant de leur rapprochement avec chaque série individuelle de rêves, tout d’abord en fonction du seul contenu des rêves, puis en fonction des rêves et des associations formées par le rêveur. On invitait ensuite les juges à exprimer un degré de confiance pour chacun des classements. Et on demandait également au sujet d’observer ses rêves en fonction des cibles, avec les mêmes consignes. Les moyennes des classements effectués par les juges et les taux appliqués étaient introduites dans des tableaux de 12 lignes par 12 colonnes, et soumises à une double analyse de variance (pour les cibles et pour les nuits), suivant la méthode de Scheffé. Les classements effectués par les sujets étaient traités de façon similaire. Les classements étaient également évalués par la loi de distribution binomiale, les rangs 1 à 6 représentant les succès, et les rangs 7 à 12 représentant les échecs. Le classement par le sujet était considéré comme significatif à 0,05. La démarche variait légèrement, ainsi qu’il est exposé ci-dessous.

I. Première sélection

Pour cette étude, douze sujets volontaires ont passé chacun une nuit au laboratoire. Deux membres du personnel, un homme et une femme, alternaient en tant qu’émetteurs, tentant d’influencer les rêves des sujets par télépathie. Les images utilisées étaient de célèbres reproductions d’oeuvres d’art, choisies au hasard pour chacune des nuits, une fois que les sujets étaient couchés. Le lendemain matin, on demandait aux sujets de comparer les réminiscences de leurs rêves avec la collection entière des oeuvres d’art, en choisissant celle qui leur semblait le mieux correspondre à leurs rêves, tout en rangeant les autres reproductions dans l’ordre décroissant de correspondance. Trois examinateurs extérieurs suivaient la même procédure ; des informations statistiquement significatives ont ainsi pu être collectées à partir des classements effectués par les sujets d’une part, et des évaluations faites par les examinateurs extérieurs d’autre part.

II. La première étude de Erwin

Le Dr Erwin, dont les correspondances cibles/rêves étaient les plus directes pour la Série I, fut associé à l’émetteur homme à partir de la première sélection, pour une série de sept nuits.

III. La seconde sélection

Douze différents sujets et deux émetteurs furent sollicités pour une autre série de douze nuits.

IV. L’étude du Dr Posin

Le Dr Posin, qui participa à la Série III, fut associé à l’émetteur avec lequel il avait travaillé durant la nuit qu’il avait passée au laboratoire.

V. L’étude de T. Grayeb

T. Grayeb, autre sujet de la Série III, fut choisi pour cette étude de seize nuits. Sans connaître le sujet, l’émetteur se concentra sur la cible huit nuits durant, mais pendant les huit autres nuits, il n’y eut ni émetteur ni cible. Les conditions étaient déterminées au hasard une fois que le sujet était couché.

VI. La deuxième étude du Dr Erwin

Le Dr W Erwin fut à nouveau associé avec l’émetteur de la Série II pour une étude de huit nuits. L’oeuvre d’art s’accompagnait chaque nuit d’une boîte d’outils « multi sensoriels », qui devait venir renforcer l’émotion suscitée par la cible. Par exemple, le tableau d’Honoré Daumier ‘Conseils à un jeune artiste’, était accompagné de toiles et de couleurs, pour que l’émetteur puisse se mettre "dans la peau" du peintre. Il n’y eut pas d’évaluation par les sujets dans cette étude.

L’étude de Van de Castle

Le Dr R. Van de Castle, avait en tant que sujet produit plusieurs correspondances directes entre cibles et rêves, dans le cadre d’une étude menée par un autre laboratoire, et il fut autorisé à choisir lui-même ses émetteurs au sein du personnel du laboratoire, pour la série de huit nuits. Il choisit trois émetteurs en tout : un pour une seule nuit, un pour deux nuits, et un autre pour cinq nuits. A la fin de cette étude, j’eus la possibilité d’explorer de façon très approfondie des rêves qu’il avait faits, d’agressions et de sexe, à fort impact télépathique. Ce qui semblerait confirmer qu’à la fois du point de vue anecdotique et du point de vue clinique, les événements paranormaux sont liés à des éléments affectifs.

Résultats

Après un examen attentif de notre méthode et de nos données, Child (1985) récapitula les résultats statistiques sur l’ensemble des expériences menées sur le rêveparanormal (dont plusieurs portaient sur le rêve précognitif), au centre médical Maimonides (tabl. 1)*.

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*Source : Child (1985), avec l’autorisation de l’Association Américaine de Psychologie.

Tout en incluant dans son évaluation une critique des diverses tentatives de reproduction de l’expérience, il concluait ainsi :

Il apparaît clairement que la tendance aux succès plutôt qu’aux échecs ne peut raisonnablement être due au hasard. Il existe bien un lien de nature systématique -c’est-à-dire non dû au hasard- au niveau de la ressemblance entre les rêves et les cibles (Child 1985, p. 122). Les expériences menées au Centre médical Maimonides sur la possibilité de perception extra sensorielle au cours des rêves méritent toute l’attention des psychologiques intéressés à un titre ou à un autre par les questions de PES (perception extra sensorielle). Pour les tenants de l’impossibilité de la PES, elles posent un défi difficile à relever pour détecter d’éventuelles failles expérimentales, ou d’autres éventuelles sources d’erreur. Pour ceux qui conçoivent l’existence de la PES, elles apportent des informations sur les circonstances qui sont ou non favorables à sa mise en évidence, et sur les méthodes possibles de recherche (Child 1985, p. 128).

La forme

Il est vérifié empiriquement qu’au moins en certaines occasions, des formes contenues dans l’image cible parviennent au sujet plus clairement encore que le contenu de l’image lui-même. Ceci concerne autant des cibles complexes que simples, où la forme elle-même est un trait dominant de l’image. Il existe deux techniques expérimentales pouvant utiliser la perception d’effets télépathiques, et pour lesquelles le travail repose sur des similitudes basées sur la forme. Les deux techniques limitent l’entrée d’information, mais de façon distincte. Les présentations tachistoscopiques reposent sur un temps d’exposition très court, tandis que le travail basé sur une image rétinienne stabilisée limite ordinairement l’information collectée, qui est maintenue par des mouvements oculaires effectués en fixant un objet. De nombreuses expériences ont été menées, à partir de l’intérêt accru pour le phénomène de Pötzel, montrant que des signaux perçus hors de la conscience peuvent donner lieu à des illusions perceptives, et influencer l’activité cognitive de résolution de problèmes. Ericksen (1958) suggère que ce qui se passe suite à la présentation d’un stimulus subconscient, n’est pas l’enregistrement du stimulus à un niveau inconscient, mais une réponse perceptive fragmentaire et partielle. L’état de rêve activé est ainsi amené à apporter certaines formes de réponse à ce percept qui ne peut être identifié, ce qui lui donne une apparence proche de celle du stimulus d’origine. Ce qui se passe est l’inverse même de l’explication dynamique habituelle en termes de perception inconsciente, de refoulement, et de réapparition via le canal de la censure et le travail du rêve. L’apparition dans le rêve est basée non sur un seuil abaissé de perception inconsciente, mais plutôt sur un seuil abaissé durant l’état de REM, en raison de l’activation de systèmes de réponses caractéristiques, qui ont comme effet supplémentaire d’instaurer au moins certains traits du stimulus d’origine. Klein (1959) est d’accord avec le fait que pour que la discrimination soit effective, il doit exister une certaine partialité lors de l’enregistrement dans la conscience. Il insiste sur le fait que la subception est un effet réel, que des fragments ou des aspects de l’image peuvent être enregistrés de cette manière, et qu’ils peuvent être retrouvés soit directement par une mémorisation intentionnelle, soit indirectement par les associations et les rêves. L’un des effets intéressants consignés lors des études sur la subception est l’altération des relations figure/fond, avec perte de la capacité à faire cette distinction particulière. L’affichage tachistoscopique du profil double de Rubin conduit à la confrontation de deux formes opposées. Le fait qu’en face d’une interruption expérimentale d’information, l’objet soit fragmenté, les formes simplifiées et que des processus de type autiste modèlent le percept, revêt une certaine importance par rapport à la télépathie, comme nous le verrons. Des effets similaires sont relevés dans les travaux de Evans (1967 a & b), pour ce qui concerne ses observations sur les phénomènes de fragmentation, associés à la stabilisation binoculaire. Il souligne qu’en condition de stabilisation, au moment où l’image disparaît, elle le fait par parties, et que les parties se retirent dans un ordre qui n’est pas dû au hasard. Il parle de niveaux hiérarchiques dans le système de vision et suggère, comme explication aux phénomènes de fragmentation, que lorsque l’arrivée d’information est limitée, comme dans les expérimentations sur la stabilisation, tous les niveaux de la hiérarchie ne sont pas activés. En conséquence, seules des parties de l’image sont perçues, correspondant au niveau atteint de la hiérarchie. Evans note également que la stabilisation caractéristique se fragmente après une exposition tachistoscopique répétée (Fig. 1).

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La fragmentation d’images relevée par Warcollier (1938) (Fig. 2-4) et Sinclair (1930) (Fig. 5-7), dans leurs tentatives pour réaliser le transfert d’information à distance, rappelle de façon frappante les percepts fragmentaires obtenus par les deux stratégies expérimentales décrites plus haut. On retiendra la fragmentation de formes complexes en formes plus simples (Fig. 2 et 5), et l’émergence de formes simples à partir d’une imagerie plus complexe (Fig. 3, 4, 6 et 7). Il est également intéressant de noter l’émergence de formes similaires, lorsque des cibles similaires sont utilisées par deux chercheurs différents. Il suffit de comparer les figures 3 et 6, et les figures 4 et 7. Ces résultats suggèrent implicitement que les voies neurophysiologiques empruntées pendant le transfert télépathique pourraient être les mêmes que dans le cas d’une perception visuelle normale. Durant notre travail expérimental, des correspondances de forme ont été relevées dans diverses circonstances.

A. Corrélation explicite entre la cible et le rêve, lorsque des formes simples sont utilisées comme cibles (Ullman 1966) (6).

Exemple n° 1

A 3h40 du matin, un cercle fut dessiné sur la cible par l’expérimentateur (Fig. 8). A 3h53, le sujet se réveilla, et rapporta le rêve suivant :

Je me sens comme si je flottais et dormais en même temps. J’avais une image de... oh, ce n’était pas vraiment un rêve, c’était comme si j’étais sur une sorte de rond, comme la partie inférieure d’un grand tuyau, comme quand on va dans le Holland Tunnel ou quelque chose d’approchant, comme une route. Pendant que je me déplaçais, on aurait dit qu’il y avait des gens là, mais ça ne ressemblait pas vraiment à un rêve, c’était comme si j’étais en train de m’endormir. Je captais une image tout en ayant conscience que je venais juste de m’endormir. J’étais sur une route dont le profil était en forme d’auge. Plus tôt, alors que je m’endormais avant de m’être retourné, j’eus l’image de quelque chose de très bien façonné, comme une butée de porte sauf que c’était renversé et il y avait plusieurs formes rondes et douces, comme si j’étais en train de traverser ces passages, ces formes rondes et douces, la forme comme je l’ai indiqué était juste comme une butée de porte arrondie, comme l’aileron d’une voiture mais la tête en bas, et ce n’était pas attaché à la voiture. C’était juste comme ça.

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Fig. 8. Exemple n° 1 - cercle

Exemple n° 2

L’exemple n°2 relate une expérience menée avec le même sujet et pendant la même nuit que l’exemple n° 1. A 4h30, des formes anguleuses furent dessinées par l’expérimentateur (Fig. 9). A 6h30, le sujet rapporta le rêve suivant :

J’eus plusieurs rêves à la suite. Mais je ne me les rappelle pas bien. Dans l’un d’eux, nous étions simplement là, il y avait d’autres gens également, et ils avaient dans les mains des cannes comme des crosses de hockey, mais ils les tenaient à l’envers, la partie courbe vers le haut. En fait, elles n’avaient pas réellement la forme de crosses de hockey, mais plutôt une forme variable. Et dans le rêve il y avait deux des cousins de ma femme -un couple marié. Nous les voyons à peu près deux fois par an et dans le rêve, j’étais comme indifférent à leur égard, ou même critique en raison de certaines de leurs opinions. Et vous me demandiez : « Pourquoi êtes-vous si critique ? ». Puis j’eus d’autres rêves que je ne peux me rappeler, il y en avait plusieurs à la suite. C’est comme si vous m’aviez réveillé après que je les aie faits. Je veux dire que vous me posiez des questions sur les rêves un certain temps après qu’ils soient finis. En fait, je me souviens m’être réveillé après le rêve des crosses de hockey, en me demandant pourquoi vous ne vous étiez pas inquiété de savoir si j’avais rêvé. Puis je me suis rendormi. C’est tout ce dont je me souviens.

Suite à d’autres questions posées le lendemain matin, le rêveur ajouta quelques éléments :

[Vous avez fait mention de crosses de hockey ?] Oui, je crois qu’il s’agissait d’une sorte de fête, des gens étaient là et ils avaient des cannes, mais des cannes très joliment taillées qui ressemblaient à des crosses de hockey, ça n’était pas réellement des crosses de hockey, mais elles avaient à peu près la même taille et la même longueur, et ils les appréciaient beaucoup. Maintenant je crois que je sais... avant d’aller dormir, je pensais au fait que Leah et moi étions invités à un banquet au Waldorf, organisé par une association internationale d’aide aux handicapés. Cela explique peut-être le rêve, et évidemment l’idée de cette réception solennelle ne me plaisait pas, d’autant plus que nous avions prévu d’aller camper au même moment, mais apparemment nous faisions partie des invités. Les crosses de hockey n’étaient pas toutes exactement pareilles. Ça a quelque chose à voir avec l’infirmité, et en même temps, malgré leurs handicaps, ces gens avaient l’air d’aller très bien.

B. Corrélation explicite entre le rêve et certains aspects formels de la cible lors de l’utilisation de cibles plus complexes

Exemple n° 3

L’image de la cible montrait un singe accroupi, devant ce que l’agent prit tout d’abord pour un morceau de pierre, bleu et carré. Un examen plus attentif montrait qu’il s’agissait en réalité d’un jardin. Le long d’une plate-bande, un motif en forme de diamant apparaissait sur la terrasse (Fig. 10).

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Figure 10. Exemple n° 3 - Singe.

4h20 du matin :

Je m‘approchais d’un mur de maçonnerie dont les pierres étaient jointes de façon très nette. A ce moment-là, une autre personne et moi-même sommes assis dans la cabine d’une sorte de grand véhicule -ce pourrait être un tracteur. Nous arrivons au niveau du mur. J’étais avec quelqu’un d’autre. Nous nous déplacions parallèlement au grand mur dans ce qui ressemblait à la partie avant d’un très grand véhicule. Nous arrivâmes au niveau d’un petit trou en forme de diamant dans le mur. L’un de nous dit « Regarde ça ». Le mur était gris.

5h24 du matin :

Il y avait une image de diamant, une sorte de diamant.

5h35 du matin :

Nous étions en Alaska, ma femme et moi. Il était environ 7 h du matin et je lui dis : « Il est très peu probable que tu aies de nouveau l’occasion de voir le soleil si bas sur l’horizon à cette heure-ci ». Elle me répondit : « Oui, c’est ce que je me suis dit ». Il ne faisait pas froid du tout. Nous marchions dans ce qui semblait être une forêt, avec juste quelques arbres -tout au moins cela y ressemblait, jusqu’à ce que nous arrivions a un arbre immense qui avait de très grosses branches, mais était dépourvu de feuilles. C’était à une époque où il ne semblait pas faire froid, et Lillian me montra que sur le tronc de l’arbre, il y avait un gros diamant, comme un trapézoïde, qui avait été taillé au centre du tronc de l’arbre.

Il est à noter que le premier rêve décrivait un mur construit de pierres soigneusement jointes. Les trois rêves suivants font tous référence à des sortes de diamant.

C. Correspondances implicites entre le rêve et des aspects formels de la cible lors de l’utilisation de cibles plus complexes.

Exemple n° 4

La cible était le tableau ‘Bauhaus Stairway’ d’Oscar Schlemmer (Fig. 11)

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Figure 11. Oskar Schlemmer, Bauhaus Stairway, 1932. Huile sur toile 638x45. Musée d’Art Moderne, New York. Don de Philip Johnson.

Rêve n° 1

... c’était l’expérience des buttes. Mon sentiment était d’être dans un champ, un champ énorme, entouré par des sortes de fourmilières, mais en grand nombre, de grimper dessus et autour d’elles, de long en large, sans parvenir à trouver le moyen d’en sortir. Puis cela change et j’ai le sentiment de porter un chapeau pointu, exactement comme un magicien... Tout tournait dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, ça tournait, ça tournait, tout allait dans le même sens, et d’une certaine façon je m’efforçais consciemment, délibérément, d’entrer dans le processus, comme si je tournais moi-même...

Rêve n° 2

... je me revois en train de vous décrire mes sensations... et celles-ci survenaient à l’intérieur d’une sorte de tunnel, une espèce de vaste plaine ventée qui montait en direction d’une colline... Je pensai au... Mont Appelier. Je pense que c’était la première chose que j’avais racontée, quand j’avais senti que je montais sur une route, conduisant ma voiture ou quelque chose qui y ressemblait, et regardant de part et d’autre, mais en continuant de monter, vous voyez, grimpant le long de cette montagne... Il ne s’agissait pas exactement de fourmilières. Au début, ça commençait comme des bosses, un peu comme... un fez, mais elles étaient petites et arrondies au sommet, et non carrées comme sont les fez. Comme les petites pâtés que les enfants font avec leurs seaux.

[L’expérimentateur demande alors : “Avez-vous une idée de la cible utilisée cette nuit-là ? »]

[Sujet] L’un des éléments permanents était cette forme pointue, conique, comme une montagne ou un chapeau... Je dirais, une espèce d’élément de forme, comme un cône... C’est ce qui semble être l’élément central de toutes les visions, de tous les rêves.

Exemple n° 5

La cible était “The Dark Figure” [la silhouette noire] -tableau de Castellon (Fig. 12). Ce tableau montre quatre personnages, dont l’un est vêtu d’une robe sombre, de couleur brun-noir. Il y a quatre cercles au-dessus des personnages, suspendus en l’air par des mains d’enfants déformées. En arrière plan se trouve un mur de brique rouge.

Premier récit de rêve :

Je ne sais pourquoi, j’ai pensé à un tonneau, vous savez, en train de tourner... Il y avait quelque chose qui se passait ou un mouvement qui se déroulait. Le tonneau tournait... comme s’il tournait en formant un cercle. C’était comme une rotation. Une toupie. Dans le sens des aiguilles d’une montre, de gauche à droite... Une couleur de bois brun foncé... Une roue rouge qui tournoyait.

Deuxième récit :

Je croyais avoir vu des lumières, et ces lumières étaient arrangées d’une façon presque circulaire... Il y avait un autre cercle, et comme un mouvement...

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Figure 12. Federico Castellón, La silhouette noire, 1938. Huile sur toile, 170 x 268. Collection Whitney, Museum of American Art, New York.

Sixième récit :

...Il y avait une photographie que je regardais et sur cette photographie il y avait un groupe de personnes se tenant debout, et devant il y avait quatre personnes en costumes dont nous prenions des photos... Elles étaient en train de poser... et avaient l’air assez ridicules...

Interview au réveil :

Tout ce dont je me souviens tout d’abord, je crois, c’étaient ces barriques en bois, peut-être trois, ou quatre... Il y avait le cerclage en fer, vers le milieu, qui tenait les lattes ensemble, et qui tournait, tournait, tournait comme une toupie... Je me souviens aussi de quelque chose comme des lumières pâles et verdâtres... Elles formaient comme une espèce d’arche, comme si elles commençaient à tourner en spirale ou en cercle... en faisant comme des tourbillons... Cette photographie était assez grande, et il y avait ces jeunes gens en costumes... Il y a deux étés, lorsque je suis allé à ce campement pour enfants handicapés, ils m’avaient demandé de monter des sketches et des petites pièces... Il y a beaucoup de mouvements circulaires et spiralés dans mes rêves, et je m’attendrais donc à trouver le même genre de mouvements dans l’image cible.

Exemple n° 6

La cible était le tableau “Les joueurs de football” de Henri Rousseau (Fig. 13).

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Figure 13. Les joueurs de football. Henri Rousseau, 1908. Musée Guggenheim, New York.

Premier rêve.

Demi-cercle. Dans le premier rêve, je crois que je me trouve près d’un balcon, mais je suis à l’intérieur de l’immeuble et le balcon, de forme semi-circulaire, entre à l’intérieur de l’immeuble. Je pense que le balcon en lui-même, à l’extérieur de l’embrasure de la porte, est une sorte de balcon ordinaire de forme droite, mais je suis à l’intérieur du bâtiment (si on peut l’appeler ainsi), mais cela ressemble plus à cour, et il y a une sorte de main courante entrant à l’intérieur depuis le balcon en suivant le sol et cette cour en pierre, et j’avais comme l’impression qu’elle portait des plantes grimpantes, un peu comme on en voit au Mall de Washington -vers le Washington Monument. Puis dans un deuxième temps, j’étais à nouveau debout dans une sorte de jardin intérieur, en train de regarder en direction d’une sorte de jardin de style romain -c’est plutôt ça- c’est une sorte de construction de type européen, avec une sorte de terrasse en saillie dans le fond de l’édifice, une construction semi circulaire comme des statues en demi-cercle ; les deux extrémités du demi-cercle viennent vers moi, et le fond du demi-cercle est loin de moi, tandis qu’une sorte de fontaine occupe le centre de l’espace. C’est tout. Voilà les deux choses qui me sont venues à l’esprit. Comme dans un demi-rêve, ou un demi-sommeil.

Deuxième rêve :

C’est un étage du magasin Bloomingdales, où se trouve entreposé le mobilier pour la maison, et il y a comme des feuilles blanches d’un livre sur le côté gauche de la pièce, sur l’un des meubles -et ces feuilles sont comme peintes en noir, et le mur derrière la feuille (derrière l’ensemble, en fait), est comme une fenêtre noire, et là se trouve cet objet isolé en forme de cylindre, comme une sorte de boîte de fromage, mais petite, de 12 à 15 cm de diamètre, laquée en rouge, et qui tourne comme une toupie - non, ce n’est pas tout à fait cela- qui tourne en rond... et maintenant je me souviens que le demi-cercle du balcon faisait la même chose, de même que le demi-cercle inversé des statues dans l’autre structure.

Troisième rêve

Oh, je pense à un camp d’été. Je me souviens... que l’on doit être capable de basculer avec son canot et de le remettre à flots, quelque chose comme ça. C’étaient des épreuves de franchissement d’obstacles.

Quatrième rêve

Je pelais un oignon tout en parlant avec quelqu’un... Mais avant cela, j’étais en train de rêver de ma mère, qui était une petite fille debout à la porte d’un salon victorien, faisant face à une sorte de niche, et cet encadrement de porte voûté était habillé de sortes de rideaux en dentelle, ou d’un motif de branchage très en vogue vers 1903, 1904, ou vers cette période. [Rousseau a peint Les joueurs de football en 1908].

Cinquième rêve : Pas d’éléments significatifs.

Sixième rêve :

Je suis avec deux autres enfants... Nous étions en train de nager dans une piscine... La scène change et a quelque chose à voir avec le Directeur d’une école préparatoire, donc je suppose que la piscine faisait partie de l’école.

Extraits des associations faites par les sujets :

Il y avait une agitation affreuse... Je crois que c’était une espèce mouvement de révolution, circulaire, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre... Il y avait même un manège là quelque part.

Les points de correspondance formelle résident dans la référence répétée au caractère semi-circulaire, l’arrangement des statues en demi-cercle, et une forme qui tourne comme une toupie (voir le football). D’autres correspondances intéressantes concernent la référence à un camp de vacances ou à une école préparatoire, ainsi qu’au style victorien.

D. Correspondance basée à la fois sur la forme (structure carrée) et le contenu (Madison Square Garden, boxe)

Exemple n° 7

La cible sélectionnée et montrée sur la figure 14 était : Dempsey et Firpo, de Bellows. Cette image montre deux boxeurs et un arbitre sur un ring de boxe rectangulaire. L’un des boxeurs a été frappé et éjecté dans le public à travers les cordes.

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Figure 14. Dempsey et Firpo, 1924, Georges Bellows. Huile sur toile, 130 x 200 cm env., Whitney Museum of American Art, New York.

Extraits du premier récit onirique des sujets :

... il y avait quelque chose au sujet de piquets... Juste des piquets plantés dans le sol, et c’est tout. Il y a quelque chose comme une impression mouvement. Ah, quelque chose au sujet de Madison Square Garden, et un combat de boxe. Une forme angulaire, comme si tout ce que je voyais se trouvait dans un cadre rectangulaire. Il y a une forme angulaire qui descend vers la droite, vers le bas, comme si l’on assistait à un tournage englobant l’ensemble. Ce coin droit anguleux de la figure est lié au combat de boxe de Madison Square... Je devais aller au Madison Square Garden pour acheter les billets d’entrée à un combat de boxe, et il y avait de nombreux punks impressionnants -qui sont des personnes évoquant la bagarre- tout autour, et j’eus du mal à trouver les gens supposés me donner mes billets, et un gardien se trouvait devant la porte du bureau où ces gens se trouvaient, et je devais parler avec ce gardien. J’aurais pu me disputer avec lui, mais au lieu de cela nous avons sympathisé et commencé à discuter, et finalement il me laissa entrer dans le bureau et je pus ainsi obtenir mes billets.

Extraits du second récit onirique des sujets :

La machine a une forme étrange. Elle comprend deux carrés, et est placée debout, à hauteur d’homme. Ces deux carrés sont comme des sortes de cubes reliées par une flèche verticale... Je ne peux associer cette forme à rien que je connaisse. Ce qui est aussi curieux, c’est que je n’arrive pas à dire s’il y avait deux ou trois silhouettes dans le rêve, car il me semble qu’il y avait aussi d’autres gens... Ces personnes semblent s’être rencontrées dans un cadre social, mais elles étaient aussi là pour autre chose, et elles étaient venues ensemble, mais lorsqu’elles étaient arrivées, c’était apparemment la seule raison pour laquelle elles étaient venues ensemble. Maintenant, cela semble plus clair. Il y a une autre présence. Il semble plus clair qu’il y a une autre présence, celle plus âgée d’un vieil homme et deux autres plus jeunes dont je me rappelle, et il y a probablement aussi la conscience d’une personne supplémentaire.

Extraits du troisième récit onirique des sujets :

Il y avait un volume hexagonal. C’était un cube avec de nombreux côtés. Je ne sais pas exactement combien, mais quelque chose comme six ou huit...

Extraits du quatrième récit onirique des sujets : pas de correspondance flagrante.

Extraits résultant des associations effectuées par les sujets.

Bon, ce qui m’est venu à l’esprit était que cette image prenait place dans quelque chose de carré... J’allais au Madison Square Garden avec de l’argent, pour prendre des tickets qui avaient été commandés par quelqu’un du bureau, et il y avait de nouveau cet immense bâtiment -c’était juste l’association avec le Madison Square Building, ou le Madison Square Garden- il y avait cet énorme bâtiment, et des posters de boxeurs en train de combattre étaient affichés partout, et un groupe de gens qui avaient l’air fou -la plupart auraient pu être des combattants, ou d’anciens champions de boxe, ou quelque chose d’approchant- en rang, attendant des tickets d’entrée pour les matchs, puis je montai à l’étage et me rendis à que qu’on appelait le Club de Boxe, où l’on pouvait se procurer des billets... Je pense que si vous n’en aviez pas parlé, je crois que j’aurais oublié ce Madison Square Garden.

Voici donc un cas intéressant de synchronicité englobant un événement passé (le fait d’être allé au Madison Square Garden) et le choix de l’image cible pour cette nuit-là.

E. Correspondance basée sur l’impact émotionnel

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Figure 15. Animaux, 1941, Rufino Tamayo. Huile sur canevas, 75 x 100 cm env. Museum of Modern Art, New York, fond inter américain.

L’image cible choisie au hasard, “Animaux” de Tamayo, est représentée sur la figure 15. Le tableau montre deux chiens aux dents brillantes, en train de manger de la viande. Un gros rocher noir est visible en arrière-plan. Les points de correspondance entre le rêve et le tableau sont notés dans les extraits qui suivent.

Extraits du deuxième récit de rêve par le sujet :

... le nom du rêve était « Forêt Noire, Vermont », ou quelque chose comme ça... Bon, il y a ce groupe de gens, qui ont dans l’idée qu’ils ont été choisis pour quelque chose de spécial... et que ces autres personnes étaient des ennemis menaçants...

Extraits du troisième récit de rêve :

J’étais à ce banquet... et j’étais en train de manger une espèce d’entrecôte. Et mon amie était là... et les gens disaient qu’il ne fallait pas l’inviter à dîner car elle était très consciente du fait que les autres avaient plus à manger qu’elle -en particulier en ce qui concerne la viande- car en Israël on ne mange pas autant de viande... C’était la partie la plus importante du rêve, ce dîner... C’était probablement un rêve freudien comme tous mes rêves -vous savez, le fait de manger, et toutes ces choses, et le banquet... Bon, il y avait une autre de mes amies également dans ce rêve. Quelqu’un avec qui j’enseigne, et elle aussi examinait tout le monde pour être sûre que personne n’allait avoir plus à manger qu’elle. Et je mastiquais un morceau d’entrecôte. Et j’étais assis à une table en train de manger de la viande, et les gens me disaient qu’il n’était pas souhaitable d’inviter cette amie israélienne à un dîner parce qu’elle avait peur de manquer. J’étais invité parce que je suis bien élevé et peu regardant, mais je m’efforçais dans le rêve de garder la bouche close. J’essayais de ne rien dire à son propos, même si dans un sens j’étais heureux qu’elle ait finalement été démasquée. Et le deuxième rêve... était au sujet du Vermont, Black Rock dans le Vermont... Hier, j’étais à la plage, et j’étais assis sur l’un de ces rochers... et je me suis senti comme cette sirène de Black Rock...

Le contenu des rêves

Il a été proposé ailleurs (Ullman 1973, 1986 ; Tolaas 1986) que le choix du contenu des rêves en fonction de la pertinence que ces derniers présentent dans le cadre de l’expérimentation sur les rêves réponde à certains critères de vigilance. Il est ainsi envisagé que la connaissance que l’on prend des rêves soit une manière élaborée d’orienter une activité, conçue pour traiter et répondre à certains aspects rémanents de l’expérimentation, le point final en étant atteint soit par la poursuite du sommeil, soit par son interruption et donc l’acheminement vers le réveil. Le résidu affectif dont la présence est ressentie dans le rêve, agit de façon réflexive ou automatique comme un mécanisme de déchiffrage. Etant donné qu’il concerne toute l’histoire du rêveur, il cristallise et mobilise certains aspects d’expériences du passé, qui lui sont liées d’une façon émotionnellement significative. Dans un autre contexte, Dewan (1969) a désigné cela sous le nom de « marquage émotionnel », et l’a identifié comme étant un procédé susceptible de faciliter l’enregistrement dans la mémoire, et le renforcement de cette dernière. Ici, ce phénomène est vu comme un effet énergétique et mobilisateur, nécessaire pour aider l’organisme endormi à accéder pleinement au sens et aux implications du rêve ou du stimulus perturbateur, et par l’intervention du monitoring, soit permettre au cycle de sommeil de rester intact, soit conduire au réveil du dormeur.

Le concept de vigilance, dans le cadre du rêve, évoque une fonction de survie. L’honnêteté émotionnelle inhérente à l’imagerie du rêve, est le moyen qui permet d’assurer cette fonction. De même que les animaux survivent dans la nature en étant en contact étroit avec leur environnement physique, nous devons en tant qu’être humains rester en contact de façon authentique avec notre environnement humain. Notre espèce est particulière, et en fin de compte, notre survie en tant qu’espèce dépend de notre aptitude à maintenir une véritable communication avec nos semblables, pour contrecarrer les forces qui nous poussent à la division. Le rêve nous incite à prêter attention à tout ce qui, dans notre vie éveillée, renforce ou inhibe nos liens avec les autres, ou avec des résidus de notre passé, et qui modèle notre vie. Les rêves possèdent un avantage sur notre vie éveillée, en ceci : quoi que notre inconscient ait à nous dire, il peut le dire sans aucune retenue à l’égard de notre ego.

[Tout ceci nous rapproche de] la question de la connexité, dont il me semble que les écrits de feu David Bohm sur la conscience globale relèvent, et en particulier son concept d’ordre implicite, qui conçoit l’univers comme un support parfaitement lisse d’interconnexité, d’où émerge à son tour l’ordre explicite ou manifeste. Il compare la distinction apparente des entités macroscopiques à des vagues à la surface d’un milieu fluide. Des particules subatomiques jusqu’à l’échelle macroscopique, il existe un lien durable et profond avec l’ordre implicite qui les soutient. L’accent mis par le rêve sur l’interconnexité suggère que le fonctionnement du rêve sur le mode imagé est plus proche de l’ordre implicite que le mode discursif de la conscience éveillée (Ullman 1987). La transformation initiale s’opère lorsque ce qui est inconscient (implicite) prend la forme d’images perceptibles par les sens (explicites), comme cela se produit dans les rêves.

Pendant le rêve, l’expérience s’organise le long de lignes de contiguïté émotionnelle, plus que temporelle et spatiale. La lecture émotionnelle qui a lieu en état de rêve peut, à l’occasion, s’affranchir des contingences spatiales et nous fournir une information indépendamment de tout moyen connu de communication. La contiguïté émotionnelle, qui s’exerce dans des conditions mal connues, s’avère capable d’intégrer aux rêves un contenu aussi bien transpersonnel que personnel. Certains événements anecdotiques ont depuis longtemps mis l’accent là-dessus, et les circonstances dans lesquelles ils se produisent suggèrent fortement que dans le domaine de la vie et de la mort, l’examen attentif montre que l’environnement émotionnel d’une personne tend à traverser l’espace d’une façon qui reste à ce jour inexpliquée.

Correspondances

Dans le cadre du travail expérimental on peut classer les correspondances relevées de la façon suivante :

I. Correspondances basées sur la forme A. Correspondances directes ou explicites 1. Avec des images cibles à formes simples (Fig. 2-4, 7 et 8) 2. Des images cibles à formes complexes, simplifiées par le rêveur (Fig. 5 et 6) B. Correspondances indirectes ou implicites (Fig. 11-13) II. Correspondances basées sur la réponse émotionnelle (Fig. 14)

Implications psychiatriques

Lorsqu’un individu, en raison de facteurs psychologiques ou émotionnels limitants, échoue à garder le sentiment de sa participation effective à l’ici et maintenant, il peut arriver que des effets psi se produisent. Mon expérience m’a montré que des patients fragiles et vulnérables du point de vue de leur emprise sur la réalité avaient assez fréquemment des expériences paranormales étonnantes. En 1949, j’écrivais :

... Des individus très malades, sur le point de basculer dans la psychose, mais qui n’y sont pas encore entrés, montrent une habilité psi remarquable au cours de l’analyse... Une fois que la psychose ou la perte totale de relation effective avec l’entourage est installée, les phénomènes psi n’ont plus rien d’exceptionnel, non plus qu’en situation clinique, en tout cas si j’en crois mon expérience de praticien. De façon logique, les psychotiques, dans le cadre de leurs fantaisies, font montre d’une prétention élaborée quant à leurs aptitudes psi, parfois presque ouvertement, parfois d’une manière plus discrète (Ullman 1949).

A la lumière de ce message, les facultés paranormales apparaissent comme une ultime tentative de connectivité lorsque les facteurs de personnalité interfèrent avec un contact plus effectif. Une fois que l’individu a repris ses tentatives de sauvegarder son sens relationnel, les fantasmes reprennent leur place, et il se produit des illusions de télépathie plus que des aptitudes réelles et démontrables à la télépathie. A un niveau concret, les gains techniques et instrumentaux sont réels, lorsqu’il y a reconnaissance explicite de l’hypothèse télépathique et de son application thérapeutique possible. Quiconque un tant soi peu sensible à de telles manifestations serait en position de reconnaître et traiter des difficultés surgissant dans un contre-transfert relativement rapidement et franchement. Les travaux de Jourard (1971) montrent que l’ouverture personnelle est un élément fondamental favorisant l’ouverture chez les autres. Les manifestations psi font qu’il est possible de s’engager à un haut niveau d’ouverture mutuelle lorsqu’une telle ouverture se produit dans le cadre d’une situation thérapeutique. Les résultats de Eisenbud sont particulièrement intéressants à l’égard du sentiment de liberté qu’il a ressenti en exprimant son propre intérêt pour la télépathie et pour la façon dont cet intérêt influençait la dynamique du transfert non seulement avec le patient (télépathie à deux*) mais parfois également avec un troisième patient (télépathie à trois) (Eisenbud 1970).

Après une période quelque peu léthargique du point de vue de l’intérêt porté par la psychanalyse au rêve télépathique, une récente publication fait état de plusieurs formes de collusion entre l’inconscient du patient et l’inconscient de l’analyste, qui équivaudrait parfois à de prétendus échanges télépathiques (Bass 2001). L’auteur attire l’attention sur le lien qu’il y aurait à faire avec deux concepts de base de la mécanique quantique. Le premier est que les observations faites au niveau quantique sont, d’une façon qui reste encore mal comprise, dépendantes d’arrangements qui se produisent au cours de l’observation. On ne peut objectivement séparer l’observateur de ce qui est observé. Le second concerne la relation possible entre le transfert télépathique et le fait aujourd’hui avéré de la non localité. Lorsque deux particules atomiques sont « enchevêtrées » puis séparées, elles subissent des changements simultanés et correspondants, dès lors qu’une caractéristique de l’une, par exemple, le spin**, est altérée. Or, aucune force connue n’est capable de réaliser cela spontanément (7).

Il existe également un autre aspect du travail sur la télépathie, peut-être quelque peu marginal, mais néanmoins important. Ceux d’entre nous qui se sont publiquement prononcés en faveur de la réalité des événements psi savent qu’il existe énormément de gens ayant eu des rêves télépathiques, paraissant à la fois authentiques et significatifs par rapport aux événements concomitants de leurs vies, et que ces rêves les ont laissés dans un tel état de confusion qu’ils en sont arrivés à se poser des questions sur leur propre état de santé. Partager de tels rêves avec l’entourage revient à prendre certains risques. En général, les gens ne se vantent pas de ce genre d’expériences. J’ai connu des situations où la détresse était telle que l’individu recherchait une aide psychologique, mais se trouvait confronté à l’incompétence de son praticien à discerner ou à prendre en considération la différence qu’il y a entre une expérience authentiquement télépathique et la prétention à de véritables pouvoirs télépathiques en tant que symptôme de la schizophrénie (noté comme tel au nombre des critères de diagnostic de la schizophrénie de l’American Psychiatric Association, DSM III). Prisonniers de cette difficulté, de tels individus finissent par se rapprocher de groupes marginaux, dans la quête du soutien dont ils ont besoin. On peut penser qu’une meilleure connaissance et une plus grande compréhension de la partie du travail thérapeutique ressortissant à la réalité psi sauvera peut-être un jour ces personnes de la difficulté et de la détresse où les plonge leur quête inaboutie, ce qui ne pourrait dans le même temps qu’élargir les horizons de la profession elle-même.

* En français dans le texte (NdT) ** Degré de liberté interne (NdT)

 

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