10 juillet 2016

Le rêve télépathique.....

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Le rêve télépathique. Avancées expérimentales et cliniques

Par Montague Ullman



Le docteur Montague Ullman fut directeur du département de psychiatrie du Maimonides Medical Center de New-York où il mit en place, en 1961, l’un des premiers laboratoires du sommeil dédié à l’étude expérimentale des rêves et de la télépathie. Professeur émérite du département de psychiatrie du Albert Einstein College of Medicine, Yeshiva University, ancien président de la Parapsychological Association et membre à vie de l’American Psychiatric Association, il a publié de nombreux articles neurophysiologiques et cliniques portant sur l’étude des rêves. Dans cet article, extrait de l’ouvrage “Psychoanalysis and the Paranormal : Lands of Darkness”, publié en 2003, Montague Ullman revient sur les célèbres expériences étudiant les rêves télépathiques effectuées au Maimonides Medical Center.

J’ai fait pendant ma vie quatre rencontres majeures avec le paranormal, c’est-à-dire avec ce qu’il est maintenant convenu d’appeler les phénomènes psi (1). C’est à l’âge de seize ans, en 1932, que j’ai découvert ce que l’on désignait sous le nom de “phénomènes psychiques”. J’étais impressionné par les grands noms qui étaient associés à l’étude de la médiumnité (William James, J. W. Crookes, Sir Oliver Lodge), et avec plusieurs camarades de collège, je m’embarquai dans des séances que nous organisions par nous-mêmes chaque semaine, et qui durèrent pendant deux ans. Par la suite, j’ai pu constater que les effets concrets que nous avions eu l’occasion d’observer nous avaient tous durablement marqués (2).

Pour moi, ce fut le premier vrai contact avec le « paranormal ». Il éveilla en moi un intérêt durable pour cette discipline dont il m’ouvrit les portes. Le deuxième contact fut plus éphémère et personnel, et manqua de la qualité consensuelle qui avait marqué mes expériences de jeunesse. Il prit la forme de rêves occasionnels qui me semblaient être soit télépathiques, soit précognitifs. Voici un rêve de ce type que Jung aurait considéré comme un exemple parfait de synchronicité (3).

Nous étions à la fin de l’année 1945. Je terminais mes obligations militaires outre-mer, et je fis acte de candidature pour participer à un programme d’étude psychanalytique. Le rêve se produisit au début de mon analyse. Dans ce rêve, j’assistais à la représentation d’un opéra et j’avais la surprise de voir qu’un de mes camarades de promotion, que j’appellerai Nat, était un danseur du ballet. Nat était de ceux dont la corpulence et le poids dépassent largement les cent kilos. Je l’avais rencontré fortuitement, c’était un camarade d’études. Plus âgé que la plupart d’entre nous, il devait avoir environ cinquante ans. Au cours de la séance d’analyse qui suivit le rêve, je terminais de raconter ce dernier à mon analyste lorsque le téléphone sonna. Comme il le faisait ordinairement, mon analyste décrocha le téléphone, mais contrairement à ce qui se passait d’habitude, la conversation se poursuivit longuement, et je constatai que la conversation était ponctuée d’éclats de rire. A l’évidence étonné, l’analyste me raconta ensuite le contenu de l’appel : « C’était Nat, il était tout excité parce qu’il a été pris dans le ballet comme danseur et qu’il a donné hier soir sa première représentation au Metropolitan Opera. »

Je savais que Nat était en analyse avec le même thérapeute que moi, mais mon imagination n’était pas telle que j’aie pu imaginer Nat en train de danser dans un ballet. Je considérai cette coïncidence, dénuée de lien apparent, comme hautement significative. Avant cet événement, et dans les tout premiers temps de l’analyse, j’avais fait allusion à mon intérêt pour la parapsychologie. Je n’étais pas certain que cela soit accueilli favorablement par mon analyste dont je connaissais le penchant marxiste. Pour resituer l’événement dans la dynamique qui s’instaurait à cette période, disons que j’avais un besoin (névrotique, donc) qui était double : celui d’être approuvé par l’analyste, et celui qu’il me perçoive comme quelqu’un de spécial. Et j’éprouvais le sentiment désagréable que mon intérêt pour leparanormal l’amènerait à me considérer comme quelqu’un qui était certes un peu « à part », mais pas dans le sens où je le désirais. Or, je ne pouvais mieux lui prouver la pertinence de mon intérêt pour le paranormal qu’en participant, comme je venais de le faire, à un scénario de rêve précognitif où nous étions deux en compétition pour tenter d’attirer simultanément l’attention de l’analyste.

Ma troisième rencontre avec le paranormal fut de nature clinique et s’échelonna en fait tout au long de ma pratique psychanalytique, de 1946 à 1961. Les rêves de mes patients éveillaient mon intérêt, non seulement du fait que les rêves expriment les courants émotionnels les plus profonds à l’oeuvre dans le psychisme des patients, mais aussi en raison des associations temporelles qui se produisent entre les états de conscience altérés dont les rêves font partie et l’occurrence d’effets psi. F. W. H. Myers a été l’un des premiers chercheurs dans ce domaine. Dans son oeuvre devenue classique, publiée en 1903, il explore la relation qui existe entre les événements psychiques, et ce qu’il a appelé le niveau de conscience subliminal.

Freud a par la suite amélioré ce modèle simple (1963), par ses recherches sur le rôle dynamique de la communication télépathique dans son rapport avec les conflits psychiques qui animent le patient, et sur la façon dont les processus inconscients laissent leur empreinte sur le message télépathique. Il peut être surprenant -ou pas, finalement- que jusque dans les années quarante, seuls quelques successeurs de Freud aient poursuivi cette réflexion, parmi lesquels Stekel en 1921, alors que de nombreux travaux étaient publiés par ailleurs en psychiatrie. Ces derniers portaient sur les facteurs psychologiques susceptibles de conduire à l’apparition d’effets psi. La plupart de ces derniers transparaissaient dans les rêves des patients, dans des circonstances qui soulignaient certains aspects problématiques du transfert. On aboutit ainsi à définir un certain nombre de caractéristiques du rêve télépathique :

1. Les éléments que l’on retrouve à la fois dans le rêve et la réalité sont le plus souvent :

a) Inhabituels : ce sont des éléments qui n’apparaissent pas fréquemment dans les rêves en général, ou dans les rêves du patient en particulier.

b) Non déductifs : normalement, ils ne peuvent être suggérés par la connaissance que le patient a du thérapeute ou de son expérience avec lui.

c) Intrusifs. Bien que ce critère ne soit pas absolu, il est généralement révélateur d’un événement paranormal. Le rêveur se tient à l’écart dans son rêve, ou alors il est comme étrange(r), non familier, ou importun.

2) Les liens entre les événements de la vie du thérapeute et la vision en miroir que le patient peut en avoir dans ses rêves, doivent intervenir dans un laps de temps court, généralement de l’ordre de quelques jours.

3) La signification psychologique. A partir de la correspondance rêve/réalité se met en place une stratégie de défense qui est unique pour chaque patient, et dont la connaissance permet de déceler les aspects problématiques qui émergent dans la thérapie.

Les circonstances dans lesquelles les événements télépathiques apparaissent dans les rêves ont été diversement décrites. Presque tous les observateurs soulignent l’importance des éléments du transfert et du contre-transfert. Que ce soit en raison de besoins irrationnels de la part du patient, ou de la perception que ce dernier peut avoir d’une facette négative quelconque du thérapeute, le patient peut par des moyens télépathiques parvenir à percer un aspect particulièrement vulnérable de ce dernier. Servadio (1956) avait insisté sur les situations de frustration du patient et de blocage de la communication. Il considérait le sommeil comme un facteur favorable à la transmission télépathique en raison de la libération régressive de mécanismes archaïques qu’il suscite. Eisenbud (1970) fut l’un des premiers à montrer l’intérêt thérapeutique qu’un travail basé sur l’hypothèse télépathique peut présenter. Ehrenwald (1955) a largement décrit les caractéristiques ainsi que le rôle possible des facteurs paranormaux dans les psychoses sévères. Ullman (1980) a souligné les difficultés de communication et de comportement qui peuvent caractériser les rêveurs télépathiques.

Les rêves télépathiques ont fait irruption de temps à autre au cours de ma pratique thérapeutique, dans diverses circonstances. Ils se produisaient lorsque mes intentions interféraient avec une relation effective (dans le cadre d’un contre-transfert) ou lorsque le patient avait recours à une manoeuvre télépathique en réponse à ses propres besoins relatifs au transfert. Les deux ne sont pas incompatibles, comme je le constatai avec une patiente qui, de façon typique, répondait à mon besoin personnel pas toujours très bien contrôlé de travailler sur un cas concret, lorsque j’étais sur le point d’écrire ou de lire quelque chose au sujet du rêve télépathique. Ce faisant elle cherchait à « mériter » un statut particulier, celui de rêveuse télépathique. Grâce à cette manoeuvre, le thérapeute que j’étais ne pouvait ignorer qu’elle possédait des aptitudes particulières secrètes, tandis qu’elle-même pouvait ainsi se dégager de toute responsabilité.

Les individus inhibés, qui ont un sens obsessionnel de l’organisation, et qui ont tendance à mettre le langage au service de mécanismes de distanciation plutôt que de faciliter la communication, sont particulièrement enclins à tomber dans ce genre de manipulation. La télépathie apparaît donc en l’occurrence comme un moyen de maintenir la relation à un niveau critique, en lien avec la gestion de besoins contradictoires : celui de la distance nécessaire à l’inviolabilité et celui d’un besoin insatiable de rapprochement et de sécurité.

L’exemple qui suit évoque un rêve contenant des éléments oniriques inhabituels, survenus simultanément à un événement réel de ma vie. En l’occurrence, le rêve et l’événement réel s’étaient produits la même nuit (Ullman 1980). Une patiente de quarante-deux ans, couturière, me raconta le rêve suivant :

J’étais à la maison avec John, mon petit ami. Sur la table, il y avait une bouteille contenant un mélange d’alcool et de crème. C’était une sorte de substance écumeuse blanche. John voulait la boire. Je lui dis “Non, tu la boiras plus tard ». Je regardai la marque, et je lus « Nausée attirante ». J’avais l’intention de la boire lorsque nous irions au lit, bien que nous semblions déjà être couchés à ce moment-là.

Elle me raconta ensuite l’épisode d’un autre rêve qu’elle avait fait la même nuit :

J’avais un petit léopard. Il était très dangereux. Je le pris et le couvris pour le mettre dans une grande bassine. Ma mère me dit de le sortir de là, car sinon il allait mourir.

Le soir précédant ces rêves, ma femme et moi assistâmes à une conférence à l’Académie de Médecine de New York au sujet des névroses chez les animaux. Le conférencier présenta un film montrant comment susciter une dépendance à l’alcool chez certains chats. Une fois la dépendance installée, et si l’on proposait au chat une assiette de lait ou une assiette contenant un mélange de lait et d’alcool, le chat préférait le mélange alcoolisé. Les éléments clés, tels que le mélange lait/alcool et le petit félin, suggèrent la possibilité d’un événement télépathique. Pour en confirmer la vraisemblance, il faut faire appel au critère de la signification psychologique, basé sur la mise en oeuvre d’une dynamique sous-jacente. L’analyse du rêve confortait l’hypothèse télépathique. La scène du film dont le thérapeute avait été le spectateur était à la fois une métaphore visuelle et la juste expression de la dynamique qui était en train d’émerger chez la patiente à ce moment de la thérapie. Cette dynamique révélait plusieurs choses : le ressenti de la patiente face à l’omnipotence du thérapeute dans sa relation avec elle, suggérée par son identification avec l’animal manipulé par l’expérimentateur ; son propre désespoir de changement suggéré par l’identification au léopard, animal qui se trouve dans l’impossibilité de modifier les tâches de son pelage ; et enfin son ambivalence par rapport au relâchement du contrôle sur soi, révélateur du côté plus sensuel de sa personnalité suggéré par son intention de boire le mélange alcoolisé, justement baptisé « Nausée attirante », au moment du coucher, et à l’égard duquel elle restait tout de même circonspecte. Ces trois premières rencontres avec le paranormal, bien que très parlantes d’un point de vue personnel, restaient essentiellement anecdotiques. Car sans une volonté de recherche rigoureuse, il était impossible d’exclure totalement que d’autres causes, ou même le hasard, interviennent. Pendant des années, de nombreuses expériences similaires furent consignées dans les bibliothèques des Sociétés de Recherche Psychologique en Angleterre et aux Etats-Unis, et si de telles expériences emportent la conviction de ceux qui les vivent, elles sont en général peu crédibles d’un point de vue scientifique. Logiquement, dans ce contexte, le pas à franchir était alors d’envisager l’approche expérimentale. En 1960, au cours de ma dernière année de pratique thérapeutique, je reçus l’appui de la Fondation de Parapsychologie pour mener une étude pilote en vue d’appliquer les récentes découvertes de l’époque, à propos des liens entre les REM (rapid eye movements, mouvements rapides des yeux) et le sommeil, et sur la façon dont la mémorisation presque totale des rêves au réveil vient conforter les expériences sur le rêve télépathique. Les résultats étaient suffisants pour que ma décision l’emporte, d’arrêter la pratique thérapeutique en 1961 et d’accepter un poste à plein temps en hôpital. J’eus ainsi tout loisir de mettre sur pied un laboratoire d’étude du sommeil, avec l’optique d’accumuler suffisamment de données quantitatives pour être en mesure de démontrer l’existence du rêve télépathique.

Méthodes

Les premières études furent conduites en 1964 au Maimonides Medical Center de Brooklyn à New York, sous la direction du Dr Stanley Krippner. Les sujets étaient de jeunes adultes choisis en raison de leur capacité à se souvenir de leurs rêves, et de l’intérêt qu’ils manifestaient à l’égard des expériences en cours. Le sommeil du sujet était enregistré par encéphalographie, et on réveillait celui-ci à la fin de chaque période de REM pour qu’il raconte son rêve. Un agent, ou émetteur, passait la nuit dans une pièce séparée et tentait d’influencer les rêves du sujet par télépathie en se concentrant à intervalle régulier sur des images cibles, particulièrement aux moments où il recevait le signal indiquant que la période de REM avait commencé pour le dormeur. Une fois le sujet couché, la cible, généralement une reproduction d’oeuvre d’art, était sélectionnée au hasard par l’émetteur parmi un assortiment d’images placées dans des emballages opaques scellés. Seul l’émetteur avait connaissance de la cible choisie pour cette nuit-là, au cours de laquelle il restait dans la même pièce totalement isolée du point de vue acoustique, à la fois du sujet et de l’expérimentateur. Puis le déroulement des rêves était retranscrit à partir de l’enregistrement des comptes-rendus qui en étaient faits. Des copies de ces documents ainsi que les copies des images cibles utilisées pour chacune des séries d’expériences, étaient remises à trois examinateurs indépendants, qui évaluaient les liens entre les documents sans avoir connaissance de l’expérience en cours. L’hypothèse qui était précisément testée était que le tableau onirique de tel sujet pour telle nuit expérimentale révèlerait l’influence de la télépathie, par la présence, dans les rêves du sujet, de correspondances avec l’image cible visualisée par l’émetteur. Douze reproductions célèbres - de 13 x 21 cm environ- furent choisies comme cibles expérimentales. Pour une nuit donnée, l’une des cibles était sélectionnée au hasard et ouverte par l’émetteur dans une pièce située à distance du sujet. Ce dernier restait dans sa chambre toute la nuit. Son sommeil et le rythme de ses REM étaient contrôlés sur un électroencéphalographe à huit canaux Medcraft Model D EEG dans une pièce de contrôle adjacente. Toute communication verbale entre le sujet S et l’expérimentateur E était enregistrée, via un interphone, sur bande magnétique. Douze sujets différents furent sollicités pour la première étude, à raison d’une nuit en laboratoire pour chacun des sujets. Le matin, les associations formées par le sujet étaient ajoutées aux rêves déjà rapportés. Plus tard, les retranscriptions faites à partir des enregistrements étaient envoyées à trois expérimentateurs extérieurs et indépendants, qui n’avaient aucunement connaissance de la procédure. Les juges recevaient également les douze cibles qui pouvaient avoir été choisies par l’émetteur, et on leur demandait de les classer dans l’ordre décroissant de leur rapprochement avec chaque série individuelle de rêves, tout d’abord en fonction du seul contenu des rêves, puis en fonction des rêves et des associations formées par le rêveur. On invitait ensuite les juges à exprimer un degré de confiance pour chacun des classements. Et on demandait également au sujet d’observer ses rêves en fonction des cibles, avec les mêmes consignes. Les moyennes des classements effectués par les juges et les taux appliqués étaient introduites dans des tableaux de 12 lignes par 12 colonnes, et soumises à une double analyse de variance (pour les cibles et pour les nuits), suivant la méthode de Scheffé. Les classements effectués par les sujets étaient traités de façon similaire. Les classements étaient également évalués par la loi de distribution binomiale, les rangs 1 à 6 représentant les succès, et les rangs 7 à 12 représentant les échecs. Le classement par le sujet était considéré comme significatif à 0,05. La démarche variait légèrement, ainsi qu’il est exposé ci-dessous.

I. Première sélection

Pour cette étude, douze sujets volontaires ont passé chacun une nuit au laboratoire. Deux membres du personnel, un homme et une femme, alternaient en tant qu’émetteurs, tentant d’influencer les rêves des sujets par télépathie. Les images utilisées étaient de célèbres reproductions d’oeuvres d’art, choisies au hasard pour chacune des nuits, une fois que les sujets étaient couchés. Le lendemain matin, on demandait aux sujets de comparer les réminiscences de leurs rêves avec la collection entière des oeuvres d’art, en choisissant celle qui leur semblait le mieux correspondre à leurs rêves, tout en rangeant les autres reproductions dans l’ordre décroissant de correspondance. Trois examinateurs extérieurs suivaient la même procédure ; des informations statistiquement significatives ont ainsi pu être collectées à partir des classements effectués par les sujets d’une part, et des évaluations faites par les examinateurs extérieurs d’autre part.

II. La première étude de Erwin

Le Dr Erwin, dont les correspondances cibles/rêves étaient les plus directes pour la Série I, fut associé à l’émetteur homme à partir de la première sélection, pour une série de sept nuits.

III. La seconde sélection

Douze différents sujets et deux émetteurs furent sollicités pour une autre série de douze nuits.

IV. L’étude du Dr Posin

Le Dr Posin, qui participa à la Série III, fut associé à l’émetteur avec lequel il avait travaillé durant la nuit qu’il avait passée au laboratoire.

V. L’étude de T. Grayeb

T. Grayeb, autre sujet de la Série III, fut choisi pour cette étude de seize nuits. Sans connaître le sujet, l’émetteur se concentra sur la cible huit nuits durant, mais pendant les huit autres nuits, il n’y eut ni émetteur ni cible. Les conditions étaient déterminées au hasard une fois que le sujet était couché.

VI. La deuxième étude du Dr Erwin

Le Dr W Erwin fut à nouveau associé avec l’émetteur de la Série II pour une étude de huit nuits. L’oeuvre d’art s’accompagnait chaque nuit d’une boîte d’outils « multi sensoriels », qui devait venir renforcer l’émotion suscitée par la cible. Par exemple, le tableau d’Honoré Daumier ‘Conseils à un jeune artiste’, était accompagné de toiles et de couleurs, pour que l’émetteur puisse se mettre "dans la peau" du peintre. Il n’y eut pas d’évaluation par les sujets dans cette étude.

L’étude de Van de Castle

Le Dr R. Van de Castle, avait en tant que sujet produit plusieurs correspondances directes entre cibles et rêves, dans le cadre d’une étude menée par un autre laboratoire, et il fut autorisé à choisir lui-même ses émetteurs au sein du personnel du laboratoire, pour la série de huit nuits. Il choisit trois émetteurs en tout : un pour une seule nuit, un pour deux nuits, et un autre pour cinq nuits. A la fin de cette étude, j’eus la possibilité d’explorer de façon très approfondie des rêves qu’il avait faits, d’agressions et de sexe, à fort impact télépathique. Ce qui semblerait confirmer qu’à la fois du point de vue anecdotique et du point de vue clinique, les événements paranormaux sont liés à des éléments affectifs.

Résultats

Après un examen attentif de notre méthode et de nos données, Child (1985) récapitula les résultats statistiques sur l’ensemble des expériences menées sur le rêveparanormal (dont plusieurs portaient sur le rêve précognitif), au centre médical Maimonides (tabl. 1)*.

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*Source : Child (1985), avec l’autorisation de l’Association Américaine de Psychologie.

Tout en incluant dans son évaluation une critique des diverses tentatives de reproduction de l’expérience, il concluait ainsi :

Il apparaît clairement que la tendance aux succès plutôt qu’aux échecs ne peut raisonnablement être due au hasard. Il existe bien un lien de nature systématique -c’est-à-dire non dû au hasard- au niveau de la ressemblance entre les rêves et les cibles (Child 1985, p. 122). Les expériences menées au Centre médical Maimonides sur la possibilité de perception extra sensorielle au cours des rêves méritent toute l’attention des psychologiques intéressés à un titre ou à un autre par les questions de PES (perception extra sensorielle). Pour les tenants de l’impossibilité de la PES, elles posent un défi difficile à relever pour détecter d’éventuelles failles expérimentales, ou d’autres éventuelles sources d’erreur. Pour ceux qui conçoivent l’existence de la PES, elles apportent des informations sur les circonstances qui sont ou non favorables à sa mise en évidence, et sur les méthodes possibles de recherche (Child 1985, p. 128).

La forme

Il est vérifié empiriquement qu’au moins en certaines occasions, des formes contenues dans l’image cible parviennent au sujet plus clairement encore que le contenu de l’image lui-même. Ceci concerne autant des cibles complexes que simples, où la forme elle-même est un trait dominant de l’image. Il existe deux techniques expérimentales pouvant utiliser la perception d’effets télépathiques, et pour lesquelles le travail repose sur des similitudes basées sur la forme. Les deux techniques limitent l’entrée d’information, mais de façon distincte. Les présentations tachistoscopiques reposent sur un temps d’exposition très court, tandis que le travail basé sur une image rétinienne stabilisée limite ordinairement l’information collectée, qui est maintenue par des mouvements oculaires effectués en fixant un objet. De nombreuses expériences ont été menées, à partir de l’intérêt accru pour le phénomène de Pötzel, montrant que des signaux perçus hors de la conscience peuvent donner lieu à des illusions perceptives, et influencer l’activité cognitive de résolution de problèmes. Ericksen (1958) suggère que ce qui se passe suite à la présentation d’un stimulus subconscient, n’est pas l’enregistrement du stimulus à un niveau inconscient, mais une réponse perceptive fragmentaire et partielle. L’état de rêve activé est ainsi amené à apporter certaines formes de réponse à ce percept qui ne peut être identifié, ce qui lui donne une apparence proche de celle du stimulus d’origine. Ce qui se passe est l’inverse même de l’explication dynamique habituelle en termes de perception inconsciente, de refoulement, et de réapparition via le canal de la censure et le travail du rêve. L’apparition dans le rêve est basée non sur un seuil abaissé de perception inconsciente, mais plutôt sur un seuil abaissé durant l’état de REM, en raison de l’activation de systèmes de réponses caractéristiques, qui ont comme effet supplémentaire d’instaurer au moins certains traits du stimulus d’origine. Klein (1959) est d’accord avec le fait que pour que la discrimination soit effective, il doit exister une certaine partialité lors de l’enregistrement dans la conscience. Il insiste sur le fait que la subception est un effet réel, que des fragments ou des aspects de l’image peuvent être enregistrés de cette manière, et qu’ils peuvent être retrouvés soit directement par une mémorisation intentionnelle, soit indirectement par les associations et les rêves. L’un des effets intéressants consignés lors des études sur la subception est l’altération des relations figure/fond, avec perte de la capacité à faire cette distinction particulière. L’affichage tachistoscopique du profil double de Rubin conduit à la confrontation de deux formes opposées. Le fait qu’en face d’une interruption expérimentale d’information, l’objet soit fragmenté, les formes simplifiées et que des processus de type autiste modèlent le percept, revêt une certaine importance par rapport à la télépathie, comme nous le verrons. Des effets similaires sont relevés dans les travaux de Evans (1967 a & b), pour ce qui concerne ses observations sur les phénomènes de fragmentation, associés à la stabilisation binoculaire. Il souligne qu’en condition de stabilisation, au moment où l’image disparaît, elle le fait par parties, et que les parties se retirent dans un ordre qui n’est pas dû au hasard. Il parle de niveaux hiérarchiques dans le système de vision et suggère, comme explication aux phénomènes de fragmentation, que lorsque l’arrivée d’information est limitée, comme dans les expérimentations sur la stabilisation, tous les niveaux de la hiérarchie ne sont pas activés. En conséquence, seules des parties de l’image sont perçues, correspondant au niveau atteint de la hiérarchie. Evans note également que la stabilisation caractéristique se fragmente après une exposition tachistoscopique répétée (Fig. 1).

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La fragmentation d’images relevée par Warcollier (1938) (Fig. 2-4) et Sinclair (1930) (Fig. 5-7), dans leurs tentatives pour réaliser le transfert d’information à distance, rappelle de façon frappante les percepts fragmentaires obtenus par les deux stratégies expérimentales décrites plus haut. On retiendra la fragmentation de formes complexes en formes plus simples (Fig. 2 et 5), et l’émergence de formes simples à partir d’une imagerie plus complexe (Fig. 3, 4, 6 et 7). Il est également intéressant de noter l’émergence de formes similaires, lorsque des cibles similaires sont utilisées par deux chercheurs différents. Il suffit de comparer les figures 3 et 6, et les figures 4 et 7. Ces résultats suggèrent implicitement que les voies neurophysiologiques empruntées pendant le transfert télépathique pourraient être les mêmes que dans le cas d’une perception visuelle normale. Durant notre travail expérimental, des correspondances de forme ont été relevées dans diverses circonstances.

A. Corrélation explicite entre la cible et le rêve, lorsque des formes simples sont utilisées comme cibles (Ullman 1966) (6).

Exemple n° 1

A 3h40 du matin, un cercle fut dessiné sur la cible par l’expérimentateur (Fig. 8). A 3h53, le sujet se réveilla, et rapporta le rêve suivant :

Je me sens comme si je flottais et dormais en même temps. J’avais une image de... oh, ce n’était pas vraiment un rêve, c’était comme si j’étais sur une sorte de rond, comme la partie inférieure d’un grand tuyau, comme quand on va dans le Holland Tunnel ou quelque chose d’approchant, comme une route. Pendant que je me déplaçais, on aurait dit qu’il y avait des gens là, mais ça ne ressemblait pas vraiment à un rêve, c’était comme si j’étais en train de m’endormir. Je captais une image tout en ayant conscience que je venais juste de m’endormir. J’étais sur une route dont le profil était en forme d’auge. Plus tôt, alors que je m’endormais avant de m’être retourné, j’eus l’image de quelque chose de très bien façonné, comme une butée de porte sauf que c’était renversé et il y avait plusieurs formes rondes et douces, comme si j’étais en train de traverser ces passages, ces formes rondes et douces, la forme comme je l’ai indiqué était juste comme une butée de porte arrondie, comme l’aileron d’une voiture mais la tête en bas, et ce n’était pas attaché à la voiture. C’était juste comme ça.

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Fig. 8. Exemple n° 1 - cercle

Exemple n° 2

L’exemple n°2 relate une expérience menée avec le même sujet et pendant la même nuit que l’exemple n° 1. A 4h30, des formes anguleuses furent dessinées par l’expérimentateur (Fig. 9). A 6h30, le sujet rapporta le rêve suivant :

J’eus plusieurs rêves à la suite. Mais je ne me les rappelle pas bien. Dans l’un d’eux, nous étions simplement là, il y avait d’autres gens également, et ils avaient dans les mains des cannes comme des crosses de hockey, mais ils les tenaient à l’envers, la partie courbe vers le haut. En fait, elles n’avaient pas réellement la forme de crosses de hockey, mais plutôt une forme variable. Et dans le rêve il y avait deux des cousins de ma femme -un couple marié. Nous les voyons à peu près deux fois par an et dans le rêve, j’étais comme indifférent à leur égard, ou même critique en raison de certaines de leurs opinions. Et vous me demandiez : « Pourquoi êtes-vous si critique ? ». Puis j’eus d’autres rêves que je ne peux me rappeler, il y en avait plusieurs à la suite. C’est comme si vous m’aviez réveillé après que je les aie faits. Je veux dire que vous me posiez des questions sur les rêves un certain temps après qu’ils soient finis. En fait, je me souviens m’être réveillé après le rêve des crosses de hockey, en me demandant pourquoi vous ne vous étiez pas inquiété de savoir si j’avais rêvé. Puis je me suis rendormi. C’est tout ce dont je me souviens.

Suite à d’autres questions posées le lendemain matin, le rêveur ajouta quelques éléments :

[Vous avez fait mention de crosses de hockey ?] Oui, je crois qu’il s’agissait d’une sorte de fête, des gens étaient là et ils avaient des cannes, mais des cannes très joliment taillées qui ressemblaient à des crosses de hockey, ça n’était pas réellement des crosses de hockey, mais elles avaient à peu près la même taille et la même longueur, et ils les appréciaient beaucoup. Maintenant je crois que je sais... avant d’aller dormir, je pensais au fait que Leah et moi étions invités à un banquet au Waldorf, organisé par une association internationale d’aide aux handicapés. Cela explique peut-être le rêve, et évidemment l’idée de cette réception solennelle ne me plaisait pas, d’autant plus que nous avions prévu d’aller camper au même moment, mais apparemment nous faisions partie des invités. Les crosses de hockey n’étaient pas toutes exactement pareilles. Ça a quelque chose à voir avec l’infirmité, et en même temps, malgré leurs handicaps, ces gens avaient l’air d’aller très bien.

B. Corrélation explicite entre le rêve et certains aspects formels de la cible lors de l’utilisation de cibles plus complexes

Exemple n° 3

L’image de la cible montrait un singe accroupi, devant ce que l’agent prit tout d’abord pour un morceau de pierre, bleu et carré. Un examen plus attentif montrait qu’il s’agissait en réalité d’un jardin. Le long d’une plate-bande, un motif en forme de diamant apparaissait sur la terrasse (Fig. 10).

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Figure 10. Exemple n° 3 - Singe.

4h20 du matin :

Je m‘approchais d’un mur de maçonnerie dont les pierres étaient jointes de façon très nette. A ce moment-là, une autre personne et moi-même sommes assis dans la cabine d’une sorte de grand véhicule -ce pourrait être un tracteur. Nous arrivons au niveau du mur. J’étais avec quelqu’un d’autre. Nous nous déplacions parallèlement au grand mur dans ce qui ressemblait à la partie avant d’un très grand véhicule. Nous arrivâmes au niveau d’un petit trou en forme de diamant dans le mur. L’un de nous dit « Regarde ça ». Le mur était gris.

5h24 du matin :

Il y avait une image de diamant, une sorte de diamant.

5h35 du matin :

Nous étions en Alaska, ma femme et moi. Il était environ 7 h du matin et je lui dis : « Il est très peu probable que tu aies de nouveau l’occasion de voir le soleil si bas sur l’horizon à cette heure-ci ». Elle me répondit : « Oui, c’est ce que je me suis dit ». Il ne faisait pas froid du tout. Nous marchions dans ce qui semblait être une forêt, avec juste quelques arbres -tout au moins cela y ressemblait, jusqu’à ce que nous arrivions a un arbre immense qui avait de très grosses branches, mais était dépourvu de feuilles. C’était à une époque où il ne semblait pas faire froid, et Lillian me montra que sur le tronc de l’arbre, il y avait un gros diamant, comme un trapézoïde, qui avait été taillé au centre du tronc de l’arbre.

Il est à noter que le premier rêve décrivait un mur construit de pierres soigneusement jointes. Les trois rêves suivants font tous référence à des sortes de diamant.

C. Correspondances implicites entre le rêve et des aspects formels de la cible lors de l’utilisation de cibles plus complexes.

Exemple n° 4

La cible était le tableau ‘Bauhaus Stairway’ d’Oscar Schlemmer (Fig. 11)

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Figure 11. Oskar Schlemmer, Bauhaus Stairway, 1932. Huile sur toile 638x45. Musée d’Art Moderne, New York. Don de Philip Johnson.

Rêve n° 1

... c’était l’expérience des buttes. Mon sentiment était d’être dans un champ, un champ énorme, entouré par des sortes de fourmilières, mais en grand nombre, de grimper dessus et autour d’elles, de long en large, sans parvenir à trouver le moyen d’en sortir. Puis cela change et j’ai le sentiment de porter un chapeau pointu, exactement comme un magicien... Tout tournait dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, ça tournait, ça tournait, tout allait dans le même sens, et d’une certaine façon je m’efforçais consciemment, délibérément, d’entrer dans le processus, comme si je tournais moi-même...

Rêve n° 2

... je me revois en train de vous décrire mes sensations... et celles-ci survenaient à l’intérieur d’une sorte de tunnel, une espèce de vaste plaine ventée qui montait en direction d’une colline... Je pensai au... Mont Appelier. Je pense que c’était la première chose que j’avais racontée, quand j’avais senti que je montais sur une route, conduisant ma voiture ou quelque chose qui y ressemblait, et regardant de part et d’autre, mais en continuant de monter, vous voyez, grimpant le long de cette montagne... Il ne s’agissait pas exactement de fourmilières. Au début, ça commençait comme des bosses, un peu comme... un fez, mais elles étaient petites et arrondies au sommet, et non carrées comme sont les fez. Comme les petites pâtés que les enfants font avec leurs seaux.

[L’expérimentateur demande alors : “Avez-vous une idée de la cible utilisée cette nuit-là ? »]

[Sujet] L’un des éléments permanents était cette forme pointue, conique, comme une montagne ou un chapeau... Je dirais, une espèce d’élément de forme, comme un cône... C’est ce qui semble être l’élément central de toutes les visions, de tous les rêves.

Exemple n° 5

La cible était “The Dark Figure” [la silhouette noire] -tableau de Castellon (Fig. 12). Ce tableau montre quatre personnages, dont l’un est vêtu d’une robe sombre, de couleur brun-noir. Il y a quatre cercles au-dessus des personnages, suspendus en l’air par des mains d’enfants déformées. En arrière plan se trouve un mur de brique rouge.

Premier récit de rêve :

Je ne sais pourquoi, j’ai pensé à un tonneau, vous savez, en train de tourner... Il y avait quelque chose qui se passait ou un mouvement qui se déroulait. Le tonneau tournait... comme s’il tournait en formant un cercle. C’était comme une rotation. Une toupie. Dans le sens des aiguilles d’une montre, de gauche à droite... Une couleur de bois brun foncé... Une roue rouge qui tournoyait.

Deuxième récit :

Je croyais avoir vu des lumières, et ces lumières étaient arrangées d’une façon presque circulaire... Il y avait un autre cercle, et comme un mouvement...

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Figure 12. Federico Castellón, La silhouette noire, 1938. Huile sur toile, 170 x 268. Collection Whitney, Museum of American Art, New York.

Sixième récit :

...Il y avait une photographie que je regardais et sur cette photographie il y avait un groupe de personnes se tenant debout, et devant il y avait quatre personnes en costumes dont nous prenions des photos... Elles étaient en train de poser... et avaient l’air assez ridicules...

Interview au réveil :

Tout ce dont je me souviens tout d’abord, je crois, c’étaient ces barriques en bois, peut-être trois, ou quatre... Il y avait le cerclage en fer, vers le milieu, qui tenait les lattes ensemble, et qui tournait, tournait, tournait comme une toupie... Je me souviens aussi de quelque chose comme des lumières pâles et verdâtres... Elles formaient comme une espèce d’arche, comme si elles commençaient à tourner en spirale ou en cercle... en faisant comme des tourbillons... Cette photographie était assez grande, et il y avait ces jeunes gens en costumes... Il y a deux étés, lorsque je suis allé à ce campement pour enfants handicapés, ils m’avaient demandé de monter des sketches et des petites pièces... Il y a beaucoup de mouvements circulaires et spiralés dans mes rêves, et je m’attendrais donc à trouver le même genre de mouvements dans l’image cible.

Exemple n° 6

La cible était le tableau “Les joueurs de football” de Henri Rousseau (Fig. 13).

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Figure 13. Les joueurs de football. Henri Rousseau, 1908. Musée Guggenheim, New York.

Premier rêve.

Demi-cercle. Dans le premier rêve, je crois que je me trouve près d’un balcon, mais je suis à l’intérieur de l’immeuble et le balcon, de forme semi-circulaire, entre à l’intérieur de l’immeuble. Je pense que le balcon en lui-même, à l’extérieur de l’embrasure de la porte, est une sorte de balcon ordinaire de forme droite, mais je suis à l’intérieur du bâtiment (si on peut l’appeler ainsi), mais cela ressemble plus à cour, et il y a une sorte de main courante entrant à l’intérieur depuis le balcon en suivant le sol et cette cour en pierre, et j’avais comme l’impression qu’elle portait des plantes grimpantes, un peu comme on en voit au Mall de Washington -vers le Washington Monument. Puis dans un deuxième temps, j’étais à nouveau debout dans une sorte de jardin intérieur, en train de regarder en direction d’une sorte de jardin de style romain -c’est plutôt ça- c’est une sorte de construction de type européen, avec une sorte de terrasse en saillie dans le fond de l’édifice, une construction semi circulaire comme des statues en demi-cercle ; les deux extrémités du demi-cercle viennent vers moi, et le fond du demi-cercle est loin de moi, tandis qu’une sorte de fontaine occupe le centre de l’espace. C’est tout. Voilà les deux choses qui me sont venues à l’esprit. Comme dans un demi-rêve, ou un demi-sommeil.

Deuxième rêve :

C’est un étage du magasin Bloomingdales, où se trouve entreposé le mobilier pour la maison, et il y a comme des feuilles blanches d’un livre sur le côté gauche de la pièce, sur l’un des meubles -et ces feuilles sont comme peintes en noir, et le mur derrière la feuille (derrière l’ensemble, en fait), est comme une fenêtre noire, et là se trouve cet objet isolé en forme de cylindre, comme une sorte de boîte de fromage, mais petite, de 12 à 15 cm de diamètre, laquée en rouge, et qui tourne comme une toupie - non, ce n’est pas tout à fait cela- qui tourne en rond... et maintenant je me souviens que le demi-cercle du balcon faisait la même chose, de même que le demi-cercle inversé des statues dans l’autre structure.

Troisième rêve

Oh, je pense à un camp d’été. Je me souviens... que l’on doit être capable de basculer avec son canot et de le remettre à flots, quelque chose comme ça. C’étaient des épreuves de franchissement d’obstacles.

Quatrième rêve

Je pelais un oignon tout en parlant avec quelqu’un... Mais avant cela, j’étais en train de rêver de ma mère, qui était une petite fille debout à la porte d’un salon victorien, faisant face à une sorte de niche, et cet encadrement de porte voûté était habillé de sortes de rideaux en dentelle, ou d’un motif de branchage très en vogue vers 1903, 1904, ou vers cette période. [Rousseau a peint Les joueurs de football en 1908].

Cinquième rêve : Pas d’éléments significatifs.

Sixième rêve :

Je suis avec deux autres enfants... Nous étions en train de nager dans une piscine... La scène change et a quelque chose à voir avec le Directeur d’une école préparatoire, donc je suppose que la piscine faisait partie de l’école.

Extraits des associations faites par les sujets :

Il y avait une agitation affreuse... Je crois que c’était une espèce mouvement de révolution, circulaire, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre... Il y avait même un manège là quelque part.

Les points de correspondance formelle résident dans la référence répétée au caractère semi-circulaire, l’arrangement des statues en demi-cercle, et une forme qui tourne comme une toupie (voir le football). D’autres correspondances intéressantes concernent la référence à un camp de vacances ou à une école préparatoire, ainsi qu’au style victorien.

D. Correspondance basée à la fois sur la forme (structure carrée) et le contenu (Madison Square Garden, boxe)

Exemple n° 7

La cible sélectionnée et montrée sur la figure 14 était : Dempsey et Firpo, de Bellows. Cette image montre deux boxeurs et un arbitre sur un ring de boxe rectangulaire. L’un des boxeurs a été frappé et éjecté dans le public à travers les cordes.

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Figure 14. Dempsey et Firpo, 1924, Georges Bellows. Huile sur toile, 130 x 200 cm env., Whitney Museum of American Art, New York.

Extraits du premier récit onirique des sujets :

... il y avait quelque chose au sujet de piquets... Juste des piquets plantés dans le sol, et c’est tout. Il y a quelque chose comme une impression mouvement. Ah, quelque chose au sujet de Madison Square Garden, et un combat de boxe. Une forme angulaire, comme si tout ce que je voyais se trouvait dans un cadre rectangulaire. Il y a une forme angulaire qui descend vers la droite, vers le bas, comme si l’on assistait à un tournage englobant l’ensemble. Ce coin droit anguleux de la figure est lié au combat de boxe de Madison Square... Je devais aller au Madison Square Garden pour acheter les billets d’entrée à un combat de boxe, et il y avait de nombreux punks impressionnants -qui sont des personnes évoquant la bagarre- tout autour, et j’eus du mal à trouver les gens supposés me donner mes billets, et un gardien se trouvait devant la porte du bureau où ces gens se trouvaient, et je devais parler avec ce gardien. J’aurais pu me disputer avec lui, mais au lieu de cela nous avons sympathisé et commencé à discuter, et finalement il me laissa entrer dans le bureau et je pus ainsi obtenir mes billets.

Extraits du second récit onirique des sujets :

La machine a une forme étrange. Elle comprend deux carrés, et est placée debout, à hauteur d’homme. Ces deux carrés sont comme des sortes de cubes reliées par une flèche verticale... Je ne peux associer cette forme à rien que je connaisse. Ce qui est aussi curieux, c’est que je n’arrive pas à dire s’il y avait deux ou trois silhouettes dans le rêve, car il me semble qu’il y avait aussi d’autres gens... Ces personnes semblent s’être rencontrées dans un cadre social, mais elles étaient aussi là pour autre chose, et elles étaient venues ensemble, mais lorsqu’elles étaient arrivées, c’était apparemment la seule raison pour laquelle elles étaient venues ensemble. Maintenant, cela semble plus clair. Il y a une autre présence. Il semble plus clair qu’il y a une autre présence, celle plus âgée d’un vieil homme et deux autres plus jeunes dont je me rappelle, et il y a probablement aussi la conscience d’une personne supplémentaire.

Extraits du troisième récit onirique des sujets :

Il y avait un volume hexagonal. C’était un cube avec de nombreux côtés. Je ne sais pas exactement combien, mais quelque chose comme six ou huit...

Extraits du quatrième récit onirique des sujets : pas de correspondance flagrante.

Extraits résultant des associations effectuées par les sujets.

Bon, ce qui m’est venu à l’esprit était que cette image prenait place dans quelque chose de carré... J’allais au Madison Square Garden avec de l’argent, pour prendre des tickets qui avaient été commandés par quelqu’un du bureau, et il y avait de nouveau cet immense bâtiment -c’était juste l’association avec le Madison Square Building, ou le Madison Square Garden- il y avait cet énorme bâtiment, et des posters de boxeurs en train de combattre étaient affichés partout, et un groupe de gens qui avaient l’air fou -la plupart auraient pu être des combattants, ou d’anciens champions de boxe, ou quelque chose d’approchant- en rang, attendant des tickets d’entrée pour les matchs, puis je montai à l’étage et me rendis à que qu’on appelait le Club de Boxe, où l’on pouvait se procurer des billets... Je pense que si vous n’en aviez pas parlé, je crois que j’aurais oublié ce Madison Square Garden.

Voici donc un cas intéressant de synchronicité englobant un événement passé (le fait d’être allé au Madison Square Garden) et le choix de l’image cible pour cette nuit-là.

E. Correspondance basée sur l’impact émotionnel

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Figure 15. Animaux, 1941, Rufino Tamayo. Huile sur canevas, 75 x 100 cm env. Museum of Modern Art, New York, fond inter américain.

L’image cible choisie au hasard, “Animaux” de Tamayo, est représentée sur la figure 15. Le tableau montre deux chiens aux dents brillantes, en train de manger de la viande. Un gros rocher noir est visible en arrière-plan. Les points de correspondance entre le rêve et le tableau sont notés dans les extraits qui suivent.

Extraits du deuxième récit de rêve par le sujet :

... le nom du rêve était « Forêt Noire, Vermont », ou quelque chose comme ça... Bon, il y a ce groupe de gens, qui ont dans l’idée qu’ils ont été choisis pour quelque chose de spécial... et que ces autres personnes étaient des ennemis menaçants...

Extraits du troisième récit de rêve :

J’étais à ce banquet... et j’étais en train de manger une espèce d’entrecôte. Et mon amie était là... et les gens disaient qu’il ne fallait pas l’inviter à dîner car elle était très consciente du fait que les autres avaient plus à manger qu’elle -en particulier en ce qui concerne la viande- car en Israël on ne mange pas autant de viande... C’était la partie la plus importante du rêve, ce dîner... C’était probablement un rêve freudien comme tous mes rêves -vous savez, le fait de manger, et toutes ces choses, et le banquet... Bon, il y avait une autre de mes amies également dans ce rêve. Quelqu’un avec qui j’enseigne, et elle aussi examinait tout le monde pour être sûre que personne n’allait avoir plus à manger qu’elle. Et je mastiquais un morceau d’entrecôte. Et j’étais assis à une table en train de manger de la viande, et les gens me disaient qu’il n’était pas souhaitable d’inviter cette amie israélienne à un dîner parce qu’elle avait peur de manquer. J’étais invité parce que je suis bien élevé et peu regardant, mais je m’efforçais dans le rêve de garder la bouche close. J’essayais de ne rien dire à son propos, même si dans un sens j’étais heureux qu’elle ait finalement été démasquée. Et le deuxième rêve... était au sujet du Vermont, Black Rock dans le Vermont... Hier, j’étais à la plage, et j’étais assis sur l’un de ces rochers... et je me suis senti comme cette sirène de Black Rock...

Le contenu des rêves

Il a été proposé ailleurs (Ullman 1973, 1986 ; Tolaas 1986) que le choix du contenu des rêves en fonction de la pertinence que ces derniers présentent dans le cadre de l’expérimentation sur les rêves réponde à certains critères de vigilance. Il est ainsi envisagé que la connaissance que l’on prend des rêves soit une manière élaborée d’orienter une activité, conçue pour traiter et répondre à certains aspects rémanents de l’expérimentation, le point final en étant atteint soit par la poursuite du sommeil, soit par son interruption et donc l’acheminement vers le réveil. Le résidu affectif dont la présence est ressentie dans le rêve, agit de façon réflexive ou automatique comme un mécanisme de déchiffrage. Etant donné qu’il concerne toute l’histoire du rêveur, il cristallise et mobilise certains aspects d’expériences du passé, qui lui sont liées d’une façon émotionnellement significative. Dans un autre contexte, Dewan (1969) a désigné cela sous le nom de « marquage émotionnel », et l’a identifié comme étant un procédé susceptible de faciliter l’enregistrement dans la mémoire, et le renforcement de cette dernière. Ici, ce phénomène est vu comme un effet énergétique et mobilisateur, nécessaire pour aider l’organisme endormi à accéder pleinement au sens et aux implications du rêve ou du stimulus perturbateur, et par l’intervention du monitoring, soit permettre au cycle de sommeil de rester intact, soit conduire au réveil du dormeur.

Le concept de vigilance, dans le cadre du rêve, évoque une fonction de survie. L’honnêteté émotionnelle inhérente à l’imagerie du rêve, est le moyen qui permet d’assurer cette fonction. De même que les animaux survivent dans la nature en étant en contact étroit avec leur environnement physique, nous devons en tant qu’être humains rester en contact de façon authentique avec notre environnement humain. Notre espèce est particulière, et en fin de compte, notre survie en tant qu’espèce dépend de notre aptitude à maintenir une véritable communication avec nos semblables, pour contrecarrer les forces qui nous poussent à la division. Le rêve nous incite à prêter attention à tout ce qui, dans notre vie éveillée, renforce ou inhibe nos liens avec les autres, ou avec des résidus de notre passé, et qui modèle notre vie. Les rêves possèdent un avantage sur notre vie éveillée, en ceci : quoi que notre inconscient ait à nous dire, il peut le dire sans aucune retenue à l’égard de notre ego.

[Tout ceci nous rapproche de] la question de la connexité, dont il me semble que les écrits de feu David Bohm sur la conscience globale relèvent, et en particulier son concept d’ordre implicite, qui conçoit l’univers comme un support parfaitement lisse d’interconnexité, d’où émerge à son tour l’ordre explicite ou manifeste. Il compare la distinction apparente des entités macroscopiques à des vagues à la surface d’un milieu fluide. Des particules subatomiques jusqu’à l’échelle macroscopique, il existe un lien durable et profond avec l’ordre implicite qui les soutient. L’accent mis par le rêve sur l’interconnexité suggère que le fonctionnement du rêve sur le mode imagé est plus proche de l’ordre implicite que le mode discursif de la conscience éveillée (Ullman 1987). La transformation initiale s’opère lorsque ce qui est inconscient (implicite) prend la forme d’images perceptibles par les sens (explicites), comme cela se produit dans les rêves.

Pendant le rêve, l’expérience s’organise le long de lignes de contiguïté émotionnelle, plus que temporelle et spatiale. La lecture émotionnelle qui a lieu en état de rêve peut, à l’occasion, s’affranchir des contingences spatiales et nous fournir une information indépendamment de tout moyen connu de communication. La contiguïté émotionnelle, qui s’exerce dans des conditions mal connues, s’avère capable d’intégrer aux rêves un contenu aussi bien transpersonnel que personnel. Certains événements anecdotiques ont depuis longtemps mis l’accent là-dessus, et les circonstances dans lesquelles ils se produisent suggèrent fortement que dans le domaine de la vie et de la mort, l’examen attentif montre que l’environnement émotionnel d’une personne tend à traverser l’espace d’une façon qui reste à ce jour inexpliquée.

Correspondances

Dans le cadre du travail expérimental on peut classer les correspondances relevées de la façon suivante :

I. Correspondances basées sur la forme A. Correspondances directes ou explicites 1. Avec des images cibles à formes simples (Fig. 2-4, 7 et 8) 2. Des images cibles à formes complexes, simplifiées par le rêveur (Fig. 5 et 6) B. Correspondances indirectes ou implicites (Fig. 11-13) II. Correspondances basées sur la réponse émotionnelle (Fig. 14)

Implications psychiatriques

Lorsqu’un individu, en raison de facteurs psychologiques ou émotionnels limitants, échoue à garder le sentiment de sa participation effective à l’ici et maintenant, il peut arriver que des effets psi se produisent. Mon expérience m’a montré que des patients fragiles et vulnérables du point de vue de leur emprise sur la réalité avaient assez fréquemment des expériences paranormales étonnantes. En 1949, j’écrivais :

... Des individus très malades, sur le point de basculer dans la psychose, mais qui n’y sont pas encore entrés, montrent une habilité psi remarquable au cours de l’analyse... Une fois que la psychose ou la perte totale de relation effective avec l’entourage est installée, les phénomènes psi n’ont plus rien d’exceptionnel, non plus qu’en situation clinique, en tout cas si j’en crois mon expérience de praticien. De façon logique, les psychotiques, dans le cadre de leurs fantaisies, font montre d’une prétention élaborée quant à leurs aptitudes psi, parfois presque ouvertement, parfois d’une manière plus discrète (Ullman 1949).

A la lumière de ce message, les facultés paranormales apparaissent comme une ultime tentative de connectivité lorsque les facteurs de personnalité interfèrent avec un contact plus effectif. Une fois que l’individu a repris ses tentatives de sauvegarder son sens relationnel, les fantasmes reprennent leur place, et il se produit des illusions de télépathie plus que des aptitudes réelles et démontrables à la télépathie. A un niveau concret, les gains techniques et instrumentaux sont réels, lorsqu’il y a reconnaissance explicite de l’hypothèse télépathique et de son application thérapeutique possible. Quiconque un tant soi peu sensible à de telles manifestations serait en position de reconnaître et traiter des difficultés surgissant dans un contre-transfert relativement rapidement et franchement. Les travaux de Jourard (1971) montrent que l’ouverture personnelle est un élément fondamental favorisant l’ouverture chez les autres. Les manifestations psi font qu’il est possible de s’engager à un haut niveau d’ouverture mutuelle lorsqu’une telle ouverture se produit dans le cadre d’une situation thérapeutique. Les résultats de Eisenbud sont particulièrement intéressants à l’égard du sentiment de liberté qu’il a ressenti en exprimant son propre intérêt pour la télépathie et pour la façon dont cet intérêt influençait la dynamique du transfert non seulement avec le patient (télépathie à deux*) mais parfois également avec un troisième patient (télépathie à trois) (Eisenbud 1970).

Après une période quelque peu léthargique du point de vue de l’intérêt porté par la psychanalyse au rêve télépathique, une récente publication fait état de plusieurs formes de collusion entre l’inconscient du patient et l’inconscient de l’analyste, qui équivaudrait parfois à de prétendus échanges télépathiques (Bass 2001). L’auteur attire l’attention sur le lien qu’il y aurait à faire avec deux concepts de base de la mécanique quantique. Le premier est que les observations faites au niveau quantique sont, d’une façon qui reste encore mal comprise, dépendantes d’arrangements qui se produisent au cours de l’observation. On ne peut objectivement séparer l’observateur de ce qui est observé. Le second concerne la relation possible entre le transfert télépathique et le fait aujourd’hui avéré de la non localité. Lorsque deux particules atomiques sont « enchevêtrées » puis séparées, elles subissent des changements simultanés et correspondants, dès lors qu’une caractéristique de l’une, par exemple, le spin**, est altérée. Or, aucune force connue n’est capable de réaliser cela spontanément (7).

Il existe également un autre aspect du travail sur la télépathie, peut-être quelque peu marginal, mais néanmoins important. Ceux d’entre nous qui se sont publiquement prononcés en faveur de la réalité des événements psi savent qu’il existe énormément de gens ayant eu des rêves télépathiques, paraissant à la fois authentiques et significatifs par rapport aux événements concomitants de leurs vies, et que ces rêves les ont laissés dans un tel état de confusion qu’ils en sont arrivés à se poser des questions sur leur propre état de santé. Partager de tels rêves avec l’entourage revient à prendre certains risques. En général, les gens ne se vantent pas de ce genre d’expériences. J’ai connu des situations où la détresse était telle que l’individu recherchait une aide psychologique, mais se trouvait confronté à l’incompétence de son praticien à discerner ou à prendre en considération la différence qu’il y a entre une expérience authentiquement télépathique et la prétention à de véritables pouvoirs télépathiques en tant que symptôme de la schizophrénie (noté comme tel au nombre des critères de diagnostic de la schizophrénie de l’American Psychiatric Association, DSM III). Prisonniers de cette difficulté, de tels individus finissent par se rapprocher de groupes marginaux, dans la quête du soutien dont ils ont besoin. On peut penser qu’une meilleure connaissance et une plus grande compréhension de la partie du travail thérapeutique ressortissant à la réalité psi sauvera peut-être un jour ces personnes de la difficulté et de la détresse où les plonge leur quête inaboutie, ce qui ne pourrait dans le même temps qu’élargir les horizons de la profession elle-même.

* En français dans le texte (NdT) ** Degré de liberté interne (NdT)

 

http://www.metapsychique.org, pour d'autres infos......

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09 décembre 2015

ENQUÊTE SUR LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL: «I am the best!» ou la méthode Coué

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ENQUÊTE SUR LE DÉVELOPPEMENT PERSONNEL: «I am the best!» ou la méthode Coué par Jacqueline Remy, Jean-Sébastien Stehli, Gilbert Charles et Nathalie Tiberghien

« Un boulevard pour les charlatans et les sectes. » Michel Lacroix « Le danger présenté par le culte du développement personnel réside surtout dans le fossé entre les limites de ses recettes et la prétention de ses promesses. »

 

S'affirmer pour être plus heureux, plus performant. Dans la vie privée ou dans le travail, la recherche du développement personnel est devenue un leitmotiv. Enquête sur un phénomène, ses adeptes, ses gourous... et ses sceptiques

 

«Toi d'abord!» Jamais on ne l'a dit si crûment, depuis qu'on voit monter le culte de l'ego dans les sociétés occidentales. «Toi d'abord!» Ce n'est plus un conseil de bon sens, c'est devenu un leitmotiv, un mot d'ordre, une sorte d'incantation collective aux accents d'injonction. Occupetoi de toi-même, développe ton potentiel, travaille sur toi, et surtout estime-toi! C'est la nouvelle clef du bonheur: Estime-toi, si tu veux réussir ta vie personnelle et ta vie professionnelle! Estime-toi, si tu veux que les autres te rendent la pareille. Estime-toi, si tu veux t'épanouir et libérer tes compétences affectives et sociales! Estime-toi, si tu veux être à la hauteur de ton destin.

 

C'est le dernier cri du développement personnel (DP), qui explose aujourd'hui. Nourrie par les gourous du New Age, cette psycho-philosophie avait surtout prospéré, depuis les années 70, auprès des babas amateurs de spiritualités orientales et d'expériences psychosensorielles. Avec l'ouverture, au fil des années 80, de l'énorme marché de la formation dans les entreprises, une multitude de néothérapeutes se sont engouffrés dans cette mouvance et se sont emparés des techniques qui la fondent, celles de la «psychologie humaniste» - dite aussi «mouvement du potentiel humain» - brevetée à Esalen, sur la côte californienne. Longtemps considéré en France comme un fatras de concepts et de méthodes un peu simples, le phénomène du DP est en train de conquérir le grand public. Aujourd'hui, pas un ouvrage sur le mieux-être qui ne devienne un best-seller. Plus subrepticement, les valeurs véhiculées par ce mouvement imbibent notre culture, qui succombe à l' «utopie de la préservation du soi», selon l'expression du chercheur Zaki Laïdi. Un credo assez bien résumé par la «Déclaration d'estime de soi» édictée par deux des derniers chantres du soi, Rosette Poletti et Barbara Dobbs, et qu'on peut résumer ainsi: «1. Dans tout l'Univers, il n'y a pas une autre personne qui soit exactement semblable à moi. Je suis moi et tout ce que je suis est unique. 2. Je suis responsable de moi-même. 3. Je peux choisir de manifester le meilleur de moi-même.» Moi d'abord: mais il ne s'agit pas seulement de se contempler dans le miroir. Il s'agit de prendre la mesure de ses responsabilités et de conduire son existence comme une entreprise précieuse.

 

Les auteurs de cette profession de foi, deux infirmières férues de psychospiritualité, viennent de publier chez Jouvence un livre intitulé, évidemment, L'Estime de soi. Sous-titre: Un bien essentiel. Mais c'est le best-seller de Christophe André et François Lelord qui a donné le la, en 1999. On doit à ces deux psys, consultants en entreprise, l'incroyable succès de l'idée même d'estime de soi, promue passeport pour le bonheur: il s'est vendu, à ce jour, 230 000 exemplaires de leur ouvrage, L'Estime de soi (Odile Jacob). Depuis, l'expression est devenue un sésame éditorial. On en fait des manuels de poche (81 Façons de cultiver l'estime de soi, de Marie Borrel chez Tredaniel), des sommes théoriques (Estime de soi, confiance en soi, de Josiane de Saint-Paul, chez Dunod), et des guides pratiques (Avoir confiance en soi, de Marie Haddou, chez Flammarion).

 

FAILLITE DE LA SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION

Sans oublier les enfants:la psychanalyste Emmanuelle Rigon va publier chez Albin Michel, début mars, Papa, maman, j'y arriverai jamais, comment l'estime de soi vient à l'enfant. Maryse Lassabe, qui dirige Les 100 Ciels, une librairie spécialisée à Paris, dans le quartier du Marais, soupire: «Tous les éditeurs s'y mettent, il y a trop de livres. Mais on n'a jamais tant eu besoin d'avoir confiance en soi.»

Christophe André et François Lelord confirment: «Nous savions que le manque d'estime de soi est au cœur de toutes les pathologies qu'on soigne.» Tous les acteurs du développement personnel expliquent que ce travail sur soi est rendu indispensable par la précarité professionnelle et l'incertitude affective qui pèsent sur nos vies. «Après-guerre, on nous a proposé un confort matériel censé nous rendre heureux, explique Yves Michel, fondateur du Souffle d'or, l'un des précurseurs de cette mouvance en France. Il en découle une insatisfaction personnelle due à des situations absurdes, à des emplois sans âme. C'est la faillite de la société de consommation.» Accusée, l'école qui lamine l'ego: «A côté d'un 12,5 sur 20, un prof n'hésite pas à inscrire en marge "insuffisant", cela veut dire quoi? s'indigne la psychanalyste Emmanuelle Rigon. Les bulletins sont souvent négatifs. On dirait que les adultes ont peur d'encourager les enfants à construire leur estime de soi.» Accusée aussi, l'entreprise. La psychiatre Catherine Bensaïd, qui a publié Aime-toi, la vie t'aimera (Laffont), affirme: «Dans mon cabinet, je vois de plus en plus de gens qui souffrent de l'entreprise. Nous sommes dans un monde de plus en plus agressif. Nous devons donc apprendre à nous défendre.» Mais nous sommes un peu perdus, sortis des rails d'antan, jetés dans une société individualiste qui nous demande de décider seuls de nos vies (lire l’interview). «Nous n'avons plus une vie balisée de pancartes qui nous disent ce qu'il faut faire, insiste Marie Borrel. Il y a émergence de l'individu comme sujet, et ce sujet ne doit pas être laminé. Il doit donc trouver des repères identitaires forts.» Il doit donc se trouver.

 

TROUVER SA « LÉGENDE PERSONNELLE »

La pub ne dit pas autre chose. Ford France a choisi Zidane pour icône de sa marque, car il incarne les valeurs montantes, «authenticité, bien-être, estime de soi», explique le concepteur de la campagne au Journal du dimanche. «Be yourself », jette Hugo Boss. «Parce que je le vaux bien», réplique L'Oréal. Renifleuse de tendances, Cécile Monier, qui travaille à l'agence McCann-Erickson, auteur de cette campagne maligne, affirme qu'elle voit monter le thème de l'estime de soi depuis un an: «Tout a commencé par les femmes qui, vivant sur plusieurs plans à la fois, ont une stratégie de survie: si elles ne pensent pas à elles, personne ne le fera. Ce qui est nouveau, c'est que les hommes commencent à parler de l'estime de soi. Ils sont chahutés dans leur identité. Ils ont besoin d'être fiers de ce qu'ils sont, mais ils ne savent plus ce qu'ils sont censés être.» Le maître mot, c'est l' «assertivité», l'affirmation de soi. Soi, mais qui? Pas si facile de répondre. Alors, hommes et femmes, tous cherchent. Il faut trouver sa «légende personnelle», comme dit Paulo Coelho. D'où le formidable succès du magazine Psychologies (lire l'interview). D'où la multiplication des émissions de radio ou de télévision exaltant le soi intime. D'où l'engouement pour les cafés psycho ou les bars à philo. D'où la multiplication des séminaires proposés aux cadres, via la formation, pour leur apprendre à être ce qu'ils pourraient être, et mieux encore. Cette quête débouche sur un psychomarché en pleine expansion. Claude Baumel, qui organise le Salon du bien-être, rendez-vous annuel des amateurs et professionnels du développement personnel (du 31 mars au 2 avril, à SaintLaurent-du-Var), raconte: «Il y a dix ans, ce mouvement ne touchait que les branchés marginaux. Aujourd'hui, on voit arriver le gros bataillon des gens qui cherchent simplement à se sentir mieux. Les entreprises aussi ont compris l'intérêt du facteur humain pour lutter contre l'absentéisme, les conflits, les crises, et pour tirer le maximum de créativité et d'énergie de chaque collaborateur.» Il suffit de se plonger dans les petites annonces de Psychologies, Nouvelles Clés ou L'Ame et le cœur, par exemple, pour constater que le marché de l'intimité est en pleine expansion. On peut acheter des coussins musicaux de relaxation, avec clapotis de vagues, bruit de la pluie en été ou battements de cœur. On peut s'offrir des psychojeux «pour tout savoir sur soi et mieux se connaître» (Voyage à l'intérieur de soi-même, de Michèle Costa Magna, chez Actes Sud junior). Des centaines de «thérapeutes» - n'importe qui peut s'afficher thérapeute - proposent leurs services. La plupart des mouvements de renouveau religieux, sous couvert de spiritualité, jouent en fait la carte de la prise en charge psy, comme l'explique la sociologue Valérie Rocchi, qui a consacré une étude aux réseaux psychomystiques. Des milliers de conférences, thérapies, ateliers, formations sont organisés dans toute la France - surtout dans le Sud - et proposent des réponses à tous les problèmes. On y trouve une kyrielle de techniques puisées dans les courants les plus divers de la psychothérapie (analyse transactionnelle, programmation neurolinguistique, dynamique de groupe), de méthodes américaines à la terminologie branchée - rebirth, coaching, relooking - ou de pratiques issues des médecines douces, des cultures traditionnelles ou du New Age, à base de psychologie rudimentaire teintée parfois d'ésotérisme. Stages «d'affirmation de mon moi profond», voyage «à la découverte de nos chamans intérieurs», massages chinois et même «purification intestinale»: tout est bon pour soigner son corps et son âme, trouver un sens à son existence, retrouver l'estime de soi. On peut même se contenter d'emmagasiner des trucs, comme ceux de la psychologue Marie Haddou: «Exemple de technique d'affirmation de soi, dit-elle, le disque rayé. Quand vous voulez dire quelque chose à quelqu'un qui refuse d'entendre, vous répétez jusqu'à ce que l'autre comprenne.» Carillon indien à l'entrée, odeurs d'encens, musique New Age. Ex-chef d'entreprise dans la distribution, Maryse Lassabe a ouvert sa librairie, Les 100 Ciels, voilà dix ans: «Nous avons de plus en plus de demandes, dit-elle. Des femmes d'abord, et maintenant des hommes.» Au sous-sol, on sert du thé et, le mercredi, on tient des conférences. «Nous faisons le plein avec Lise Bourbeau, qui a écrit Ecoute ton corps et Qui es-tu?» Les stars? Jacques Pitra, spécialiste du coaching, et Jacques Salomé, que son éditeur Marc de Smedt, chez Albin Michel, qualifie de phénomène d'édition: «C'est ce que nous appelons un "long-seller", il se vend sur la durée. Tous ses livres dépassent maintenant 30 000 exemplaires. On constate une accélération depuis un an ou deux. Nous avons tiré Dis, papa, l'amour c'est quoi? à 8 000 exemplaires en 1999, et nous en sommes à 100 000.» Ce soir, aux 100 Ciels, Philippe Barraqué officie, des clochettes tibétaines au bout des doigts. Il explique comment les vibrations sonores des cordes vocales agissent utilement sur les organes. «Je vous invite maintenant à respirer profondément avant d'entamer tous ensemble un long aoummmm », suggère-t-il. Paumes tournées vers le «ciel» de la cave, les yeux fermés, les 40 participants exhalent une obéissante plainte vocale. Prix de la séance: 100 francs.

 

"I AM THE BEST ! » OU LA MÉTHODE COUÉ

 

À l'autre bout de la ville, dans une salle au premier étage d'un immeuble des Champs- Élysées, six cadres issus de différentes entreprises planchent devant deux animateurs et une caméra vidéo. Un ingénieur, qui a besoin de savoir expliquer en termes simples ses projets au personnel de direction, un chef des ventes chargé de doper une équipe de commerciaux, un responsable marketing qui doit apprendre à répondre aux critiques des clients, une femme, cadre dans un organisme de logement social, qui doit régulièrement animer des réunions avec des élus locaux: tous ont besoin d'être en pleine possession de leurs moyens et de lustrer leur image. L'un après l'autre, ils se mettent en scène devant la caméra. «Pensez à regarder vos interlocuteurs dans les yeux», intervient l'animateur. Un cadre d'un groupe automobile fait mine de s'adresser à un aréopage de concessionnaires. Il bafouille, on reprend. «Prenez le point de vue de l'interlocuteur, retournez-le de façon positive, ne cherchez pas à le contredire, n'oubliez pas le sourire.» En réalité, les stagiaires subissent exactement le même traitement de la part de l'animateur: «Il ne s'agit pas de les démolir en leur disant qu'ils sont nuls, mais au contraire de leur montrer leurs points positifs.» Organisé par la société Dale Carnegie, le stage coûte entre 5 000 et 7 000 francs à l'entreprise. «On ne demande plus aux salariés d'être compétents, on les veut créatifs et innovants», souligne Didier Wayne, président de la branche française de Dale Carnegie, qui, pour des stages de un à douze jours, a accueilli en 2 000 les cadres de 200 entreprises. «L'estime de soi, ce n'est pas quelque chose d'acquis une fois pour toutes, expliquent François Lelord et Christophe André. Il faut la nourrir, sinon elle s'étiole. Il faut deux carburants: l'approbation de soi et celle des autres, autrement dit le sentiment d'être compétent et la réussite.» Jamais le culte de la performance, récemment décrit par Ehrenberg, n'a été si débridé. «Il faut séduire sur le plan personnel et se vendre auprès de son patron», observent les auteurs de L'Estime de soi. Catherine Bensaïd souligne à quel point cette pression sociale est devenue lourde: «Aujourd'hui, il faut être beau, jeune, avoir des enfants réussis, un couple harmonieux, des activités passionnantes, et un métier intéressant. Forcément, on n'y arrive pas. On se défend, comme aux Etats-Unis, en se vantant: "I am the best! " On se met en scène, artifices à l'appui. Pour survivre à cela, ne faut-il pas se réconcilier avec sa propre image?»

 

FAMILLE, SOCIÉTÉ… FINI LE SOCIOLOGISME

 

Mais les gourous du développement personnel sont plus ambitieux que cela. Il ne suffit pas de plaire. Il ne suffit pas de s'aimer non plus. Il faut conjuguer les deux objectifs. Et bosser dur. Commencez tout de suite. Regardez-vous dans la glace. Bon, d'accord, vous n'êtes pas parfait. Un peu inhibé. Tendance à prendre la tangente. Vous avez du mal à dire non. A dire oui aussi, accessoirement. Au boulot, c'est moyen. A la banque, c'est au rouge. En famille, ce n'est pas le Pérou non plus. Vous vous dites que vous avez des excuses: enfance malheureuse, chef caractériel, conjoncture économique inique.

STOP! Arrêtez tout. Avec le développement personnel, fini le sociologisme. Vous n'êtes pas le produit de votre passé ni de votre milieu. «L'important n'est pas ce que l'on a fait de moi, mais ce que je fais moi-même de ce qu'on a fait de moi», énonce Serge Ginger, praticien de la Gestalt-thérapie en France. Cette citation est tirée d'un remarquable petit ouvrage, le meilleur sur le sujet, dans lequel le philosophe Michel Lacroix analyse avec rigueur le phénomène du DP (Le Développement personnel, Flammarion) et son antisociologisme, selon lequel «il est donc vain d'instruire le procès de la famille ou de la société. La non-réalisation de soi ne dépend pas de l'environnement, mais du film qui se déroule dans la conscience». Michel Lacroix raconte une anecdote édifiante. Aux Etats-Unis, Anthony Robbins, l'un des maîtres de la programmation neurolinguistique (PNL) et du chamanisme, convia un clochard devant son auditoire, lors d'un séminaire de DP. Le pauvre homme raconta par quel enchaînement de malheurs il en était arrivé là. Robbins rétorqua: «Vous avez tiré des conclusions négatives de ce qui vous arrivait, mais il ne tenait qu'à vous d'interpréter la situation familiale d'une façon différente...» Verdict de Robbins, conclut Lacroix: ce clochard a choisi sa déchéance. Il est totalement responsable de son destin. Comme moi. Comme vous. Fondée sur la théorie du psychologue américain Abraham Maslow (voir l’article), l'idéologie du DP tranche net avec la victimologie dont les décennies passées étaient friandes. Délibérément optimiste, elle affirme que le manque d'estime de soi est non l'effet, mais la cause, de nos malheurs. «Vous avez toutes les cartes en main, martèlent ses gourous, à vous de jouer.» Il suffit de se déprogrammer. Abandonnez vos «croyances limitantes», ces raisonnements erronés qui vous font croire, par exemple, que vous êtes déprimé, timide, seul et effrayé. Et reprogrammez-vous avec des «pensées positives». Oui, vous avez des ressources intérieures. Il suffit de les mobiliser. Oui, vous pouvez mieux communiquer, être plus heureux et plus performant. Il suffit de développer votre potentiel - car vous avez un potentiel. Et grâce à ce potentiel, vous pouvez devenir le meilleur. La candeur de ces exhortations, qui rappellent la méthode Coué, peut faire sourire. Ou réfléchir. Car le but, aujourd'hui, ce n'est plus seulement le bonheur - l' «euphorie perpétuelle», dénoncée par Pascal Bruckner - et ce n'est pas non plus l'hédonisme qui panse le mal de vivre, ni la libération de l'ego qui casse les interdits. Au contraire, on s'adapte à la société. On la domine. Derrière le volontarisme têtu de cette philosophie se profile un idéal de maîtrise prométhéen, une exigence un peu faustienne - comme l'observe Michel Lacroix - dont on peut se demander à quelle angoisse elle répond. On a un outil à sa disposition: soi. Et, cet outil, il faut le modeler. Non pas pour être mieux, mais pour être plus, toujours plus. De là à devenir son propre dieu, il n'y a qu'un pas. Certes, il ne suffit pas de se doter d' «outils», de techniques, de clefs, de recettes pour devenir un surhomme. Mais sourd tout de même un petit espoir nietzschéen. «Deviens ce que tu es.» On n'est pas loin non plus de l'existentialisme. Mais Sartre aurait souri d'entendre déployer les armes du développement personnel. Objectif n°1: apprendre à piloter son cerveau, dont nous n'utilisons que 10% du potentiel, selon le DP. Michel Lacroix a recensé les différentes techniques, du training autogène à la programmation neurolinguistique. En bref, le jeu consiste à dynamiser la mémoire, selon la méthode Silva, par exemple, à se forger une personnalité en exploitant ses atouts hier ignorés, à dominer son corps, et à augmenter son pouvoir sur le monde extérieur: gérer son temps, accroître son leadership, mieux communiquer, élargir sa conscience. Quoi qu'il arrive, on s'intéressera davantage à vos succès qu'à vos échecs. Le monde n'est pas si effrayant, puisqu'il n'est que l'image qu'on s'en fait. Michel Lacroix, qui a longuement enquêté dans le milieu, raconte que les formateurs aiment bien lancer: «Le monde vous déplaît? Changez de concepts!»

 

L’AMOUR-PROPRE STENDHALIEN Cet optimisme séducteur et cette inflation du Moi ont de quoi agacer. Le chercheur Zaki Laïdi (Un monde privé de sens, Fayard) a ainsi dénoncé dans Libération l'illusion de «ce décentrement radical du ''nous" - collectif et universel - vers un "soi" narcissique et différencialiste». Mais les adeptes du DP balaient d'un revers de main l'accusation d'égoïsme: «Pour être bien avec les autres, il faut d'abord être bien avec soi.» Plus cyniquement, Stendhal aurait répliqué: «Il n'y a pas d'amour, il n'y a que de l'amour-propre.» A son tour, le sociologue Jean-Pierre Le Goff voudrait dynamiter Les Illusions du management et prône un «retour au bon sens». Il s'en prend aux directions des ressources humaines new-look, qui veulent non seulement évaluer le «savoir» et le «savoir-faire» des salariés, mais aussi leur «savoir-être» - «Ce ne sont pas seulement, dit-il, l'autonomie et la responsabilité, transformées paradoxalement en normes, qu'on prétend évaluer, mais le courage, la franchise, voire l'adhésion à l'entreprise...». Et de conclure que l'évitement des conflits est dangereux et que cette logique managériale «met à rude épreuve le psychisme de chacun».

 

« UN BOULEVARD POUR LES CHARLATANS » Michel Lacroix fait deux autres critiques, aussi graves, au mouvement du DP. N'importe qui peut s'annoncer thérapeute. «C'est un boulevard pour les charlatans et les sectes», qui, semblet-ils, ont tendance à infester cette mouvance. La théorie de la « Dianétique » distillée par l'Eglise de scientologie, qui veut transformer l'individu en Thêtan (être supérieur), a d'ailleurs beaucoup de points communs avec celles du DP. L'autre danger, dénoncé aussi par les psychanalystes classiques, menace les clients un peu trop fragiles qui, brusquement immergés dans des séances expéditives, sous haute tension émotionnelle - il faut créer du lien - risquent de craquer gravement. Mais le danger présenté par ce culte du développement personnel réside surtout dans le fossé entre les limites de ses recettes et la prétention de ses promesses. En misant sur le besoin actuel, réel, de responsabilité individuelle, les gourous du DP jouent sur du velours. En faisant miroiter des rêves illimités de toute-puissance, ils jouent avec les nerfs de leurs adeptes. Devenir le patron de sa petite entreprise Moi, c'est, selon l'expression du gourou du management Tom Peters, s'exposer à des vertiges angoissants. Mais chercher à s'aimer soimême, c'est aussi faire un pas vers la sagesse.

* Cet article a été publié dans le magazine hebdomadaire L’Express du 22/02/2001 sous le titre «Les nouvelles clefs de la confiance en soi» ; on peut le retrouver sur Internet à l’adresse URL suivante : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/les-nouvelles-clefs-de-la-confiance-en-soi_490640.htm

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27 avril 2015

pourquoi il ne faut pas lâcher prise.....

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Pourquoi il ne faut pas lâcher-prise

Le fameux lâcher-prise aaahhhh…

Acceptez votre vie, acceptez que vous ne pouvez pas tout contrôler, acceptez-vous, acceptez votre entourage, acceptez vos obstacles, acceptez, acceptez, ac-cep-tez…

Je vois déjà la horde de zombie en train de répéter ce mantra en boucle s’approcher de moi.

Tout le monde répète ce principe comme une vérité indétrônable autant naturelle que la viande d’une affiche publicitaire de Mcdo (en passant, saviez-vous que sur les affiches la viande est crue et recouverte de peinture brune ? La viande à l’air soi-disant plus succulente).

À chaque fois que je lis le terme lâcher-prise, j’entends contradiction. D’un côté on parle d’être meilleur, plus productif, plus empathique, de vivre la vie de nos rêves mais d’un autre, on parle du détachement matériel, de l’acceptation de notre sort, de se libérer du joug de la matière, etc.

Désolé du terme, mais c’est un gros bordel et quand je vois, lis et entends des avis concernant ce point, je ne vois que des touches supplémentaires à ce chaos.

Dans cet article, je vais être incisif et j’ai rangé mes pincettes dans le panier. Alors préparez vos casques les cocos, c’est parti !

Une dure vérité

Le moine zen, aimé de tous, au corps d’Apollon, milliardaire et qui n’en glande pas une, ça n’existe pas.

Et ouais, si vous voulez vous faire de la tune, c’est que la matière à un intérêt pour vous. Alors, impossible de pratiquer le lâcher-prise. A l’inverse, si vous voulez vous séparer de cet ego stupide qui veut toujours plus, alors vous devrez aussi vous détacher de l’argent. Notre ami Jésus l’avait compris, et c’est pour cela qu’il a clairement dit :

« Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. ».

Franchement, on a pas besoin de faire 3 doctorats en théologie pour comprendre ce qu’il dit. Et notre second ami Bouddha ainsi que de nombreuses sources religieuses et philosophiques sont (pour une fois) tous d’accord avec ce point.

Dans votre vie, vous allez devoir faire un choix. C’est encore une connerie marketing de croire que l’on peut faire partie des deux camps. Ce serait comme croire que l’on peut manger du Mcdo (oui, je m’attaque souvent au McDo…) 3 fois par jour et avoir un corps de rêve.

Attention, je ne dis pas qu’il y a une bonne et une mauvaise voie mais simplement deux voies antagonistes.

Le vrai lâcher-prise

Pas besoin de lire des livres ésoretico-scientifico-babacool pour vraiment comprendre le lâcher-prise. Je ne suis pas croyant mais si vous voulez un bon traité du lâcher-prise, lisez le nouveau testament ou encore l’histoire de Jacob.

Si vous n’êtes pas sensible à la symbolique chrétienne, vous pouvez encore vous tourner vers l’analyse de la vie de grands Sâdhu ou encore vous pencher sur la philosophie Zen.

Si vous êtes paresseux, je peux vous donner la vrai définition dans cet article. Mais tout d’abord, précisons ce que n’est PAS le lâcher-prise.

  • Le lâcher-prise ce n’est pas accepter de ne pas avoir la dernière Aston Martin
  • Le lâcher-prise ce n’est pas accepter qu’il y ait un peu de traffic aujourd’hui
  • Le lâcher-prise ce n’est pas accepter que son gosse ait eu une mauvaise note
  • Le lâcher-prise ce n’est pas accepter que l’on soit un peu trop gros
  • Le lâcher-prise ce n’est pas accepter que l’on soit un peu trop ridé
  • Le lâcher-prise ce n’est pas accepter de ne pas être millionnaire

On appelle cela de la résignation. On accepte certains points de notre vie qui nous frustrent et tentons de l’oublier. La plupart des gens qui prônent le lâcher-prise font simplement de la dissonance cognitive, c’est-à-dire qu’elles changent leur perception pour supporter la dure réalité.

« Je ne suis pas riche, mais je ne veux pas l’être. J’ai appris à lâcher-prise ! ». Et si maintenant tu gagnes au loto, tu ne vas pas l’accepter ? Ces personnes se sont simplement résignées à accepter leur situation… mon popotin qu’elles ont lâché-prise.

Alors qu’est-ce que vraiment le lâcher-prise ?

Eh bien, c’est abandonner notre volonté d’acquérir, de contrôler, de vouloir et d’avoir. En d’autres termes, c’est abandonné le désir même. Au-delà de ce petit enfant capricieux que nous sommes, se trouve le bonheur ultime de n’avoir besoin de rien, de simplement être. C’est une définition précaire de ce que l’on peut appeler l’illumination ou encore la sainteté chrétienne. L’un passe par une libération de la nature humaine, l’autre par soumission totale à une volonté supérieure. Bien que les chemins soient différents, le but semble être le même.

  • Le lâcher-prise c’est être détaché de tous ses biens matériels
  • Le lâcher-prise c’est être détaché de tous liens affectifs
  • Le lâcher-prise c’est être détaché de toute volonté égoïste
  • Le lâcher-prise c’est aimer la vie et toutes ses manifestations

En gros, le lâcher-prise c’est pas un truc de petits kékés. Alors si vous voulez vraiment lâcher-prise, bonne chance et on se verra pour votre canonisation (bon vous serez mort dans ce cas…).

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On peut voir les restes d’un adepte du lâcher-prise.

Si vous n’êtes pas prêt à faire les sacrifices que demandent les guides qui ont atteint cet état, alors passez votre chemin et ne perdez pas votre temps dans cette voie. Ce serait comme croire que l’on peut atteindre les mêmes résultats que Schwarzenegger mais en ne s’entraînement que 5 minutes par mois et en mangeant du McDo (oui encore…) tous les jours.

Ah oui, et un monsieur qui est millionaire n’est probablement pas le meilleur enseignant pour le lâcher-prise… même si son livre ou son séminaire de 20 000€ s’appelle « le lâcher-prise » :)

Le tenir-prise (en grognant comme un loup sauvage)

Je vais être honnête, le lâcher-prise, j’en suis incapable et j’en ai surtout pas envie.

  • Oui, je veux bien gagner ma vie.
  • Oui, je veux visiter le monde.
  • Oui, j’aime et je tiens énormément à mon entourage.
  • Oui, j’ai envie que les gens m’apprécient.
  • Oui, ça me fait ch*** de perdre à un jeu

Je n’ai pas envie d’être un Saint ni Sâdhu. Ce ne sont pas mes modèles bien que je les admire pour leur force et leur courage.

Je rejette cette vision car je la considère artificielle et contraire à la nature. Avez-vous déjà vu un cerf se mettre en position du lotus et accepter qu’un loup ferme sa gueule sur sa carotide ?

Personnellement, non.

Il s’enfuit, il cherche des cachettes, il court jusqu’à s’exploser les poumons pour survivre.

On voit ce phénomène partout dans la nature, chaque particule vivante lutte sans cesse pour survivre, grandir, évoluer, devenir plus forte et conquérir du territoire. Même l’univers est en constante expansion.

La nature c’est l’inverse du lâcher-prise, c’est le tenir-prise.

Mais qu’est-ce que le tenir prise ?

  • Le tenir-prise c’est se démener pour avoir ce que l’on désir
  • Le tenir-prise c’est trouver la solution optimale pour éviter le traffic
  • Le tenir-prise c’est trouver la manière de gagner sa vie le plus efficacement possible
  • Le tenir-prise c’est trouver sa passion et la vivre pleinement
  • Le tenir-prise c’est ne pas accepter l’échec comme une finalité
  • Le tenir-prise c’est se bouger les fesses si l’on a pas le corps que l’on veut
  • Le tenir-prise c’est tout faire pour que ceux que l’on aime soient heureux

Le tenir prise c’est avoir un but, un objectif, un idéal et de déclencher des actions massives pour avoir ce que l’on désir.

lâcher-prise

Vous l’imaginez lâcher-prise ?

« Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre…  » Je vais éviter de mettre la suite, ceux qui connaissent la citation sauront pourquoi. (Comment mélanger Matthieu et McDonald dans un article…)

Choisissez votre maître. Si vous voulez suivre le lâcher-prise alors abandonnez tout et suivez les préceptes de cette religion. Si vous ne voulez pas le faire mais plutôt gagner plein de tunes et qu’un Tim Ferriss, un Olivier Roland, un Steve Pavlina ou un Richard Branson vous font rêver, alors arrêter avec cette auto-hypocrisie et servez l’autre.

Bien sûr, d’un point de vue religieux, mon propos semble épouvantable, et il l’est. Dans mon exposé, je ne juge ni l’un ni l’autre et je me demande même si la Bible le fait réellement (mais je préfère rester en-dehors de tout débat théologique).

Ce que je veux dire, c’est que vous devez choisir une fois pour tout. Un pseudo-lâcher prise ne vous servira à rien dans votre vie, pire il vous nuira.

Le lâcher-prise face à l’impuissance

J’entends déjà la horde de zombie sortir les fourches (oui, ça existe, il suffit de jouer à resident evil 4…) et hurler de colère contre ma stupidité crasse (je suis dramatique aujourd’hui). Je n’ai donc rien compris ?

Le lâcher-prise concerne les événements où l’on a aucun pouvoir. Ces problèmes incontrôlables auxquelles personne ne peux rien y faire.

Bêtises ! (dis-je d’un revers de main)

Rien, absolument rien n’est incontrôlable.

Je sais que mon propos peut-être considéré comme extrêmement orgueilleux venant d’un petit occidental (pire, un suisse) n’ayant rien vécu de terrible dans sa vie. C’est pour cela, que je ne vais pas parler de ma vie mais de celle d’une autre personne que vous connaissez probablement.

Mère Teresa où l’antigone du lâcher-prise

Mère Teresa est une sainte, je devrais donc la mettre dans le panier du lâcher-prise non ?

Non.

A-t-elle accepté cette terrible mort dans la solitude que des milliers de personnes vivent chaque jour ?

Non.

A-t-elle accepté l’injustice de la misère ?

Non.

A-t-elle accepté qu’il était impossible de les aider et qu’elle ne serait qu’une goutte d’eau dans un océan de mercure ?

Je vous le donne en mille… Non.

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Je n’appelle pas ça du lâcher-prise.

Ce petit bout de courage incroyable n’a jamais abandonné l’affaire jusqu’à ses derniers jours. Elle  s’est battue pour rendre cette planète meilleure. Mère Teresa n’a rien accepté du tout !

Alors si elle a pu faire autant, je ne pense pas que nous ayons vraiment beaucoup d’excuses. Focalisons notre esprit sur ce que nous pouvons contrôler et nous nous rendrons compte de notre réel pouvoir.

Pour éviter le blasphème (quand même…)

Vous aurez compris ma réflexion.

Je ne vous dit pas de suivre Mamon ou Dieu (pour ceux qui connaissaient la suite de la citation). Cela est un choix qui reviendrait de la théologie, domaine que je veux pas toucher dû à mon manque de connaissance et à la sensibilité du sujet.

Je veux dire par là, qu’il est nécessaire d’avoir un objectif clair. Une fois élaboré, vous devez retirer tous les éléments susceptibles de vous freiner et de vous retenir. Un pseudo-lâcher-prise me semble plutôt être une bonne dose de paresse.

« J’accepte pour ne pas agir » Voilà le credo sincère de certains adeptes du lâcher-prise.

Un dernier mot

Quand vous lisez un livre, faites attention que celui-ci ne vous donne pas de bonnes excuses pour rester dans votre zone de confort. Si le contenu du livre ne vous dérange pas un minimum, c’est qu’il est probablement néfaste (je ne parle pas des romans bien sûr).

Beaucoup d’auteurs ont compris que la plupart des gens aiment qu’on leur disent et répètent que ce qu’ils font est juste, que le monde est ainsi et que s’ils sont médiocres et malheureux c’est soit de la malchance soit la volonté d’une force supérieure.

C’est tellement simple d’accepter et de ne rien faire. Rien n’est plus facile que de ne prendre aucun risque, de ne faire aucun effort et rester sur place en mode passif.

Si vous lisez ce blog, je pense que vous aimez être dérangé et cela me réjouit au plus haut point. Continuez de lire des textes qui vous remettent en question, éliminez vos mauvaises habitudes et construisez-vous un avenir radieux peu importe les efforts nécessaires.

Et vous, que pensez-vous du lâcher-prise ? Voulez-vous la vie d’un Sâdhu ou celle d’un Richard Branson ? Avez-vous déjà expérimenté ce genre de conflits de valeurs ?

 

 

blog a visiter il est excellent!!! 

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si tu ne me connais pas maintenant.........

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« Il y a un équilibre délicat entre honorer le passé et se perdre dedans. Par exemple, vous pouvez reconnaître et apprendre des erreurs que vous faites, puis vous recentrer sur le présent. Cela s’appelle vous pardonner. »

 

« Une fois que vous vous êtes identifié à une forme quelconque de négativité, vous ne voulez pas vous en départir et, à un niveau inconscient profond, vous ne désirez aucun changement positif, puisque cela menacerait votre identité de personne déprimée, en colère, ou traitée injustement. Par conséquent, vous ignorerez, nierez, ou saboterez ce qui est positif dans votre vie. C’est là un phénomène très commun. C’est également dément. »

 

"Dans la nuit, même une pensée est une rumeur;
même une émotion est une frustration;
et un souvenir devient assourdissant."

Miguelangelo da Pisa

 

Si vous renonciez l'un à l'autre, ce serait bien pire que de passer à côté de vos vies, ce serait perdre vos âmes.

- Marc Levy - (-La prochaine fois-)


"Et s’il faut te suivre jusqu’au gouffre, je te suivrai.
Tu n’es pas la passante, mais celle qui demeure. La notion d’éternité est liée à mon amour pour toi. Non, tu n’es pas la passante ni le pilote étrange qui guide l’aventurier à travers le dédale du désir. Tu m’as ouvert le pays même de la passion. Je me perds dans ta pensée plus sûrement que dans un désert. Tu n’es pas la passante, mais la perpétuelle amante."

Robert Desnos (-La liberté ou l’amour-)

 

 

Simply Red - If You Don't Know Me By Now

 

If You Don't Know Me By Now (Si Tu Ne Me Connais Pas Maintenant)

If you don't know me by now
Si tu ne me connais pas maintenant
You Will never never know me
Alors tu ne me connaîtras jamais

All the things that we've been throught
Toutes les choses que nous avons traversé
You should understand me like
Tu devrais me comprendre comme
I understand you
Je te comprends
Now girl I know the difference between
Maintenant jeune fille je sais la différence entre
Right and wrong
Le bien et le mal
I ain't gonna do nothing to break up
Je ne ferrais rien pour briser
Your happy home
Ton heureuse maison
Don't get so excited when I come
Ne soit pas si énervé quand j'arrive
Home a little late at night
Un peu en retard à la maison le soir
'Cos we only act like children when
Parce qu'on se comporte comme des enfants
We argue fuss and flight
Quand on se dispute à propos de tout et de rien

If you don't know me by now
Si tu ne me connais pas maintenant
You will never never never know me
Alors tu ne me connaîtras jamais

We've all got our funny moods
Nous avons tous eut nos drôles de saute d'humeur
I've got mine, woman you've got yours too
J'ai les miens, et tu as les tiens aussi
Just trust in me like I trust in you
Aie juste confiance en moi comme je te fais confiance
As long as we've been together it should
Plus longtemps nous somme ensemble
Be so easy to do
Plus ce devrait être facile à faire
Just get yourself together or we might as
Mais resaisis toi
Well say goodbye
Ou on peut aussi bien se dire au revoir
What good is a love affair when you can't
Qu'y a-t-il de bon dans les histoires d'amour
See eye to eye
Quand on ne peut pas se voir entre quatre yeux

If you don't know me by now
Si tu ne me connais pas maintenant
You will never never never know me.
Alors tu ne me connaîtras jamais

 

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24 avril 2015

a quoi sert la pleine conscience.....

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A quoi sert la pleine conscience?

Par Caroline Franc Desages 

La pleine conscience fait actuellement l'objet d'un véritable engouement, auprès des soignants et du grand public. 

 

La pleine conscience ne consiste pas à lutter contre les émotions négatives mais à les observer pour mieux les accepter.

 

Suivie pendant près d'un an par un thérapeute adepte de la "pleine conscience" Emilie a vu ses compulsions alimentaires "quasiment disparaitre": "Quand une survient, je la laisse venir, je la vis, je l'assume, conformément à ce que j'ai appris de la pleine conscience et je parviens à ne plus me laisser gagner par l'angoisse". Cathrine, quant à elle, diagnostiquée bipolaire après des années de "montagnes russes", trouve "un vrai réconfort" dans ces séances de méditation: "cela m'a énormément aidée, pour me remonter lorsque je suis "down" mais aussi me calmer quand je suis un peu trop "up"". Les témoignages comme ceux d'Emilie et Cathrine sont légion, tant la pleine conscience semble aujourd'hui se présenter comme une alternative aux thérapies traditionnelles dans la lutte contre les troubles de l'humeur ou autres maux contemporains.  

La pleine conscience, c'est quoi? 

Cette forme de méditation vient tout droit du bouddhisme, qui la considère comme "la troisième forme de sagesse". Pour résumer, elle consiste à focaliser pleinement son attention sur le moment présent et à analyser les sensations ressenties, en se servant notamment de l'observation de la respiration pour accéder au fameux état de "pleine conscience". Une technique importée aux Etats-Unis dans les années 1950 et dont le professeur de médecine Jon Kabat-Zinn, est aujourd'hui considéré comme le chef de file. Ce chercheur en biologie moléculaire tombé dans laméditation lorsqu'il était petit a en effet mis au point une méthode de diminution et de contrôle du stress grâce à la méditation de pleine conscience baptisée Mindfulness-Based Stress Reduction. 

Aujourd'hui plus de 200 instituts dédiés à la MBCT existent aux Etats-Unis et en France nombreux sont désormais les médecins à l'avoir adoptée, qu'il s'agisse de disciples du GROS (groupe de recherche sur l'obésité et le surpoids) comme les docteurs Zermatiet Apfeldorfer, qui l'utilisent dans la lutte contre les compulsions alimentaires ou le très médiatisé psychiatre Christophe André, qui forme depuis dix ans des soignants à l'hôpital Saint-Anne. 

Des effets qui peuvent être mesurés scientifiquement 

Autre ambassadeur, le rhumatologue Jean-Gérard Bloch: "Je pratiquais la méditation depuis fort longtemps et j'ai voulu en faire profiter mes patients, explique-t-il. Il s'agit entre autre simplement de développer dans la vie quotidienne nos capacités naturelles d'attention. Au travers de la méditation s'ouvre une possibilité d'aller explorer la nature de l'esprit, la nature du lien entre le corps et l'esprit, en étant soi-même le sujet qui explore et le sujet d'exploration." Les résultats lui semblent si probants qu'il crée en 2012 à l'attention des professionnels de santé un diplôme universitaire de médecine en méditation et neurosciences à Strasbourg.  

Et à ceux qui pourraient douter des effets concrets d'une telle pratique, Jean-Gérard Bloch répond que les progrès en imagerie médicale permettent aujourd'hui de les corroborer: "c'est intéressant de pouvoir observer via une IRM ce qui se passe dans le cerveau lorsqu'un patient est en pleine méditation. On peut voir très précisément des changements dans les zones gérant la douleur ou le stress". Lui même constate au quotidien des améliorations chez ses patients souffrant de douleurs chroniques: "l'objectif n'est pas forcément d'arrêter les médicaments, mais plutôt de mettre la souffrance à sa juste place. De comprendre qu'elle n'est pas obligée de tout envahir et que l'on peut trouver un espace pour d'autres sensations". 

Accepter les émotions négatives sans pour autant se résigner 

"Il ne s'agit pas de lutter contre des émotions négatives, qu'il s'agisse de compulsions alimentaires ou de pensées sombres, voire suicidaires, mais d'observer les pensées qui viennent nous tarauder, pour comprendre comment réagir face à elles", renchérit la psychiatre Christine Barois. "Une fois ces pensées ou pulsions identifiées, l'idée n'est pas de les combattre mais de les accepter", poursuit-elle, précisant que cette acceptation "n'est pas une résignation passive". "On choisit les combats que l'on peut et veut mener et l'on décide de faire avec certaines de nos émotions, même si celles-ci provoquent de l'inconfort. Parce que les émotions font partie de la vie". 

Une appli pour méditer

"De plus en plus d'applis smartphone proposent un accompagnement aux personnes intéressées par la méditation. "Respirelax", gratuite, est particulièrement bien faite", indique Christine Barois. 

"C'est un outil extraordinaire, mais pas un gadget", prévient-elle, précisant que seule une pratique régulière et assidue permet d'espérer de vraies améliorations. "Trente minutes par jour, c'est un bon rythme", suggère-t-elle. Quant au choix du thérapeute, passer par l'Association pour le développement de la mindfulness garantit d'avoir affaire à un professionnel sérieux. 

Qui dit mode dit aussi charlatans 

Attention en effet aux charlatans et programmes peu fiables qui commencent à pulluler, succès de la méthode oblige. "La pleine conscience est de plus en plus présentée comme un produit antistress prêt à consommer. C'est la rançon de la gloire et cela peut inquiéter", alerte à ce titre le psycho-praticien Alain Gourhant sur son blog "Il est indéniable que cet engouement a permis de mettre sur le devant de la scène les vertus de la méditation et c'est une bonne chose. Mais la pleine conscience doit s'inscrire dans un suivi global de la personne, elle n'exclue pas de s'intéresser à l'inconscient, ne se substitue pas à d'autres formes de thérapies et ne convient pas à tout le monde". 

Edith, suivie pour des troubles du comportement alimentaire n'a pour sa part pas été convaincue: "Je suis quelqu'un de très speed. Or la pleine conscience implique d'avoir envie de se poser, d'aimer se poser. Ca ne me ressemble pas une seconde. Et puis, je n'arrivais pas à voir ça autrement que comme une démarche nombriliste. La pleine conscience est aussi très "mode". On nous en colle partout. Et haro à qui ne serait pas en prise avec lui-même... Autant dire que me concernant, ça ne fonctionne pas, tout comme le yoga, le pilate et tout ce qui y ressemble. Moi j'aime l'action énormément, la réflexion (trop) mais pas l'introspection." 

"Il n'y a pas de formule magique pour se défaire de la dépression ou d'autres troubles du comportement", confirme Alain Gourhant recommandant à ceux qui se sentent intéressés par ces approches "de commencer par lire les grands maitres Zen, tels que Thich Nhat Hanh, "grâce auxquels on retrouvera l'essence de la pleine conscience et de la méditation


Pleine conscience

 

La pleine conscience (parfois également appelée attention justesamma-sati en palisamyak-smriti en sanskrit, ou présence attentive) est une expression dérivée de l’enseignement de Siddhartha Gautama et désignant la conscience vigilante de ses propres pensées, actions et motivations. Elle joue un rôle primordial dans le bouddhisme où il est affirmé que la pleine conscience est un facteur essentiel pour la libération (Bodhi ou éveil spirituel). Il s’agit du septième membre du noble sentier octuple.

Les principes de la pleine conscience

L’attention juste ou pleine conscience consiste à ramener son attention sur l'instant présent et à examiner les sensations qui se présentent à l'esprit, comment elles apparaissent, comment elles durent quelque temps, et comment elles disparaissent. Cette pratique permet de se rendre compte de façon directe si une sensation est quelquefois permanente ou bien toujours impermanente. Par la suite, le pratiquant va aussi examiner la matière (en particulier le corps), les perceptions, les habitudes mentales positives ou négatives, la conscience, comment toutes les choses apparaissent, comment elles durent et comment elles disparaissent. L'observateur reste neutre et silencieux (le « silence mental ») en examinant l'apparition et la disparition des sensations agréables, neutres ou désagréables, sans juger, sans chercher à retenir la sensation agréable ni à rejeter la sensation désagréable. L'observateur apprend à se détacher et se libère progressivement de la matière, de la sensation, de la perception, des conditionnements mentaux, de la conscience, et donc de duḥkha. S'il fait le choix d'abandonner dukkha, c'est parce qu'il a la conviction que ce phénomène est toujours à double manifestation, joie et tristesse, donc « pas de satisfaction durable ».

Cette pleine conscience n’est pas limitée à la pratique de la méditation, mais elle consiste simplement à observer les objets physiques et mentaux qui se présentent à l'esprit. Quand un objet disparaît, la pleine conscience ne cesse pas, elle est tournée par l'observateur vers un objet « par défaut » : le souffle ou la marche. Quand un nouvel objet apparaît à l'esprit, l'attention délaisse l'objet « par défaut » et s'applique à observer attentivement le nouvel objet selon les deux aspects de sa nature, comme vérité conventionnelle (sammuti sacca) et comme vérité ultime (paramattha sacca). L'attention sur le souffle (ānāpānasati) : inspire, petite pause, expire, petite pause, n'est pas une fin en soi mais elle soutient efficacement la vitalité de la pleine conscience.

Le Bouddha conseille d'observer la sensation intérieurement (dans le mental) et extérieurement (dans le corps). Par exemple, si l'observateur voit dans le mental : "chaud", il peut voir aussi dans le corps : dilatation des vaisseaux sanguins, transpiration, etc. Ensuite, si l'observateur voit dans le mental : "froid", il peut voir aussi dans le corps : contraction des vaisseaux sanguins, grelottement, etc. Cette étape est importante car le pratiquant apprend à voir de façon directe que le mental échange rapidement de nombreuses informations avec le corps par l'intermédiaire de l'inconscient. La pleine conscience expérimente le corps et l'esprit dans ses deux composants, conscient et inconscient, dans le but de tout nettoyer, de tout purifier.

La pleine conscience se situe au-delà de la première forme de sagesse : la dévotion, et au-delà de la deuxième forme : la logique de l'intellect. Elle est la troisième forme de sagesse, dite bhavana-maya panna, la vision directe de la réalité ultime en toute chose.

La pleine conscience en Occident

Bien que cette pratique soit issue du bouddhisme, elle a trouvé deux types d'application en thérapie cognitive :

  • la « réduction du stress à partir de la pleine conscience » (en anglais, Mindfulness-Based Stress Reduction ou MBSR) a été développée par Jon Kabat-Zinn. La méthode est proposée dans 200 hôpitaux américains2. Le principe a aussi été adopté par des écrivains, conférenciers ainsi que des psychologues dans le traitement du stress et de l’anxiété.
  • la thérapie basée sur la pleine conscience pour la dépression (en anglais, Mindfulness-Based Cognitive Therapy for Depression ou MBCTD) a été présentée comme un moyen de prévention des rechutes dépressives, rechutes dont la conséquence peut être le suicide. Elle n'est donc pas à proprement parler une thérapie de la dépression.

L'utilisation de la pleine conscience repose sur un « changement de postulat »5. Alors que les thérapies cognitives classiques avançaient qu'il fallait travailler sur les contenus des pensées négatives et les biais cognitifs, l'application de la MBCTD à la prévention des rechutes dépressives se base sur des résultats qui conduisent à penser que la vulnérabilité dépend avant tout de l'humeur plutôt que du contenu des pensées. L'humeur jouerait un rôle prépondérant en contribuant aux pensées dysfonctionnelles et à la rechute dépressive.

« Il s'est rarement produit au cours des recherches en psychologie clinique qu'une prédiction aussi forte soit rejetée de manière aussi tranchée. Des attitudes et croyances dysfonctionnelles n'étaient pas cause de rechute. »

La pratique de la pleine conscience est un exercice utilisé dans la psychothérapie comportementale dialectique, un traitement de Marsha Linehan pour les patients souffrant du trouble de la personnalité borderline.

Selon une étude de l'UCLA publié en juillet 2008, la pratique de la pleine conscience méditative diminuerait la progression du VIH/SIDA.

Mindfulness-Based Stress Reduction ou MBSR

La « réduction du stress à partir de la pleine conscience » (en anglais, Mindfulness-Based Stress Reduction ou MBSR) a été développée par Jon Kabat-Zinn en 1975. La méditation Mindfulness est une adaptation laïque de la méditation bouddhiste pleine conscience qui vise à combattre l’angoisse, le stress, la maladie et la douleur. Elle est aussi une technique de bien-être qui permet aux individus de vivre plus intensément le moment présent.

La méditation Pleine conscience est également au cœur d'une deuxième thérapie développée par Jon Kabat-Zinn :

  • la thérapie basée sur la pleine conscience pour la dépression (en anglais, Mindfulness-Based Cognitive Therapy for Depression ou MBCTD).

Une définition de la méditation

La méditation ne consiste pas à penser à rien mais plutôt à orienter son attention de manière systématique sur ses sensations, sur sa respiration ou tout autre phénomène psychologique tel que la douleur.

En se mettant à l'écoute de ses sensations, le méditant découvre la structure de ses habitudes. Les pensées ont un impact majeur sur vos émotions et vos décisions quotidiennes. La méditation Mindfulness met le pratiquant dans une prise de conscience directe de ses sensations au moment présent.

Pleine conscience, méditation et thérapie

La pleine conscience ou mindfulness est un état psychologique qui centre l'individu sur le moment présent. La méditation, par contre, est une technique pour atteindre cet état de pleine conscience le plus souvent possible. La thérapie cognitive MSBR est un programme d'exercices de méditations qui vise la réduction du stress et la disparition des états d'angoisse. Cependant, dans une perspective de psychologie positive, la méditation pleine conscience est une technique de bien-être voire de développement personnel.

La pratique recommandée est de deux périodes de vingt minutes de méditation chaque jour.

 

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23 avril 2015

le jediisme.......nouvelle religion?

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Jediisme

Le jediisme est un nouveau mouvement religieux non-théiste non-organisé basé sur les enseignements philosophiques et spirituels des Jedi, qui sont originellement des personnages imaginaires issus des médias Star Wars.

Les membres de ce mouvement, parfois appelés Jedi comme les personnages imaginaires dont ils s'inspirent mais dont ils reconnaissent généralement l'inexistence, affirment l'existence d'une entité métaphysique mystérieuse qu'ils appellent la Force et préconisent l'adhésion au Code Jedi. Certains y adhèrent de façon sérieuse, et d'autres de façon ironique, comme par exemple dans le cas du culte de la Licorne Rose Invisible ; de ce fait, il est difficile de déterminer l'ampleur réelle de ce mouvement. Selon différents recensements dans certains pays anglophones, plus de 500 000 personnes ont indiqué que leur religion était Jedi, dans ce qui a été appelé le phénomène Jedi de 2001. Il existe au moins trois « temples » Jedi (qui correspondent à des églises) enregistrés et organisés aux États-Unis et au Royaume-Uni.

Philosophie Jedi

Les Jedi interprètent et utilisent les enseignements philosophiques de Star Wars dans la vie de tous les jours. La philosophie du jediisme est un mélange deTaoisme, de Bouddhisme, et des travaux d'Alan Watts et Joseph Campbell. Le jediisme partage des idéaux avec de nombreuses religions ainsi que les aspects spirituels de certains arts martiaux. Malgré une grande diversité idéologique liée à l'abondance de ressources Star Wars, les Jedi partagent un ensemble de valeurs fondamentales essentielles à leur voie. La plupart des Jedi suivent un code de conduite similaire au code de la chevalerie, le Code Jedi. Cependant, parce qu'il n'y a pas de voie unique ou de livre saint dans le jediisme, il y a beaucoup de codes, tous plus ou moins basés sur la philosophie, codes et leçons de Star Wars.

La Force est ce dont tout provient, ce en quoi tout existe, et ce en quoi tout retourne. Beaucoup l'appellent un champ d'énergie et elle peut être comparée au qi ou au dieu cosmique du panthéisme. C'est l'énergie derrière l'existence de tout ce qui est connu ou non de l'Homme, et la pensée qui l'entoure est comparable à la théorie du tout en physique théorique et en philosophie. La Force ne demande ni prière ni adoration ou autres actions similaires présentes dans d'autres religions, cependant la plupart des Jedi pratiquent quelques formes de méditation.

La plupart des Jedi choisissent de se concentrer sur la Force à travers l'un des trois aspects spirituels les plus acceptés : La Force personnelle, La Force de vie, et la Force unificatrice.

Critique

À cause des origines de culture pop du jediisme et de l'utilisation du web pour organiser, partager et attirer les autres vers les communautés Jedi, les organisations Jedi ont tendance à attirer des individus assez insolites. Le site web thejediismway.org, l'un des plus gros forums Jedi en son temps, alerte ses visiteurs des sites web et individus « toxiques ».

La communauté Jedi semble incapable de garder, organiser et partager ses propres informations. La communauté semble constamment souffrir de drames et menaces juridiques causant la perte de sites et contributeurs importants.

Le jediisme est souvent rapporté sur Internet et dans les articles de presse de façon non-importante, fausse et généralement négative. La mauvaise presse du phénomène Jedi de 2001 et un reportage de la BBC ont contribué à la création des termes « jediism » (jediisme) et « jedi realism ».

Deux Jedi auto-proclamés portant des robes Jedi de Star Wars ainsi qu'une tierce personne s'étant déguisée en wookiee ont demandé que l'ONU change la journée internationale de la tolérance en la journée interstellaire de la tolérance. Ce type d'actions contribue à donner du jediisme en général une image excentrique, parfois de façon injuste.

La Church of Jediism, une société privée à responsabilité limitée (private limited company) établie à Holyhead au Royaume-Uni par Daniel Jones apparait régulièrement dans les médias dans des controverses avec Tesco (chaîne de supermarchés), Jobcentre (pôle emploi), combat avec jouets Star Wars sur plateau TV ainsi qu'une attaque par « Dark Vador », un homme en état d’ébriété vêtu d'un sac poubelle noir. D'autres organisations Jedi éprouvent régulièrement leur mépris pour cette entreprise.

 

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Phénomène du recensement Jedi en Angleterre et au Pays de Galles, en 2001.

Phénomène Jedi de 2001

Ce phénomène est un mouvement qui eut lieu à partir de 2001 dans divers pays anglophones et qui consista, pour les citoyens de ces pays, à indiquer sur leur formulaire de recensement que leur religion était « Jedi » ou « Jedi Knight » (chevalier Jedi), dit aussi Jediisme, en référence à l'ordre religieux de l'univers fictionnel de Star Wars.

La campagne fut organisée en faisant circuler des courriels prétendant que si assez de personnes écrivaient « Jedi », cette religion serait officiellement reconnue par le gouvernement. Les courriels demandaient parfois aux gens de dire que leur religion était « Jedi » « parce que vous aimez Star Wars » ou « juste pour ennuyer les gens ».

D'autres raisons ont été évoquées pour expliquer ce comportement, comme l'esprit frivole, l'envie de protester ou de se moquer du recensement ou de la religion, ou le désir d'affirmer ou de prétendre qu'on est un chevalier Jedi.

Tout ceci montre que le jediisme peut être également revendiqué comme religion de façon humoristique ou parodique, comme par exemple le pastafarisme et le culte de la Licorne Rose Invisible, et non uniquement de façon sérieuse (présupposant un respect des préceptes des Jedi), excentrique, commerciale, ou malveillante.

À ce jour, seuls les États-Unis ont reconnu ce mouvement comme un religion

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Australie

En Australie, plus de 70 000 personnes se sont déclarés membres de l'ordre Jedi lors du recensement de 2001. L'Australian Bureau of Statistics a publié un communiqué annonçant que toute réponse liée aux Jedi serait classée dans la catégorie « religion non définie », tout en rappelant que fausser la pertinence du recensement pouvait être coûteux pour la collectivité, car les données qui en résultent sont très utilisées.

Nouvelle-Zélande

En Nouvelle-Zélande, plus de 53 000 personnes furent listées comme étant Jedi équivalent à 1,5 % de la population, le plus grand score dans le monde, cette année-là. Considérée comme « Notée, mais non prise en compte », la religion Jedi aurait été la deuxième de Nouvelle-Zélande ; les résultats de ce recensement ayant été :

Lors du recensement de 2006, il y eut une forte baisse de « Jedi », avec seulement 20 000 personnes l'indiquant comme leur religion.

Canada

Au Canada, 20 000 Jedi furent comptés lors du recensement de 2001.

Royaume-Uni

En Angleterre et au Pays de Galles, 390 127 personnes (près de 0,8 % de la population) indiquèrent que Jedi était leur religion sur leur formulaire de recensement en 2001, faisant d'elle la quatrième religion indiquée. Les plus grands pourcentages venaient typiquement de villes avec une importante population étudiante. Les pourcentages des affiliations religieuses (sans compter les athées et ceux qui n'ont pas répondu) étaient :

Le jediisme n'est pas reconnu comme une religion officielle dans les pays où le mouvement a eu lieu, bien que le Royaume-Uni lui ait assigné son propre code pour le dépouillement des résultats du recensement. L'Office britannique des statistiques a indiqué que le fait que « Jedi » ait son propre code ne lui confère pas le statut de religion officielle ; cela veut simplement dire qu'il a été enregistré comme une réponse courante.

République tchèque

Bien que le phénomène ait débuté en 2001, le recensement de 2011 en République tchèque compte 15 070 chevaliers Jedi par rapport aux 1 083 899 catholiques et aux 707 649 croyants non pratiquants.

 

J’ai rencontré un vrai Jedi français et on a parlé de la Force  

ThéoBé

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 Le Jediisme est une religion nouvelle non-déiste qui se fonde sur la philosophie Jedi. Religions de geeks ? Juste pour rire ? Pas du tout.

C’est ce qu’on aurait pu penser suite à la vaste farce organisée en Angleterre en 2001. Des Jediïstes et des gens comme-vous-et-moi se sont mobilisés à l’occasion du grand recensement annuel, se passant le mot sur le web : à la question de la religion, répondez « Jedïisme ». Résultat ? La religion a fini quatrième  dans le classement des cultes du Royaume-Uni (devant la Scientologie). Alors, canular ou communauté parodique ?

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre lorsque j’ai contacté différentes organisations Jedi en Angleterre et aux Etats-Unis… Heureuse surprise, non seulement j’ai été renvoyé vers Alexandre Orion, un Jedi français du Temple of the Jedi Order, mais ce qu’il m’a dit est tout à fait passionnant – et inattendu. Rencontre.

Qu’est-ce que le Temple de l’Ordre Jedi ?

Le Temple de l’Ordre Jedi (soit le TotJO) est une église et une corporation au but non-lucratif matriculée dans l’État de Texas, aux États-Unis, depuis le 25 décembre 2005. Nous sommes habilité à ordonner notre clergé et à conférer des diplômes d’études en divinité. En somme, le TotJO est un ordre religieux. Cela dit, le Temple, ce sont les gens qui se réunissent par le biais de notre site web dans l’optique d’interagir aux niveaux intellectuel et spirituel sur une vaste gamme de sujets. Nous proposons un programme d’initiation à ceux qui le souhaitent, qui consiste en leçons sur le travail du mythologue Joseph Campbell, du philosophe Alan Watts. Nous les invitons à découvrir les idées de Fritjof Capraet de Krishnamurti. Ainsi,  nous demandons aux initiés d’explorer ce qu’ils pensent et leurs sentiments sur la doctrine et sur une pléthore d’autres matières, comme la religion comparative entre autres. En effet, notre religion surgit d’un syncrétisme tout particulier.

Quel rapport le Temple entretient-il avec la série de films Star Wars ?

Nous ne sommes pas des ‘fans de Star Wars’ qui fantasment sur des vaisseaux spatiaux et des sabres-lasers. Nous n’entretenons pas de rapport avec la Guerre des Étoiles, ni avec Lucasfilm, ni avec d’autres organismes du secteur cinématographique. En somme, nous ne sommes pas trop inspirés par les films en eux-mêmes mais nous en partageons l’inspiration (Campbell, Watts, Jung et al.) qui a conduit Lucas à les faire. Par exemple, il n’y a aucune mention de Star Wars, de ses personnages ou des événements fictifs, ni dans notre doctrine, ni dans les études du programme d’initiation. Nous n’en parlons que très rarement, à vrai dire. Une exception en est le Code. Le Code vient d’un roman ou peut-être même d’un jeu Star Wars, mais il exprime tout de même bien le dualisme dans le psychisme humain. Enfin, nous ne sommes pas très focalisés sur les Jedi fictifs.

Pouvez-vous m’expliquez en quoi consiste ce Code, ainsi que les grands principes de la religion Jedi ?

Il y en a deux versions :

Émotion, mais Paix.
Ignorance, mais Connaissance.
Passion, mais Sérénité .
Chaos, mais Harmonie.
Mort, mais la Force.

ou bien :

Il n’y a pas d’Émotion; il y a la Paix.
Il n’y a pas d’Ignorance; il y a la Connaissance.
Il n’y a pas de Passion; il y a la Sérénité.
Il n’y a pas de Chaos: il y a l’Harmonie.
Il n’y a pas de Mort ; il y a la Force.

En effet, ces deux versions signifie la même chose à la base – la dualité qui gouverne et nous conduit dans chaque aspect de la Vie. La première version l’illustre un peu plus clairement – on éprouve l’un et l’autre. Dans la deuxième, on trouve la négation de ce qui nous met à travers pour mettre l’accent sur le côté libérateur. De toute façon, on ne nie pas l’émotion, l’ignorance, la passion etc. mais on admet qu’il y a un équilibre à trouver.

Akkarin, membre du Temple of the Jedi Order. Il explique le Code Jedi.

Quels sont les grands principes ?

 

Pour parler des « grands principes », on ne peut reposer sur une doctrine quelconque. Le TotJO (on ne peut prétendre êtrereprésentants de tous les groupes se considérant ‘Jedi’) favorise plutôt l’orthopraxie (ndlr: employé ici au sens d’une diversité de pratique) au lieu d’une orthodoxie stricte. La doctrine, que nous révisons de temps en temps, n’est pas un canon à suivre à la lettre ; une telle pratique ferait de l’individu un assez mauvais Jedi. Quand on jette un œil critique sur la bonne plupart de religions traditionnelles, on découvre qu’une doctrine en béton n’engendre que de la hypocrisie et de la culpabilité de soi. On ne peut jamais être à la hauteur. Un Jedi est libre de déterminer ce qu’est droiture dans les circonstances dans lesquelles il se trouve.

Pourquoi retenir le concept de « Jedi », ainsi que certains costumes, si vous ne faites pas référence à la série de films ?

Bonne question …

Probablement parce que nous sommes, pour la plupart, d’une génération où les religions traditionnelles n’ont plus rien d’attirant. Qu’on appartenait à une famille croyante ou séculaire, on voit très souvent dans les présentations personnelles que, à un moment donné, il y a eu un rejet des valeurs religieuses, de croyances stériles et machinales. Or, un des objectifs de Lucas lorsqu’il a créé les films fut de réanimer la mythologie au noyau de toutes les religions. Dans un entretien avec Bill Moyers (journaliste américain), Georges Lucas a dit qu’il ne voulait pas « créer une nouvelle religion, mais expliquer d’une nouvelle manière les religions qu’ont toujours existé ».

Vous adoptez donc la démarche de Georges Lucas, sans vénérer Star Wars…

Effectivement, pour nous, Star Wars n’est jamais devenu canon. On ne croit pas en « La Guerre des étoiles » comme certains disent qu’ils croient en la Sainte Bible. En même temps, ce fut à partir de cela – la représentation des Jedi dans les films, inspirée de la mythologie de tout temps (cf. Joseph Campbell, Carl Jung) – que quelque chose nous a touché, a réveillé en nous le ‘héros’, guidé par un mystère, connecté à un fond puissant et indescriptible, voire indicible.

Entretien du Huffington Post avec John Henry Phelan, fondateur du Temple of the Jedi Order

Vous reprenez la structure pédagogique des Jedi : maitre/apprenti ?

Ce n’est pas parce qu’ils le font ainsi dans les films qu’on a adopté une structure apprenti/maître, mais plutôt parce que c’est tout simplement la pédagogie. C’est d’une part la relation classique ‘pupille/mentor’, mais aussi, si on le considère bien, n’importe quel étudiant sous la direction d’un directeur de mémoire, de thèse ou de stage bénéficie plus ou moins de cette relation. Chez nous, il y a seulement, dans les meilleurs de cas, un peu plus d’investissement personnel, et c’est aussi plus nettement un échange plutôt qu’un jeu de pouvoir autoritaire et sens unique. On n’insiste point sur l’obéissance, tant s’en faut …

 

Je vous conseille fortement une bonne lecture de « Le Héros aux mille et un visages » de Joseph Campbell, ou bien celle de « La Puissance du mythe » (la transcription des entretiens entre J. Campbell et Bill Moyers). On pourrait aussi trouver un bel indice sur les fondements du Jediïsme dans une lecture de Jung et la psychologie archétypale. Aussi y a-t-il dans notre répertoire de ressources « The Book » (je ne sais que ce livre fût traduit en français ou non) et d’autres ouvrages du philosophe Alan Watts. Du fait, on appuie bien plus sur ces œuvres que sur celles de Lucas. On tire notre inspiration du même enseignement que l’avait inspiré, mais au-delà de ça, rien.

Quel est l’objectif de la religion Jedi ? S’agit-il de convertir ou de répandre des principes, d’influencer le monde ? D’agir ?

Nous n’avons point d’objectif, sauf de vivre selon le mouvement de la Force – c’est à dire, ce qui est

Nous n’avons point d’objectif, sauf de vivre selon le mouvement de la Force – c’est à dire, ce qui est

 

. Quel est l’objectif d’autres religions ?

Non, on ne convertit personne ; nous ne sommes pas une secte. On est libre de suivre la voie (dans la mesure du possible) ou bien non, selon sa propre perception de ce qu’elle est. Le clergé de l’Ordre évite même de ‘prêcher’ la voie de la Force. Selon nos croyances, la voie de la Force ne peut être ni dite ni suivie. Elle n’est pas prescriptive et donc ne peut être inscrite dans une quelconque idéologie dogmatique.

En appuyant encore sur l’orthopraxie, bien évidemment c’est une façon d’agir. En même temps, ce n’est pas « agir pour agir ». Un/e Jedi se met au service de sa communauté, mais pas en criant de tous le toits que c’est « au nom de la Force ». Cela me paraît même ridicule. On ne dirait peut-être pas qu’on est Jedi. On ferait tout simplement ce que exige le service à accomplir sans trop de bruit.

Pensez-vous qu’une forme plus unifiée d’organisation peut apparaître ?

 

Illustration par Scott Erickson

Cela a été tenté à maintes reprises parmi des communautés Jedi, sans que ça n’aboutisse. Tout comme je vous ai dit auparavant, je ne peux répondre pour tous les groupes divers qui se déclarent ‘Jedi’, et même au sein du Temple de l’Ordre Jedi, il y a tout un éventail d’idées, de pensées et de convictions par rapport à l’organisation. Il est possible qu’un jour tout soit unifié sous un seul chapiteau mais je ne suis pas convaincu que ça soit une bonne chose.

Un conseil Jedi global aura quoi pour but ? De déterminer ce qu’est la voie de la Force ? De définir la Force ? De rendre une orthodoxie à la religion ? Tout ça ne pourra servir qu’à établir une autorité spirituelle et définir ce qu’est « Jedi » et ce que n’est pas « Jedi », et donc diviser encore entre « nous » et « eux ». Et c’est cela qui empêche, voire rendre impossible, une vraie expérience religieuse. Tout comme dans d’autres religions, c’est la théologie même qui bloque une expérience authentique du transcendant.

A défaut de « convention », existent-t-ils des rituels ?

Nous – le TotJO – faisons des cérémonies lors des adoubements au grade de ‘Chevalier’ et lors des ordinations au clergé. Pour raison de la légalité, cela reste uniforme au niveau textuel. Nous faisons des offices (en-ligne) où on livre un sermon, mais ce n’est que très peu ritualisé ; un ministre l’exécute d’une manière différente d’un autre. Certains commencent par une prière, d’autres par un bref temps de contemplation. Des sermons varient énormément aussi. Comme j’ai dit au-dessus, on ne peut ‘prêcher’ la Force.

 

Que pensez-vous des membres de la religion Jedi qui prétendent véritablement pratiquer la Force comme une force de télékinésie ? Cela peut-il constituer une dérive (vente d’objet, promesse de pouvoir magique…) ?

Je pense d’eux comme je penserais de qui que ce soit qui cherche à connaitre ça. Ils cherchent un pouvoir, une ‘preuve’ pourrait-on dire, que nous sommes plus que ce qu’on apparait. C’est normal d’une part, selon la psychologie humaine, mais d’autre part, je crois qu’ils font fausse route. La foi Jedi ne porte nullement une promesse de pouvoir surnaturel. La question que je leur poserais, c’est : « Et qu’est-ce que ça changera ? ». Si l’on pouvait faire léviter les objets alentours, n’aurait-on toujours pas des questions existentielles ? Que ce soit un véritable pouvoir/savoir ou bien un tour de passe-passe, si c’est pour extérioriser l’expérience vitale, ça reste très illusoire.

En somme, si l’on cherche à exhiber une maîtrise de la Force, on est toujours dans la recherche de quelque chose en quoi croire et pas dans la croyance.

Comment êtes-vous venu dans la religion Jedi et comment cela influe-t-il sur votre quotidien ?

Comme pour beaucoup d’autres, pour moi c’était une croyance en « quelque chose » qu’a survécu à la désillusion vis-à-vis du vide spirituel que j’éprouvais dans la religion de mes parents. Encore que je ne me sois jamais considéré athée, je ne croyais plus – me posant même la question si j’avais un jour vraiment cru en un Dieu comme Il est décrit dans le Christianisme. Toutefois, je ne cherchais pas quelque chose d’autre pour combler le vide.

 

Je lisais alors … comme beaucoup d’autres, dans le bouddhisme, l’occultisme etc etc… J’ai été attiré par le Taoïsme. Puis, j’ai découvert les œuvres d’Alan Watts, de Joseph Campbell, Carl Jung et de Krishnamurti entre autres. Cela a été à la fin des années 80, début des années 90. A partir de là, j’ai compris plus ou moins la source inconsciente de la mythologie, y compris la mythologie ‘moderne’ tel que ‘Star Wars’ et d’autres adaptations cinématographiques.

Bien sûr, la vie se déroulée avec tous ses aléas et j’ai perdu le fil plusieurs fois. J’ai connu des joies et des chagrins. Mais parmi tout ça,il y avait toujours ce « quelque chose » de fondamental qui subsistait.

Comment avez-vous fait connaissance de la religion Jedi ?

Par hasard. Quand j’ai trouvé le site du Temple of the Jedi Order (le Temple de l’Ordre Jedi), je ne cherchais pas à m’intégrer une religion. Voyant que les études proposer aux initiés consistaient en bonne partie Watts et Campbell, je m’y suis mis. Au fur et à mesure, je me trouvais de plus en plus attiré à participer dans cette communauté.

Au niveau de la vie quotidienne, les Enseignements, les Maximes et le Credo me servent comme un rappel seulement à ce que je crois ; ils ne me gouvernent pas. Comme le dit Krishnamurti :

« Il n’existe pas de guide, pas d’instructeur, pas d’autorité. Il n’y a que nous et nos rapports avec les autres et avec le monde. Il n’y a pas autre chose. Lorsque l’on s’en rend compte, on peut tomber dans un désespoir qui engendre du cynisme ou de l’amertume, ou, nous trouvant en présence du fait que nous et nul autre sommes responsables de nos pensées, de nos sentiments, et de nos actes, nous cessons de nous prendre en pitié. » (Se Libérer du connu, p. 5)

 

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22 avril 2015

tao: la voie du sens......

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Tao : la voie du bon sens

Privilégier l’être au paraître, écouter sa nature profonde, s’accorder à l’univers… L’enseignement de Lao Tseu n’a jamais été si moderne. Quelques principes simples pour vivre sereinement.

Pascale Senk

Tao… trois lettres pour dire l’axe central de l’univers, « d’où tout part et où tout revient ». Trois lettres pour une philosophie orientale qui va bien à notre époque. Certains d’entre nous la pratiquent peut-être sans le savoir, car cette doctrine ancestrale donne des clés pour vivre dans l’énergie, la prospérité et l’authentique. Moins connue que le bouddhisme, souvent confondue avec le zen, le tao nous indique « ce qui marche » pour favoriser la vie. « Il émousse ce qui tranche, démêle les nœuds, discerne dans la lumière, assemble ce qui, poussière, se disperse », écrivait son fondateur Lao Tseu. Le sinologue Cyrille Javary est plus direct : « Tao veut dire “voie”, mais on pourrait presque le traduire par “machin”, explique-t-il. Avec lui, les Chinois ont inventé le pragmatisme souriant. » Voici huit principes du tao. A utiliser sans modération.

Rechercher l’essence, fuir l’apparence

 « Celui qui ne perd pas sa racine peut durer », Lao Tseu

Les taoïstes ont recherché la véritable nature des choses, une démarche qui invite à aller au-delà des apparences. Ainsi, en plein mois de novembre, les Chinois voient déjà le printemps. Ils savent qu’il faut retourner la terre pour préparer les futures floraisons. Le tao privilégie l’être au paraître. « Un taoïste aujourd’hui recherche la simplicité en tout. Aux meubles alambiqués, il préfère la beauté d’un bois brut, explique Gérard Edde, auteur du Chemin du tao (La Table ronde). Aux vêtements synthétiques, la pureté du coton. »

Savoir que l’on est relié au monde et que les rythmes du monde sont en soi...

« Grand est le ciel, grande est la Terre, grand, l’être » « Tao Te King », 25

Le tao offre la vision d’un monde holistique, car il part de l’existence d’un flux d’énergie commun, le « ch’i », qui baigne aussi bien le soleil, les planètes que chaque être humain. « Tout homme, parce qu’il se sait en interaction avec toute chose vivante, se sent donc à sa place dans l’univers », explique Galya Ortega, spécialiste du massage taoïste. Cette conscience du ch’i est à la base de nombreuses techniques aujourd’hui très prisées : le feng shui, qui cherche à harmoniser le ch’i d’une habitation avec l’énergie des personnes qui y vivent, ou l’acupuncture, qui travaille sur les points énergétiques du corps afin d’accorder le « climat intérieur » de chaque individu avec la saison qui arrive, et prévenir ainsi les maladies.

En toute chose, reconnaître la danse du yin et du yang

« Le yin est ce qui a envie de devenir yang, et le yang, ce qui a envie de devenir yin », Cyrille Javary

Vivre le tao, c’est avoir conscience de ces deux énergies contraires, nées du vide primordial et qui se relaient sans cesse : le yang – qui correspond à la dureté, la masculinité, l’action, l’être, la lumière – succède au yin, qui incarne le féminin, la douceur, la passivité, les ténèbres, le non-être, la nuit. Dans toute situation, l’une de ces forces succédera à l’autre. Aussi, pour trouver l’harmonie, on recherchera sans cesse le point d’équilibre entre les deux. En cuisine, on élaborera des menus qui associent aliments yin (sucre, fruits, légumes verts, etc.) et yang (viande, œufs, fruits de mer, etc.). Dans la vie quotidienne, on alternera des temps de repos (yin) et d’action (yang), de retour à soi (yin) et d’extériorisation (yang). « Et le tao nous rappelle que se retirer, attitude très yin, peut aussi être une stratégie puissante, car c’est ce qui permet de restaurer l’énergie yang », affirme Cyrille Javary. Parfois donc, reculer, c’est progresser.

S’accorder aux cycles

« Les quatre saisons changent et se transforment continuellement l’une en l’autre. C’est ainsi qu’elles peuvent accomplir la durée du temps » « Yi King », hexagramme 32

Toute chose vivante est soumise à des cycles de destruction et de régénération. Les événements n’échappent pas à cette loi de la mutation : chaque aventure de la vie a ses propres temps d’action et d’immobilisation. La thérapeute américaine Diane Dreher, auteur de The Tao of Womanhood (Quill, New York) affirme que « la sagesse, c’est de savoir reconnaître la fin d’un cycle, de ne pas se battre contre l’incontournable et de savoir quand bouger ». Dans la journée, par exemple, à quelle heure nous sentons-nous au top de notre énergie ? A quel moment décline-t-elle ? Selon Diane Dreher, nous sommes plongés dans la confusion quand nous avons négligé de repérer à quel moment de son cycle en est telle ou telle relation affective ou situation professionnelle qui nous pose problème. Le tao peut alors se faire réconfortant puisqu’il nous chuchote à l’oreille : « Il n’y a qu’une chose qui ne change pas, c’est que tout change tout le temps. »

Résoudre les oppositions

« Sous la pluie, voir le soleil brillant. Dans les flammes, boire à la source fraîche », Anonyme

Pour nous cartésiens, qui pensons en termes de bien ou mal, noir ou blanc, le tao permet de délier les conflits cornéliens qui nous emprisonnent. « Le un se divise toujours en deux » : toute situation se déliera à un moment en une situation yin et une situation yang, rien dans la vie n’est univoque. Le tao nous propose donc de pratiquer la double vision. William Martin, auteur d’un bréviaire taoïste à l’usage des parents d’aujourd’hui (Parents’s Tao Te King - Marlowe and Company, New York), invite à prendre en compte cette dialectique des antagonismes dans l’éducation d’un enfant : « Si vous voulez que vos enfants soient généreux, vous devez d’abord les autoriser à être égoïstes. Si vous voulez qu’ils soient disciplinés, vous devez d’abord les laisser être spontanés. […] Une qualité ne peut être pleinement apprise sans la pleine compréhension de son opposé. »

 

S’asseoir et oublier

« Le sage rejette toute influence et demeure centré » « Tao Te King », 12

L’un des écrivains taoïstes les plus créatifs, Doctor Barefoot, se définit comme un « guerrier spirituel » (Guerrier urbain, manuel de survie spirituelle - J’ai lu). Individualiste, il méprise la politique car il sait que le travail intérieur prime sur tout et que pour agir en accord avec le tao, il faut d’abord être à l’écoute de sa nature profonde. « N’oubliez jamais : tout ce que vous voyez à la télévision, tout ce que vous lisez sur le Net, dans la presse ou dans les livres, tout ce que vous entendez à la radio, tout (y compris mon guide) est la pensée d’un autre. » Pour lui comme pour les ermites du VIe siècle avant J-C, la sagesse vient de l’intuition intérieure. Pour contacter celle-ci, une seule voie : entrer dans le silence intérieur et méditer. « C’est la “voie de l’eau”, explique Gérard Edde. On ne médite pas pour gagner plus de sagesse ou de sérénité mais, au contraire, on s’assoit pour perdre chaque jour quelque chose : une idée erronée, un mauvais comportement, une émotion conflictuelle… et ainsi rejoindre l’unité primordiale. »

Vivre l’acte sexuel comme un puissant échange énergétique

« Pendant l’amour, l’homme prend le yin qui lui manque et la femme, le yang dont elle a besoin », Gérard Edde

Aujourd’hui, le « tao sexuel » apparaît comme une invitation à l’extase perpétuelle. En réalité, si les ermites du VIe siècle avant J-C ont mis au point ces techniques sophistiquées d’union sexuelle – qu’ils pratiquaient avec des prostituées et suivant un calendrier très précis –, c’était avant tout pour purifier leur énergie vitale. Rien de romantique donc, dans cette pratique qui, comme le qi gong ou la méditation, a pour but essentiel de favoriser l’union avec le tao : « La maîtrise et la rigueur nécessaires aux amants étaient liées à leur manque de passion amoureuse », analyse Gérard Edde. L’acte sexuel est vécu comme un puissant moment d’échange énergétique, ayant à ce titre des répercussions sur toute la vie : « Lorsque votre énergie sexuelle circule librement dans tout le corps (et pas seulement dans les parties génitales), vous vous sentez plus élevé spirituellement et davantage connecté à vos impulsions », déclare Doctor Barefoot.

Apprendre à « nourrir la vie »

« Les hommes d’autrefois respiraient profondément jusqu’aux talons », Tchouang Tseu

Les premiers taoïstes, qui affirmaient leur désir d’atteindre l’immortalité, ont mis au point des centaines de techniques de régénération interne. Ces pratiques millénaires n’ont pas bougé d’un pouce. Vivre dans le tao, à notre époque, revient encore à prendre conscience de l’énergie vitale qui est en soi et à la faire fructifier grâce à ces techniques raffinées : taï-chi, qi gong (les « gymnastiques de santé »), massages taoïstes, médecine chinoise préventive, acupuncture, respiration énergétique, etc. Aujourd’hui, les cours permettant de s’initier fourmillent. Mais n’oublions pas le défi essentiel sur lequel elles ont été conçues : chacun doit savoir se régénérer, et devenir ainsi de plus en plus autonome. A chacun son tao, donc.

Confucius remis en question

Le taoïsme est un courant philosophique né dans le sud de la Chine au VIe siècle avant J-C. La doctrine de Confucius avait alors le monopole en matière de pensée. Concernant aussi bien les mœurs que la politique, cet ordre établi du « bien pensant » fut remis en question par Lao Tseu (Vieille Oreille longue). Ancien conseiller de la cour royale, celui-ci refusa de cautionner plus longtemps le pouvoir impérial qu’il jugeait décadent, quitta la société et entreprit un voyage au cours duquel il écrivit le “Tao Te King” (“Le Livre de la voie et de la vertu”). Ce texte fondateur déroulant les préceptes clés de la philosophie taoïste est un recueil de maximes, d’aphorismes et de dictons, divisé en quatre-vingt-un chapitres. Les deux autres pères du taoïsme sont Tchouang Tseu et Lie Yukou.

Témoignage : « Grâce au tao, je ne me sens jamais découragée »

Pascale,49ans 
« C’est dans un cours de médecine chinoise que j’ai entendu parler du tao pour la première fois. J’ai plongé dans cette philosophie de vie avec soulagement et plaisir. Elevée dans un pensionnat suisse catholique, je vivais dans la culpabilité. Le tao m’a appris le sens des responsabilités. Je sais grâce à lui que tout (les êtres, les situations, les lieux, etc.) est objet de mutation permanente.

Par exemple, si j’ai un problème, je n’oublie jamais que « le moins désagréable » succède toujours au « désagréable ». Aussi, je me décourage rarement. Et cela va aussi dans l’autre sens : une situation heureuse, elle non plus, ne dure pas. Le tao m’a également appris la force du “non-agir”. Il y a des moments où je suis en rétraction. Il vaut mieux pour moi ne pas bouger.

Avant j’étais impatiente. Aujourd’hui, j’attends que le cycle s’accomplisse. Enfin, j’ai découvert ce qui me ressource en profondeur et à tous les niveaux de mon être : la nature. Chaque matin, je vais dans mon jardin et ainsi, je me sens reliée à l’univers. Il ne m’en faut pas plus que ça. »

 

Tao

 

Tao est un terme de philosophie chinoise (en caractère chinois 道, dào signifiant « voie, chemin » ; prononciation en pinyin de mandarin : dào, en shanghaien: do; prononcé  ou  en japonais et do (도) encoréen).

Le tao est la « Mère du monde », le principe qui engendre tout ce qui existe, la force fondamentale qui coule en toutes choses de l’univers. C'est l’essence même de la réalité et par nature ineffable et indescriptible. Il est représenté par le taìjítú, symbole représentant l’unité au-delà du dualisme yin-yang soit respectivement l'entropie négative et positive. Le Tao a été édifié ou systématisé dans le texte Tao Tö Kingattribué à Lao Tseu.

Le tao peut être considéré comme la matrice préalable au sein de l'univers au passage du qi ou souffle originel, précédant la parité binaire du yin-yang. Il est au cœur des conceptions éthiques chinoises (le mot "daode", morale, en est issu), généralement considérées comme une pragmatique du juste milieu, ou du choix propice. La participation individuelle au tao se fait par le wuwei (« non-agir »).

Le tao est la notion maîtresse à l'œuvre dans le taoïsme, philosophie et voie spirituelle chinoise. Le confucianisme y fait référence aussi mais dans un sens souvent plus moral (on utilise parfois abusivement le terme Tao pour dénommer le livre de Lao Zi, le Dao De Jing ou Classique du Dao).

Il est souvent traduit par « le principe » et par extension, un grand nombre de pratiques et d'arts ou artisanats orientaux ont comme suffixe le mot dao, « l'art de » :cha dao, « l'art du thé », kongshoudao ou karaté-do, « l'art de la main vide », et ainsi de suite.

Lao Tseu disait : « Le Tao que l'on peut nommer n'est pas le Tao ». Le taoïsme est avec le confucianisme la forme de pensée la plus originale en Chine et dans certains pays d'Asie. Les concepts qui y sont reliés ont joué un rôle central dans le développement des sciences chinoises. Il met en évidence un choix de pensée non-discursif et non-analytique qui peut paraître obscur aux modes de pensées occidentaux plus cartésiens : exactement à l'opposé du point analytique idéal proposé par Bergson, qui conférerait au langage un angle objectif sur le réel.

 

Le mot

« De toutes les notions chinoises, l’idée de Tao est, non certes la plus obscure, mais celle dont l’histoire est la plus difficile à établir, tant est grande l’incertitude où l’on demeure sur la chronologie et la valeur des documents. »

Sens courant et Livre des odes

道 Dào est un mot de langue courante. Il signifie « route, voie, chemin ... » tout aussi bien que « dire, expliquer, ordre, règle, doctrine ... ». Ces deux sens se retrouvent déjà dans le shījīng (ou Livre des odes) « le classique des vers » (-1000~-500). Ce livre réputé le plus ancien a bien résisté aux copistes car ce ne sont que des poèmes. Autrement dit, si dès cette époque, le nom« voie » et le verbe « expliquer » correspondent au même caractère, il faut accepter les deux sens, en même temps, sans en choisir un dont se déduirait l'autre. Un matérialisme pourrait dire que le nom chemin devient doctrine par métaphore, un idéalismepourrait rappeler qu'à cette époque une route est un acte civilisateur, c'est certainement intéressant pour enrichir le sens, pourvu qu'une direction ne prime pas sur l'autre.

Le très attentif Marcel Granet a repéré un usage un peu particulier dans le poème 245, 生民, Sheng Min. Hòujì 后稷n, de jì « millet » est un enfant de naissance merveilleuse, qui résista à tous les périls où il fut exposé. Au paragraphe 5, le vers 1 donne du mal aux traducteurs, on y trouve le caractère 道 Dào, dans une phrase disant à peu près : sait « aider la nature » à pousser.

Étymologie

Pour approfondir un concept chinois, il est nécessaire d'en passer par l'analyse du caractère. Avec les récentes découvertes archéologiques, il est possible de tracer des généalogies plus sûres, d'éviter d'interpréter ce qui n'est par exemple, qu'une clé phonétique. Chaque époque est reconnaissable à un style graphique, surtout dû à une technique d'écriture. Pour la recherche de sens, on simplifiera les périodes ainsi :

Le caractère 道 dào est retrouvé sur des vases en bronze, ce qui suppose un sens religieux avant qu'il ne soit employé par les penseurs des cent écoles (-500~-220Royaumes combattants). Il n'en a pas encore été découvert de versions dans l'écriture oraculaire sur os, ce qui permet au moins de dire, que le tao n'est pas connu de toute éternité, et qu'il est attaché au sens religieux de ces vases.

Selon l'écriture actuelle, le caractère assemble deux clés, une sorte de pied, 辶 chuò, qui supporte comme un joyau orné, 首 shǒu. Les formes plus anciennes sont beaucoup plus variables, elles ne contredisent pas cette simplification, elles aident même à la préciser.


辶 chuò « mouvement », est une clé qui n'apparaît que très rarement seule. Elle se combine dans d'autres caractères, où elle apporte le sens à la fois de départ et d'arrêt. On se l'imagine dans zhú 逐 « poursuivre, chasser ». On y retrouve shǐ 豕, traduit désormais par « porc », mais dont le dessin sur os est un animal à quatre pattes. La chasse, des courses, des affûts, un mouvement concret, qui n'est pas le contraire du repos. Ce qui s'écrit maintenant chuò, unifié par le mouvement du pinceau et la typographie actuelle, a été un assemblage de : « le pas », chì, 彳, et « l'arrêt », zhǐ, 止. Les deux pieds symétriques paraissent très clairement dans de nombreuses versions anciennes du caractère dào. Le mouvement du Tao est déjà une alternance, une marche.


首 Shǒu, signifie « tête, chef ». Dans les inscriptions oraculaires, le caractère ressemble à une tête de singe, avec l'œil et les cheveux marqués. Sur les vases de bronze, il reste surtout des cheveux sur un œil, 目, . Dans le shījīng, le caractère signifie majoritairement tête, avec un occurrence traduisible par chef de clan, mais les mots pour rois ou empereurs sont différents. Des lectures chamaniques insistent sur cette tête de singe, ce n'est pas impossible, mais c'est encore hasardeux sans plus d'indices.


Une tête, des pieds, l'image semble bien organiser la distinction précédente : le « chemin » ou ce que tracent les pieds conduits par une tête, « dire, expliquer » : les pas qui mènent à une idée. Toutefois, des significations ne sont pas rassemblées, le vase de bronze, la tête de singe, le dieu de la végétation. Un dernier peut apparemment compliquer. Dans les arts martiaux chinois, en kung fu ou plus exactement en Wushu, un tao désigne un enchaînement de mouvements à valeur pédagogique, qui définissent un style. Cet usage est intéressant parce qu'il vient du sud de la Chine et de traditions orales indépendantes de la littérature.

Philosophie du Tao

"Sur la Voie [Dào], il n'y a aucune question à poser, aucune réponse à donner. Celui qui pose malgré cela des questions, pose des questions spécieuses, et celui qui répond quand même se place hors d'elle. Celui qui se place en dehors pour répondre à des questions spécieuses, celui-là ne verra pas l'univers qui est autour de lui, il ne connaîtra pas la grande Source qui est au dedans. (Tchouang-Tseu) L'interpénetration des contraires, des opposés semble naturelle, et amener le chemin, l'équilibre du vivant.

Sens religieux

Dans Remarques sur le Taoïsme ancien (1925), Marcel Granet donne la clé : le pas de Yu. Cette danse, encore pratiquée disait-il par les 道士 dàoshì « prêtres taoïstes », est aussi bien décrite dans le taoïsme des six dynasties (200~400) que pendant les Royaumes combattants (-500~-220). Peu importe le pas, cette pratique chamanique a pour but d'amener à l'extase, une sorte de danse de la pluie ayant aussi un pouvoir sur les esprits de la nature, et surtout des hommes. Au cœur du mythe politique, les héros fondateurs exécutent des danses, les souverains Zhou les imitent pour recevoir leur investiture.

La « voie » au Japon

Les arts martiaux chinois sont un moyen pour parvenir à cette unité entre les deux principes et avancer sur le tao. Par métonymie un tao est un enchaînement de mouvements, le chemin menant à la maîtrise de l’art et donc vers l'unité. En chinois, on appelle également lu ce type d'exercice (voir aussi le mot japonais kata).

Le terme tao peut aussi désigner la voie des mercenaires ou voie du guerrier, le wushutao, plus connu sous son nom japonais en Occident, bushido.

Au Japon, sur le même principe initial, c'est aussi la « voie » à suivre pour maîtriser un art qui mène vers l’unité. Le même idéogramme, le kanji (), est généralement utilisé en suffixe dans les noms d’arts martiaux japonais : karatedōaikidōkendōjūdōbudōiaidōkyūdō, etc., mais aussi le kadō « voie des fleurs », autre nom de l’ikebana, l’art de l’arrangement floral nippon, ou le shodō « voie de l’écriture », la calligraphie japonaise.

 

 http://taoteking.free.fr/

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09 avril 2015

le pouvoir de la vulnérabilité.......

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Il s'agit donc d'un TED de Brené Brown, une scientifique et écrivaine qui a étudié les relations humaines - notre capacité à éprouver de l'empathie, un sentiment d'appartenance, de l'amour. Dans un exposé émouvant et drôle donné à TEDxHouston, elle nous fait partager sa profonde réflexion issue de ses recherches, et qui l'a menée dans une quête personnelle vers la connaissance d'elle-même, comme de l'humanité.

Cette vidéo (tout en bas de l'article) est en anglais avec des sous-titres français, alors pour ceux et celles que cela pourrait décourager, je vous ai fait une retranscription écrite de l'intégralité de sa conférence.
Si vous préférez voir la vidéo, elle se trouve tout en bas de la page ^^

Brené Brown, Ted de Juin 2010 à Edinbourg :

"Alors je vais commencer par ceci :
il y a deux ans, l'organisatrice d'un évènement m'a téléphoné parce que je devais donner une conférence. Elle m'a appelé et m'a dit "j'ai vraiment du mal comment vous décrire sur notre petit prospectus."
Et je me suis dit : "et bien où est le problème ?"
Et elle m'a dit : "et bien, je vous ai déjà vu parler, et je vais vous désigner comme une chercheuse, je crois, mais j'ai peur que si je vous désigne comme chercheuse, personne ne vienne, parce que tout le monde pensera que vous êtes ennuyeuse et hors sujets." (Rires)
"Mais ce que j'ai aimé dans votre conférence, c'est que vous êtes une conteuse d'histoires. Alors je pense que ce que je vais faire, c'est juste dire que vous êtes une conteuse." 
Et bien sûr, mon côté universitaire, qui manque d'assurance, a dit "Vous allez dire que je suis quoi ??"
Et elle a dit : "Je vais dire que vous êtes une conteuse."
Moi : "et pourquoi pas la fée Carabosse ?" (Rires)
J'ai fait : "Laissez-moi réfléchir une seconde."
J'ai essayé de rassembler tout mon courage. Et j'ai pensé, je suis une conteuse d'histoires. Je suis une chercheuse en sciences humains. Je recueille des histoires, c'est ce que je fais. Et peux-être que les histoires ne sont rien d'autre que des données scientifiques avec une âme. Et peut-être que je ne suis rien d'autre qu'une conteuse. Alors j'ai dit : "vous savez quoi ? Pourquoi ne pas simplement dire que je suis une chercheuse-conteuse ?"
Et elle a fait : "ha ha, ça n'existe pas." (Rires)

Ainsi, je suis une chercheuse-conteuse, et je vais vous parler aujourd'hui - nous discutons de l'élargissement de nos conceptions - alors je veux vous parler et vous raconter quelques histoires sur une partie de mes recherches qui a fondamentalement élargi ma perception et a réellement, concrètement, changé ma façon de vivre, d'aimer, de travailler, et d'élever mes enfants.

Et voilà où mon histoire commence :
Quand j'étais une jeune chercheuse, une étudiante en doctorat, pendant ma première année j'ai eu un directeur de recherche qui nous a dit : 
"voilà le topo : ce qu'on ne peut pas mesurer n'existe pas."
Et j'ai pensé qu'il essayait de m'embobiner.
Et j'ai fait : "Vraiment ?" , et lui : "Absolument."
Il faut que vous sachiez que j'ai une licence d'assistance sociale, un master d'assistance sociale, et que je préparais une thèse d'assistance sociale, alors j'avais passé toute ma carrière universitaire entourée de gens qui croyaient en quelque sorte que la vie c'est le désordre, et qu'il faut l'aimer ainsi.
Alors que moi ça serait plutôt : la vie c'est le désordre, il faut la nettoyer, l'organiser, et bien la ranger dans des petites cases.
Alors quand je pense que j'ai trouvé ma voie, que j'ai engagé ma carrière sur un chemin qui m' amène vraiment dans l'aide sociale, on dit beaucoup qu'il faut plonger dans l'inconfort du travail. Et moi je suis plutôt : évacuer l'inconfort une bonne fois pour toutes, le dégager et n'obtenir que des 20 sur 20.
C'était ma devise.
C'est pourquoi j'étais très enthousiasmée par cette idée. Et que je me suis dit, tu sais quoi, c'est la carrière qu'il te faut, parce que je m'intéresse à des sujets compliqués, mais je veux pouvoir les rendre moins compliqués.
Je veux les comprendre. Je veux m'infiltrer dans ces questions, que je sais importantes, et les décoder pour tout le monde. 

J'ai donc commencé avec les les relations humaines.
Parce que, quand vous avez travaillé dans le social pendant 10 ans, vous réalisez que les relations humaines sont la raison de notre présence sur terre.
C'est ce qui donne un but et du sens à nos vies. Tout tourne autour de cela. Peu importe que vous en discutiez avec des gens qui travaillent dans le secteur de la justice sociale, ou bien de la santé mentale, ou de la maltraitance, ou de la négligence parentale, ils vous diront tous que les relations, la capacité d'entrer en relation, - sur le plan neurobiologique, nous sommes conçus ainsi - c'est la raison de notre présence sur terre.
J'ai donc pensé : je vais commencer par les relations humaines. 

Vous connaissez cette situation où vous avez un entretien d'évaluation avec votre patron, et elle vous parle de 37 choses que vous faites incroyablement bien, et puis d'une chose - une occasion de s'améliorer - (Rires)
Et tout ce que vous retenez, c'est cette "occasion de vous améliorer", pas vrai ?
Et bien, à première vue, c'est également la direction que mon travail a prise, parce que, quand j'ai interrogé les gens sur l'amour, ils m'ont parlé de chagrin.
Quand j'ai interrogé les gens sur le sentiment d'appartenance, ils m'ont raconté leurs plus atroces expériences où ils étaient exclus.
Et quand j'ai interrogé les gens sur les relations humaines, les histoires qu'ils m'ont racontées parlaient d'isolement.
Aussi, très rapidement - en fait après seulement six semaines de recherches - j'ai buté sur cette chose sans nom, qui détruisait totalement les relations d'une façon que je ne comprenais pas, et que je n'avais jamais vu.
J'ai donc pris un peu de recul sur ma recherche et je me suis dit, il faut que je comprenne ce dont il s'agit.
Et j'ai découvert qu'il s'agissait de la honte.

On peut vraiment comprendre la honte facilement si on la considère comme la peur de l'isolement. Il y a-t-il quelque chose chez moi qui ferait que, si d'autres le savaient ou le voyaient, je ne mériterais pas d'être en relation avec eux ?
Il y a une chose que je peux vous en dire : c'est universel ; on a tous ça.
Les seuls personnes qui n'éprouvent pas la honte sont celles qui sont incapables d'empathie ou de relations humaines.
Personne ne veut en parler, et moins on en parle, plus on la ressent.
Ce qui est à la base de cette honte, ce "je ne suis pas assez bien", qui est un sentiment que nous connaissons tous : "Je ne suis pas assez neutre, je ne suis pas assez mince, pas assez riche, pas assez beau, pas assez malin, pas assez reconnu dans mon travail…"
Ce qui est à la base de tout ça, c'est une atroce vulnérabilité, cette idée que, pour pouvoir entrer en relation avec les autres, nous devons nous montrer tels que nous sommes, vraiment tels que nous sommes. Et vous savez ce que je pense de la vulnérabilité. Je hais la vulnérabilité. J'ai donc pensé, voilà l'occasion que j'attendais de la faire battre en retraite avec ma règle.
Je vais m'y plonger, je vais démêler toute cette histoire, je vais y consacrer une année, je vais complètement déboulonner la honte, je vais comprendre comment fonctionne la vulnérabilité, et je vais être la plus forte.
J'étais donc prête, et j'étais vraiment enthousiaste.

Comme vous vous en doutez, ça ne s'est pas bien passé. (Rires)
Vous vous en doutez. Alors, je pourrais vous en dire long sur la honte, mais il me faudrait prendre le temps de parole de tous les autres.
Mais voilà ce que je peux vous dire, ce à quoi ça se résume - et c'est peut-être la chose la plus importante que j'ai jamais apprise pendant les dix années passées sur cette recherche.- 
Mon année s'est transformée en six années, des milliers de récits, des centaines de longs entretiens, de groupes de discussion. A un moment, les gens m'envoyaient des pages de journaux, ils m'envoyaient leurs histoires - des milliers d'éléments d'information en six ans.
Et j'ai commencé à comprendre. J'ai commencé à comprendre : voilà ce qu'est la honte, voilà comment ça marche. J'ai écrit un livre, j'ai publié une théorie, mais quelque chose n'allait pas… et ce que c'était, c'est que, si je prenais les gens que j'avais interviewés, et que je les divisais grossièrement en deux catégories : ceux qui croyaient vraiment en leur propre valeur - c'est à cela que ça se résume, croire en sa propre valeur - ils ont un fort sentiment d'amour et d'appartenance. Et ceux qui ont du mal avec ça, ceux qui se demandent tout le temps si ils sont assez bien. Il n'y avait qu'une variable qui différenciait ceux qui ont un fort sentiment d'amour et d'appartenance de ceux qui ont vraiment du mal avec ça. Et c'était que ceux qui ont un fort sentiment d'amour et d'appartenance pensent qu'ils méritent l'amour et l'appartenance. C'est tout.
Ils pensent qu'ils le méritent. 
Et pour moi, la chose qui nous prive de relations humaines est notre peur de ne pas mériter ces relations, c'était quelque chose que, sur le plan personnel comme professionnel, j'ai eu l'impression que j'avais besoin de mieux comprendre. Alors ce que j'ai fait, c'est que j'ai pris toutes les interviews dans lesquelles je pouvais voir des gens qui croyaient mériter, qui vivaient ainsi, et je les ai simplement examinés attentivement. 
Qu'ont en commun tous ces gens ? Je suis un peu accro aux fournitures de bureau, mais c'est une autre histoire. J'avais une chemise cartonnée, et j'avais un marqueur, et j'ai fait, comment vais-je intituler cette recherche ?
Et les premiers mots qui me sont venus à l'esprit ont été "sans réserve". Ce sont des gens sans réserves, qui vivent avec ce sentiment profond de leur valeur.
Alors je l'ai inscrit sur la couverture de la chemise, et j'ai commencé à examiner les données. En réalité, j'ai commencé par le faire pendant quatre jours par une analyse des données extrêmement intensive, où je suis revenue en arrière, j'ai ressorti ces interviews, ressorti les récits, ressorti les incidents. Quel est le thème ? Quel est le motif ?
Mon mari a quitté la ville avec les enfants parce que je rentre à chaque fois dans ce délire à la Jackson Pollock, où je ne fais qu'écrire, et où je suis en mode chercheuse. 

Et voici ce que j'ai trouvé :
Ce qu'ils avaient en commun, c'était un sens du courage. Là je veux prendre une minute pou vous expliquer la distinction entre le courage et la bravoure. 
Le courage, la définition originelle du courage, lorsque ce mot est apparu dans la langue anglaise - il vient du latin "cor", qui signifie "coeur" - et sa définition originelle était : raconter qui nous sommes de tout notre coeur.
Ainsi ces gens avaient, très simplement, le courage d'être imparfaits. Ils avaient la compassion nécessaire pour être gentils, tout d'abord avec eux-mêmes, puis avec les autres, car, à ce qu'il semble, nous ne pouvons pas faire preuve de compassion envers les autres si nous sommes incapables d'être gentils envers nous-mêmes.
Et pour finir, ils étaient en relation avec les autres, et - c'était ça le noyau dur - de par leur authenticité, ils étaient disposés à abandonner l'idée qu'ils se faisaient de ce qu'ils auraient dû être, de façon à être qui ils étaient, ce qui est impératif absolu pour entrer en relation avec les autres. 

L'autre chose qu'ils avaient en commun était ceci :
Ils adoptaient complètement la vulnérabilité. Ils pensaient que ce qui les rendait vulnérable les rendait également beaux. Ils ne prétendaient pas que la vulnérabilité était confortable, ni qu'elle était atroce - comme je l'avais entendu auparavant dans les entretiens sur la honte. Ils disaient juste qu'elle était nécessaire. Ils parlaient de la volonté de dire "Je t'aime" le premier, la volonté de faire quelque chose quand il n'y a aucune garantie de réussite, la volonté de ne pas retenir son souffle en attendant le coup de fil du médecin après une mammographie. Ils étaient prêts à s'investir dans une relation qui pourrait marcher, ou pas. Ils pensaient que c'était essentiel. 

Pour ma part, je l'ai ressenti comme une trahison. Je ne pouvais pas croire que j'avais prêté serment d'allégeance à la recherche. Le principe même de la recherche est de contrôler et de prévoir, d'étudier un phénomène dans le but explicite de le contrôler et de le prévoir. Et là, ma mission de contrôler et de prévoir aboutissait au résultat que la meilleure façon de vivre est d'accepter sa vulnérabilité, et d'arrêter de contrôler et de prévoir. 
Ca m'a conduit à une petite dépression. (Rires) J'ai appelé ça une dépression, ma psychothérapeute appelle ça un éveil spirituel. (Rires) Un éveil spirituel, ça sonne mieux qu'une dépression, mais je vous assure que c'était bien une dépression. J'ai dû ranger mes données et chercher un psychothérapeute. 
Laissez-moi vous dire quelque chose : vous découvrez vraiment qui vous êtes quand vous appelez vos amis pour leur dire : "Je crois que j'ai besoin de voir un psy. Tu aurais quelqu'un à me recommander ?"
Parce que à peu près cinq de mes amis ont fait : "Wow.. je n'aimerais pas être ton psychothérapeute." (Rires)
Et moi : "Comment ça ?"
Et eux : "Moi ce que j'en dis, tu sais. N'apporte pas ta règle."
Et moi : "Ok…"

J'ai donc trouvé une psychothérapeute. Mon premier rendez-vous avec elle, Diana - J'ai apporté ma liste sur la façon dont les "sans réserve" vivent, et je me suis assise. 
Et elle m'a dit : "Comment allez-vous ?"
Et j'ai dit : "Je suis en pleine forme. Ca va bien."
Elle a dit : "Qu'est-ce qui se passe ?"
C'était une psychothérapeute qui consultait elle-même des psychothérapeutes; On devrait aller chez ce genre là de psychothérapeute, parce que leur détecteur de conneries est très au point. (Rires)
Alors j'ai dit : "Voilà, j'ai un problème."
Et elle a dit : "Quel est le problème ?"
Et j'ai dit : "Et bien, j'ai un problème de vulnérabilité. Et je sais que la vulnérabilité est au coeur de la honte et de la peur et de notre problème d'estime de soi, mais il semble que ce soit aussi la source de la joie, de la créativité, du sentiment d'appartenance, de l'amour. Et je pense que j'ai un problème et j'ai besoin d'aide."
Et j'ai dit : "Mais voilà, pas d'histoires de famille, pas de ces conneries sur l'enfance. J'ai seulement besoin d'une stratégie." (Rires) (Applaudissements)
Alors elle a fait comme ça. (hochements de tête)
Et moi j'ai dit : "C'est mauvais, n'est-ce pas?"
Et elle a dit : "Ce n'est ni mauvais ni bon. C'est juste ce que c'est."
Et je me suis dit : "Oh mon Dieu, on va se faire chier !" (Rires)
Et ça a été le cas, et en même temps non. Et ça m'a pris près d'un an. 
Vous savez comment certaines personnes, quand elles réalisent que la vulnérabilité et la tendresse sont importantes, lâchent prise et y vont à fond. 
Premièrement, ça n'est pas mon style, et deuxièmement, je ne fréquente même pas ce genre de personnes. (Rires) Pour moi, ça a été une lutte d'une année. Ca a été une tuerie. La vulnérabilité gagnait du terrain, je le regagnais à nouveau. J'ai perdu la bataille, mais j'y ai sans doute récupéré ma vie. 

Et je suis donc retourné à mes recherches et j'ai passé les deux années suivantes à essayer de vraiment comprendre ce que eux, les sans réserve, faisaient comme choix, et ce que nous, nous faisons de la vulnérabilité. Pourquoi est-ce un tel problème ? Est-ce que je suis la seule pour qui c'est un problème ? Non.
Voici donc ce que j'ai appris. 
Nous anesthésions la vulnérabilité - quand nous attendons le coup de fil. 
C'est drôle, j'ai envoyé quelque chose sur Twitter et Facebook qui demandait : "Comment définiriez-vous la vulnérabilité ? Qu'est-ce qui vous rend vulnérable ?" Et en une heure et demie, j'avais 150 réponses. Parce que je voulais savoir ce qui se cache derrière tout ça. Devoir demander de l'aide à mon mari, parce que je suis malade, et on vient juste de se marier ; prendre l'initiative sur le plan sexuel avec mon mari ; prendre l'initiative avec ma femme ; être rejetée ; inviter quelqu'un à sortir ; attendre que le docteur rappelle ; être virée ; virer des gens - voici le monde dans lequel nous vivons. Nous vivons dans un monde vulnérable. Et l'une des façons dont nous traitons ce problème, c'est d'anesthésier la vulnérabilité. 
Et je pense qu'il y a des preuves de cela - ça n'en est pas la seule raison, mais je pense que c'en est une grande - nous sommes la plus endettée, obèse, accro aux drogues et aux médicaments, de toutes les assemblées d'adultes de l'histoire des Etats-Unis. 
Le problème - et c'est ce que j'ai appris de mes recherches - c'est qu'on ne peut pas anesthésier ses émotions de façon sélective. On ne peut pas dire : "Là, c'est ce qui est mauvais. Voilà la vulnérabilité, voilà le chagrin, voilà la honte, voilà la peur, voilà la déception, je ne veux pas ressentir ces émotions. Je vais plutôt prendre quelques bières et un muffin à la banane.
(Rires)
Je ne veux pas ressentir ces émotions. Et je sais que ça, c'est un rire entendu. Je gagne ma vie en infiltrant les vôtres. (Rires) 
Vous ne pouvez pas anesthésier ces sentiments pénibles sans anesthésier en même temps les affects, nos émotions. Vous ne pouvez pas anesthésier de façon sélective. Alors quand nous les anesthésions, nous anesthésions aussi la joie, nous anesthésions la gratitude, nous anesthésions le bonheur. Et nous nous retrouvons malheureux, et nous cherchons un but et un sens à nos vies, et nous nous sentons vulnérables, alors nous prenons quelques bières et un muffin à la banane. Et ça devient un cercle vicieux. 
Une des choses auxquelles je pense que nous devrions réfléchir, est le pourquoi et le comment de cette anesthésie. Ca ne peut pas être que de l'accoutumance. 

L'autre chose que nous faisons est de rendre certain tout ce qui est incertain. La religion est passée d'une croyance en la foi et les mystères, à une certitude. J'ai raison, tu as tort. Ferme-la. Point final. C'est certain. 
Plus nous sommes effrayé, plus nous sommes vulnérables et plus nous sommes effrayés encore. Voilà à quoi ressemble la politique de nos jours. Il n'y a plus de discours désormais. Il n'y a plus de débat. Il n'y a que la recherche d'un coupable à blâmer. 
Vous savez comment je décris cela dans mes recherches ? 
Une façon de se décharger de la douleur et de l'inconfort. 

Nous perfectionnons tout.
Si il y a quelqu'un qui voudrait que sa vie soit parfaite, c'est bien moi, mais ça ne marche pas.
Parce que ce que nous faisons, c'est de prendre de la graisse de derrières et de la mettre dans nos joues. (Rires)
Ce qui, je l'espère, dans une centaine d'années, fera dire aux gens qui nous étudierons : "Wow…" (Rires)
Et le plus dangereux, c'est que nous perfectionnons nos enfants. 
Laissez moi vous expliquer comment nous pensons de nos enfants.
Ils sont conçus dès le départ pour avoir des problèmes. Et quand vous tenez ces petits êtres parfaits dans vos mains, votre devoir n'est pas de dire : "Regardez-le, il est parfait. Ma tâche est de le garder parfait - m'assurer qu'il intègre l'équipe de tennis dès le CM2, et l'Université de Yale avant la 5ème."
Ca n'est pas ça, notre devoir.
Notre devoir, c'est de le regarder, et de lui dire : 
"Tu sais quoi ? Tu n'es pas parfait, et tu es conçu pour avoir des problèmes, mais tu mérites de recevoir de l'amour et d'être parmi nous."
Ca, c'est notre devoir. 
Donnez-moi une génération de gosses élevés comme ça, et on réglera les problèmes que nous connaissons aujourd'hui, je pense. 

Nous aimons croire que nos actions n'ont pas de conséquences sur les autres. Nous faisons ça dans notre vie personnelle, nous faisons cela dans les entreprises - que ce soit d'un renflouement, une fuite de pétrole, une convocation - nous nous comportons comme si nos actions n'avaient pas un énorme impact sur les autres. 
J'ai envie de dire aux entreprises : "Nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, les gars. On a seulement besoin que vous soyez authentiques et vrais, et que vous nous disiez : "nous sommes désolés. On va régler ça" "

Mais il y a une autre voie, et je vais finir là-dessus. 
Voici ce que j'ai découvert : c'est d'accepter de se montrer, de se montrer vraiment, de se montrer vulnérable ; d'aimer de tout notre coeur, même si il n'y a aucune certitude - et ça, c'est vraiment dur, et je peux vous le dire en tant que parent, c'est atrocement difficile - 
De s'exercer à la gratitude et à la joie dans ces moments de terreur, où nous nous nous demandons : "Suis-je capable de t'aimer à ce point ? Suis-je capable de croire en cela avec autant de passion ? Suis-je capable d'être aussi fervent ?"
Juste pouvoir s'arrêter, au lieu de s'imaginer les catastrophes qui risquent d'arriver, de dire : "Je suis simplement reconnaissant, parce que me sentir si vulnérable signifie que je suis vivant."

Et pour finir, ce qui je pense est le plus important, c'est de croire que nous sommes bien comme nous sommes.
Parce que je pense que quand on écoute la petite voix qui nous dit : "Je suis bien comme je suis", alors nous arrêtons de hurler, et nous commençons à écouter, nous devenons plus gentils et plus doux avec notre entourage, et nous sommes plus gentils et plus doux avec nous-mêmes.

C'est tout ce que j'ai. Merci.

 

http://www.ted.com/talks/brene_brown_on_vulnerability

 

 

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01 avril 2015

l'intuition......

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Personnes intuitives: 10 choses qu’elles font différemment des autres

 

The Huffington Post | Par Carolyn Gregoire

 

Il est difficile de spécifier l’intuition, malgré le rôle primordial qu’elle joue dans la vie de tous les jours. Steve Jobs disait que l’intuition est « plus puissante que l’intellect. » Mais quelque soit la façon dont on la définit, nous savons tous, intuitivement, ce que c’est.

On a tous déjà plus ou moins eu une intuition – ce raisonnement inconscient qui nous pousse à agir sans qu’on sache pourquoi ou comment. Mais la nature de l’intuition nous échappe depuis très longtemps, et a inspiré des siècles de recherche et de questionnements dans les domaines de la philosophie et de la psychologie.

« Je définis l’intuition comme le fait de savoir quelque chose sans avoir aucune idée de pourquoi on le sait, » a ditSophy Burnham, auteure de The Art of Intuition. « C’est différent de la pensée, c’est différent de la logique ou de l’analyse… C’est savoir sans savoir.

La science cognitive commence à élucider la présence forte mais parfois inexplicable du raisonnement inconscient dans nos vies et nos pensées. Souvent considérée comme non scientifique à cause de ses connexions avec le psychique et le paranormal, l’intuition n’est pourtant pas qu’un pouvoir surnaturel pour amateurs de science-fiction. L’armée américaine mène des recherches sur le pouvoir de l’intuition, qui ont aidé les troupes à prendre des décisions rapides au combat et à sauver des vies.

« Il y a de plus en plus de preuves, combinées avec de nombreuses recherches, suggérant que l’intuition définit la manière dont nous les humains interagissons avec notre environnement et comment, au final, nous prenons la plupart de nos décisions, » a dit Ivy Estabrooke, gestionnaire au Bureau de recherche navale américaine, au New York Times en 2012.

Voici 10 choses que les personnes intuitives font différemment.

Elles écoutent leur voix intérieure.

 

« Il est très facile d’ignorer l’intuition, déclare Sophy Burnham. Mais c’est un vrai don qui ne peut pas être ignoré. »

La première chose qui distingue les personnes intuitives est leur capacité à écouter, plutôt que d’ignorer, les conseils de leurs intuitions et de leurs sentiments.

« Tout le monde est connecté à son intuition, mais certaines personnes ne pensent pas qu’il s’agit d’intuition, indique Sophy Burnham. Je n’ai encore jamais rencontré de businessman à succès qui ne m’ait pas dit: « Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça, j’ai eu un pressentiment.’ »

Pour prendre les meilleures décisions, il nous faut de l’équilibre dans l’intuition — qui sert à combler le fossé entre l’instinct et la raison — et la pensée rationnelle, selon Francis Cholle, auteur du livre The Intuitive Compass.

« Il n’est pas nécessaire de rejeter la logique scientifique pour bénéficier de l’instinct, indique Francis Cholle. Nous pouvons honorer et nous servir de tous ces outils, et nous pouvons chercher l’équilibre. Et en cherchant cet équilibre nous finirons par mettre toutes les ressources de notre cerveau en action. »

Elles aiment prendre du temps pour rester seules.

 

Si vous voulez vous rapprocher de votre intuition, prendre un peu de temps pour soi est sûrement le meilleur moyen. Tout comme la solitude peut aider à mettre en avant la pensée créative, elle peut aussi nous aider à nous connecter à notre sagesse la plus profonde.

Les personnes intuitives sont souvent introverties, d’après Sophy Burnham. Mais que vous soyez une personne introvertie ou non, prendre du temps en solitaire peut vous aider àentrer dans une pensée plus profonde et vous reconnecter avec vous-même.

« Il faut prendre un peu de temps en solitaire; un peu de silence, » dit-elle. « Au milieu de la folie ambiante … on ne peut reconnaître [l’intuition] au-dessus de tout le bruit de la vie quotidienne. »

Elles créent.

« C’est quand elle marche intuitivement que la créativité fait son meilleur travail, » écrit l’auteur et chercheuse Carla Woolf.

De fait, les personnes créatives ont beaucoup d’intuition, explique Sophy Burnham, et de la même façon que l’on accroît la créativité avec la pratique, on peut augmenter l’intuition. Pratiquer peut d’ailleurs aider à construire l’autre.

Elles pratiquent la pleine conscience.

La pratiques de pleine conscience peuvent être d’excellentes façons d’exploiter l’intuition. Comme l’explique l’institut Search Inside Yourself (« Cherchez à l’intérieur de vous »): « La pleine conscience peut aider à se débarrasser du bavardage mental, à mesurer ses options objectivement, se brancher à son intuition et finalement prendre une décision que l’on peut totalement supporter. »

La pleine conscience peut également nous lier à notre intuition en améliorant la connaissance de soi.Une étude de 2013 publiée dans la revue Perspectives on Psychological Science a montré que la pleine conscience — définie comme « le fait de prêter attention à l’expérience présente sans aucun préjugé » — peut nous aider à mieux comprendre notre personnalité. Et comme le note Arianna Huffington dansThrive, l’intuition augmentée, la compassion, la créativité et la paix sont toutes d’excellents effets secondaires de la méditation.

Elles observent tout.

« La première chose à faire est de remarquer les choses — tenir un petit journal, et noter lorsque des choses étranges ont lieu, » explique Sophy Burnham. Vous réaliserez à quel point les coïncidences, les connexions surprenantes et les intuitions précises ont souvent lieu dans la vie de tous les jours — en d’autres mots, vous commencerez à tirer partie de votre intuition.

Elles écoutent leurs corps.

Les personnes intuitives apprennent à écouter leur corps.

Si vous avez déjà eu mal à l’estomac à un moment où vous saviez que quelque chose n’allait pas mais ne pouviez pas mettre le doigt dessus, alors vous comprenez que les intuitions peuvent provoquer des sensations physiques sur le corps.Si nous ressentons les choses dans nos tripes, c’est pour une raison — les recherches démontrent que l’émotion et l’intuition proviennent du « deuxième cerveau » situé dans les intestins.    

 

  Elles ont une profonde connexion avec les autres.

Lire dans les pensées appartient pour beaucoup au domaine de la fantaisie et de la pseudo-science, mais c’est une activité à laquelle nous nous adonnons tous les jours. On appelle cela la précision empathique, terme de psychologiefaisant référence à « l’habilité en apparence magique d’identifier le terrain mental d’un individu par ses mots, ses émotions et son langage corporel, » d’après Psychology Today.

« Quand on voit une araignée grimper le long de la jambe de quelqu’un d’autre, on a une sensation désagréable, » écrit Marcia Reynolds dans Psychology Today. « De façon similaire, quand on voit quelqu’un essayer d’établir un rapprochement avec un ami et se faire rejeter, notre cerveau enregistre la sensation de rejet. Quand on voit son équipe gagner ou un couple échanger un baiser à la télévision, on ressent leurs émotions comme si l’on y était. Les émotions sociales comme la culpabilité, la honte, la fierté, l’embarras, le dégoût et le désir peuvent toutes être ressenties en regardant les autres. »

Se connecter à ses émotions et passer du temps à observer et écouter les autres face à face peut aider à augmenter le pouvoir de l’empathie, indique Marcia Reynolds.

 

Elles prêtent attention à leurs rêves.

 

Sophy Burnham recommande d’être attentif à ses rêves pour se rapprocher du processus de pensée inconscient de l’esprit. Les rêves et l’intuition proviennent de l’inconscient, il est donc recommandé d’exploiter cette partie de l’esprit en prêtant attention à ses rêves.

« La nuit, lorsque l’on dort, on reçoit de l’information de la partie inconsciente ou intuitive du cerveau, indique Sophy Burnham. En étant connecté à ses rêves, on peut recevoir de nombreuses informations sur la manière adéquate de vivre sa vie. »

Elles aiment être souvent au calme.

 

Selon Arianna Huffington, nous avons un sentiment d’intuition constant envers les personnes qui font partie de nos vies — à un niveau profond, nous distinguons les bonnes personnes des « flatteurs et hypocrites » — mais nous ne sommes pas assez éveillés à nos intuitions pour reconnaître la différence en nous. Le problème, c’est simplement que nous sommes trop occupés.

« Nous recevons des mises en garde constantes de notre cœur et notre intuition lorsqu’elles se présentent, » écrit-elle dans Thrive. « Mais nous sommes souvent trop occupés pour nous en rendre compte. »

Elles font en sorte de se débarrasser de leurs émotions négatives.

Les émotions fortes –particulièrement les émotions négatives — peuvent obscurcir nos intuitions. Nous nous sentons perturbés ou « pas nous-mêmes » lorsque nous sommes contrariés, et c’est peut-être parce que nous sommes déconnectés de notre intuition.

« Quand on est déprimé, on a peut-être l’impression que nos intuitions sont fausses , » déclare Sophy Burnham. « Quand on est en colère ou dans un état fortement émotionnel … l’intuition [peut] nous tromper complètement. »

Ce n’est pas une constatation anodine: une étude de 2013 publiée dans la revuePsychological Science a montré qu’être d’humeur positive augmentait la capacité à avoir des jugements intuitifs dans un jeu de lettres.

Il ne s’agit pas de dire que les personnes intuitives ne s’énervent jamais — mais l’intuition fonctionnera mieux si l’on est en mesure d’accepter et de se débarrasser des émotions négatives, au lieu de les réprimer et de s’empêcher d’y penser.

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31 mars 2015

la psychogénéalogie, thérapeutique déviante.....

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la psychogénéalogie, thérapeuthique déviante....

 LA PSYCHOGENEALOGIE

La hantise de nos arbres généalogiques

Géraldine Fabre

Docteur en Sciences, Membre de l’Observatoire Zététique

 

Extrait des actes du colloque national :« Science, pseudo-sciences et thérapeutiques déviantes »

Approche pratique et éthique (in Découvertes sur les sectes et religions n°72 –GEMPPI)

   Organisé par le GEMPPI en Partenariat avec le CEREM

Qui s’est déroulé le Samedi 21 octobre 2006 à l’Espace Ethique Méditerranéen,  Hôpital adultes de La Timone. 264, rue St Pierre 13005 Marseille  -  (www.medethique.com)

 

La psychogénéalogie peut être définie comme une méthode de psychanalyse qui consiste à rechercher dans le vécu de nos ancêtres les sources de nos comportements, de nos éventuels troubles psychologiques ou maladies. L’engouement actuel pour la généalogie contribue au développement de cette discipline qui lui devient presque indissociable. La théorie qui sous-tend cette thérapie, est issue des observations qu’Anne Ancelin Schützenberger, psychothérapeute, groupe-analyste et psychodramatiste, a réalisées au cours de sa carrière.


S’il est évident que l’éducation reçue de nos parents, les enseignements transmis par nos grands-parents, les relations avec les membres de notre famille nous influencent tout au long de notre vie, les interprétations de la psychogénéalogie, découvrant les fantômes qui « hanteraient » nos arbres généalogiques,  vont bien au-delà de ces évidences et peuvent parfois s’avérer dangereuses.

 
La psychogénéalogie en quelques mots

La théorie de la psychogénéalogie est basée sur différents concepts de psychanalyse, dont les principaux sont  l’inconscient collectif,  les loyautés familiales invisibles et les notions de crypte et defantômes.


Pour le psychanalyste Carl Gustav Jung, l’inconscient collectif se manifeste sous forme d’archétypes, c’est-à-dire d’images anciennes, que l’on retrouve dans les mythes et légendes, et qui seraient communes à toute l'humanité. Cette idée, qui sous-entend une certaine hérédité, a été reprise par Jacob Lévi Moreno qui, la développant, a postulée l’existence d’un co-inconscient familial ou groupal, vecteur de la transmission transgénérationnelle dans une même famille.


Le concept de loyauté familiale invisible a été développé par le psychanalyste Ivan Boszormenyi-Nagy. Pour lui, il y aurait dans chaque famille des règles de loyauté et un système de comptabilité inconscients qui fixent la place et le rôle de chaque membre et ses obligations familiales. Dans cette perspective, Anne Ancelin Schützenberger affirme que l’acquittement des dettes familiales est très souvent transgénérationnel : « Ce que nous avons reçu de nos parents, nous le rendons à nos enfants. »<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> Ces règles de loyauté sont dites invisibles car pour les psychogénéalogistes, elles sont inconscientes. Le choix d’une profession, l’échec inconscient à un concours, le développement d’une maladie, etc. sont souvent interprétées en psychogénéalogie comme des loyautés familiales, nous maintenant en servitude.


Pour expliquer le comportement parfois incompréhensibles de certains de leurs patients, agissant de manière irrationnelle et contraire à leur volonté, Nicolas Abraham et Maria Török inventèrent les notions de crypte et de fantômes. Selon eux, un secret, un non-dit peuvent être enfermés dans unecrypte de l’inconscient familial. Ce secret peut par la suite en surgir et influencer le comportement des descendants de la famille. Un fantôme serait donc une formation de l’inconscient, né du secret inavouable d’un autre membre de la famille et qui se serait transmis d’un inconscient à l’autre à travers les générations.


Comme on le voit dans cette brève présentation, la psychogénéalogie postule l’existence d’un inconscient familial, vecteur de la transmission entre les générations, l’existence de règles de loyautés propres à chaque famille et la capacité pour un secret, un événement passé traumatisant de resurgir après plusieurs générations et d’influencer le comportement des descendants de la famille.

L’utilisation de la psychogénéalogie

Le diagnostic d’une maladie transgénérationnelle est établi par le psychogénéalogiste à partir d’un génosociogramme. Outil de base de la psychogénéalogie, c’est un arbre généalogique constitué par le patient, complété des éléments de vie importants (professions, lieux d’habitation, contexte socio-économique, etc.) et des dates d'événements marquants (naissances, mariages, décès, accidents, licenciement, maladie, etc.). Ce n’est donc pas un document objectif. Il ne se limite d’ailleurs pas à la filiation directe ; le patient peut y ajouter toutes les personnes de sa famille ayant un rôle important à ses yeux (oncles, tantes, neveux, cousins, etc.).


Dans cette représentation graphique, le psychogénéalogiste recherche les répétitions, de dates, de prénoms, de maladies, de professions, etc. et essaie ensuite de les interpréter. Pour leur donner un sens, certains psychogénéalogistes utilisent lalangue des oiseaux, « traduction » basée sur de simples procédés homophoniques. Le choix des prénoms d’un enfant est souvent considéré comme révélateur d’une transmission familiale plus ou moins consciente. Ainsi, Gisèle signifierait « gis-en-elle », René = « re-naît », Dorothée serait « dort ôté », en souvenir d’un enfant mort, Sylvie = « S’il vit », Vivien = « Vie vient », témoignant de la volonté familiale de rappeler l’absent. Ces interprétations symboliques ou purement intuitives ne sont basées que sur de simples analogies et ne sont étayées par aucune preuve scientifique. Affirmations gratuites, elles sont également invérifiables.


En recherchant dans l’histoire de la famille de ses patients, Anne Ancelin Schützenberger releva des répétitions de structure ou d’âge : le cancer de ses patients s’était en effet parfois déclenché  à la date anniversaire ou à l’âge auquel leur mère, leur grand-père, leur grand-tante étaient précédemment morts d’un cancer ou d’un accident. Ces répétitions ou synchronies constituent ce qu’elle appelle lesyndrome d’anniversaire.


En psychogénéalogie, ces coïncidences ont un sens et révèlent une loyauté familiale invisible. Selon l’exemple donné par Anne Ancelin Schützenberger, si Charles souffre d’un cancer des testicules, c’est par loyauté inconsciente envers son grand-père qui est mort, au même âge, d’un coup de pied de chameau porté à cet endroit.


Les psychogénéalogistes avancent des probabilités très faibles d’observer ces correspondances. Bien que les recherches statistiques sur les transmissions transgénérationnelles soient quasi inexistantes, mathématiquement, il est facile de démontrer que ces coïncidences peuvent tout aussi bien être hasardeuses : les probabilités de correspondance sont en effet bien supérieures à ce que les psychogénéalogistes affirment.


Sur le même principe, Salomon Sellam a défini le syndrome du gisant. Ce trouble transgénérationnel serait dû à la hantise d’un ancêtre. L’identification de ce syndrome passe par une correspondance de dates révélée par l’arbre généalogique. Chaque personne est caractérisée par trois dates : date de conception, date de naissance et point G correspondant à la date de naissance à laquelle on ajoute 9 mois. Chaque ancêtre est également caractérisé par trois dates : sa date de conception, sa date de naissance et sa date de décès. Le psychogénéalogiste diagnostiquera un syndrome du gisant si deux de ces dates coïncident. Salomon Sellam affirme que la probabilités d’observer de telles correspondances est très faible (1 une sur 365 soit 0,2%) et elle le convainc que ces coïncidences ne sont pas dues au hasard. En réalité, la probabilité de trouver une telle correspondance dans un arbre comportant 4 ancêtres est déjà de 71% ; elle monte à 95 % avec 10 ancêtres… Nous sommes donc tous potentiellement hantés par un de nos ancêtres.


Pourquoi est-ce convaincant ?

Aux premiers abords, les théories et les interprétations de la psychogénéalogie peuvent sembler très convaincantes.


Les dates utilisées sont perçues comme des données objectives et les arbres généalogiques tiennent donc lieu de démonstrations « scientifiques ». Sur les génosociogrammes, les correspondances sont facilement visualisables. Même si elles ne sont dues qu’au hasard, il est difficile de s’en rendre compte tant l’évaluation de probabilités est contre-intuitive et prend souvent notre bon sens en défaut. De plus, les psychogénéalogistes insistent sur le caractère extraordinaire de ces coïncidences. Refusant ainsi qu’elles ne soient dues qu’au hasard, ils déduisent de ces observations une intentionnalité inconsciente.


Leurs interprétations péremptoires peuvent également sembler logiques et cohérentes. Elles sont facilement compréhensibles, basées la plupart du temps sur des analogies (langue des oiseaux). Mais elles sont surtout invérifiables et irréfutables et il faut les admettre pour pourvoir « guérir ».


Les psychogénéalogistes observent des répétitions de structures, des coïncidences de dates et déduisent de ces corrélations des causalités. C’est une erreur de raisonnement que nous commettons tous au quotidien. Mais, constater une corrélation temporelle entre deux événements, une coïncidence de dates entre deux personnes est-ce suffisant pour affirmer qu’un des événements a impliqué l’autre, que ces deux personnes sont liées ? Non. Constater que Charles et son grand-père ont tous les deux été atteints, au même âge, aux testicules ne permet pas d’affirmer que Charles développe un cancer à cause du coup de pied du chameau reçu par son grand-père.


Est-ce que ça « marche » ?

Les psychogénéalogistes prétendent que la mise en lumière d’une loyauté familiale invisible suffit à permettre au patient de sortir du schéma de répétition et donc à le « guérir » de sa maladie transgénérationnelle. Ils revendiquent donc de nombreuses « guérisons ».


Cet argument d’efficacité est souvent avancé pour valider la théorie qui sous-tend une thérapeutique mais il constitue une faute de logique, appelé aussi le sophisme du pragmatisme. En effet, il ne suffit pas que Charles ait guéri de son cancer pour prouver que celui-ci était dû au coup de pied de chameau reçu par son grand-père.


Les nombreuses « guérisons » avancées comme preuves de l’existence de ces transmissions transgénérationnelles ne constituent en réalité qu’une collection d’arbres et de témoignages. Ils peuvent de plus résulter d’un tri sélectif des données, seuls les résultats probants étant mis en avant. Sans autre preuve, les théories de la psychogénéalogie ne sont que des hypothèses restant à confirmer. Un exemple ne démontre rien. Une observation peut mettre en évidence un phénomène, (synchronie, syndrome du gisant), mais son interprétation par une mémoire transgénérationnelle inconsciente n'est qu'une hypothèse que cette simple observation ne suffit à prouver.


Pourquoi est ce que ça marche ?

La principale qualité d’un psychogénéalogiste est certainement l’écoute attentive qu’il se doit d’accorder à ses patients. En effet, les patients doivent confier à leur thérapeute leur histoire et celle de leurs familles. Le contexte de la maladie, du trouble psychologique qui les ont amenés à consulter est donc pris en compte. Aucun détail n’est oublié puisque tout a un sens.


Mais ce qui contribue au succès de la psychogénéalogie est sans aucun doute les réponses qu’elle prétend apporter. Les interprétations des psychogénéalogistes répondent à une véritable quête de sens de la part de leurs patients. Frappé par la maladie, ils ont en effet besoin de comprendrepourquoi : pourquoi est-ce que cette maladie les touche ? Pourquoi cela leur arrive-t-il maintenant ? Aucun médecin n’est capable de répondre à ces interrogations alors que la psychogénéalogie donne des explications en apparence cohérentes et rationnelles, mais surtout invérifiables et probablement libératrices. 


Enfin, en rejetant la faute de la maladie ou du mal-être sur un autre membre de la famille, la psychogénéalogie déculpabilise et déresponsabilise le patient. Cet effet de « déculpabilisation » joue très vraisemblablement un rôle dans les améliorations ressenties par les patients des psychogénéalogistes.


Pourquoi est ce dangereux ?

Bien qu’elle revendique une certaine efficacité, la psychogénéalogie n’est pas une psychothérapie inoffensive. 


Prétendant faire ressortir de l’inconscient familial des souvenirs refoulés à l’origine de problèmes psychologiques, la psychogénéalogie glisse parfois vers la manipulation par suggestion. Comme d’autres thérapies du même type, elle amène le patient à croire fermement à la véracité de faux souvenirs induits et aux explications invérifiables données par la thérapie.


Rejetant la « faute », la cause de la maladie sur un autre membre de la famille, elle peut également être la source de conflits et de rupture familiale. Si elle déculpabilise le patient, elle rejette en effet la culpabilité sur un de ses proches dont le comportement serait à l’origine de sa propre maladie.


De plus, cette thérapie enferme le patient dans son propre schéma de raisonnement. La maladie transgénérationnelle diagnostiquée, le patient se doit en effet de continuer la thérapie pour en sortir afin d’éviter de transmettre à son tour la maladie à sa descendance.


Enfin, les interprétations de certains psychogénéalogistes sont plus que douteuses. Les transmissions transgénérationnelles sont pour eux la source de toutes les maladies, même celles d’origine génétique comme l’écrit Baudouin Labrique :


Les maladies dites génétiques sont en fait des somatisations de conflits non résolus pouvant remonter jusqu'à la quatrième génération dans la famille.”

 

Bibliographie


Broch H., (1985), Le paranormal, Seuil. 
Canault N. (1998), Comment paye-t-on les fautes de ses ancêtres ? , Desclée De Brouwer.
Ancelin Schützenberger A., (2000), Aie, mes aieux ! , 15e édition, Desclée De Brouwer.
Van Eersel P. et Maillard C., (2002), J’ai mal à mes ancêtres, Albin Michel.
Sellam S. (2004), Le syndrome du Gisant, un subtil enfant de remplacement, Bérangel.


Fabre G. (2005), Psychogénéalogie (I) – Aïe, mes aïeux !. Publié sur le site de l’Observatoire Zététique et disponible en ligne : http://www.observatoire-zetetique.org


Fabre G. (2006), Psychogénéalogie (II) - Le syndrome du Gisant. Publié sur le site de l’Observatoire Zététique et disponible en ligne :http://www.observatoire-zetetique.org

 

GEMPPI:groupe d'etudes des mouvements de pensée en vue de la prévention de l'individu 

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