sammael world

mon monde, mes dessins et des textes

10 août 2008

les molècules de la solitude.......

Les molécules de la solitude

Par Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences

Chez les solitaires et chez ceux qui vivent bien entourés, les gènes du système immunitaire s’expriment différemment. Voilà peut-être pourquoi les premiers semblent plus fragiles face aux maladies.

Sans disposer d’aucune explication, on a observé depuis longtemps que les personnes socialement isolées présentent une mortalité plus élevée. Une équipe américaine vient de publier dans la revue Génome Biology une étude donnant un début d’explication. Les chercheurs se sont intéressés aux leucocytes, c’est-à-dire les globules blancs, première ligne de défense de l’organisme contre les agresseurs en tout genre.

Quatorze étudiants volontaires se sont prêtés à l’expérience, dont six se rangeaient dans les 15 % supérieurs de l’échelle de solitude mise au point à l’université californienne de Los Angeles (UCLA) et déjà utilisée dans d’autres expériences. Car il ne suffit pas de vivre en célibataire pour être déclaré solitaire. Il faut aussi ne pas compter trop d’amis ni de famille autour de soi… Les sept autres volontaires se situaient, eux, dans les 15 % inférieurs de cette échelle.

Vers un médicament contre la solitude ?

L’équipe (qui comportait des scientifiques de l’UCLA et de l’université de Chicago) s’est focalisée sur l’expression du génome des globules blancs, témoignage de l’activité du système immunitaire. Les chercheurs ont suivi 209 gènes pour vérifier de quelle manière ils étaient lus, ou « exprimés », c’est-à-dire traduits en protéines. Le résultat est éloquent : tous ces gènes sont différemment utilisés par les deux groupes. Pour 78 d’entre eux, leur activité est sur exprimée chez les solitaires, ce qui signifie que ces gènes, plus souvent lus, servent à synthétiser davantage de protéines. A l’inverse, 131 gènes sont sous-exprimés.

Parmi les gènes surexprimés chez les solitaires, beaucoup sont impliqués dans l’activation du système immunitaire et dans les réactions inflammatoires. Dans les 131 dont l’activité est moindre, on trouve des gènes intervenant dans la défense contre les virus et les anticorps.

« Ces découvertes nous fournissent des cibles moléculaires pour tenter de combattre les effets sur la santé de l’isolement social » explique Steve Cole, un des chercheurs de l’équipe. Une pilule pour aider les solitaires, en somme…



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09 juillet 2008

pas si loin.........

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SOLITUDE........

Le 29 novembre 1802 sur l’île de la Guadeloupe, une femme, condamnée à la pendaison par ordre de la France de Bonaparte redevenue esclavagiste, est conduite à l’échafaud. Elle a trente ans. On la surnomme la Mulâtresse Solitude à cause de sa peau claire, fruit du viol d’une captive africaine sur le bateau qui l’entraînait vers les Antilles.

La veille seulement Solitude
a mis au monde l’enfant dont elle était enceinte, aussitôt arraché de son sein pour s’ajouter aux biens d’un propriétaire d’esclaves. Elle aurait du être exécutée six mois plus tôt, mais les colons ne voulaient pas de gâchis : ce ventre animé pouvait rapporter deux bras de plus à une plantation.

Huit ans plus tôt, dans l’euphorie de l’après Révolution, la France avait décrété l’abolition de l’esclavage dans ses colonies malgré l’opposition des planteurs Blancs qui en contrôlaient l’économie. Libérés de leurs chaînes, les Noirs s’éloignent en nombre de leur environnement de servitude pour tenter de se reconstruire une vie loin de la tyrannie des anciens maîtres.

Certes il a fallu cinq ans de débats houleux aux parlementaires parisiens pour savoir si les Droits de l’Homme et du citoyen, proclamés en 1789, devaient aussi s’appliquer aux Nègres, considérés comme inférieurs. En France le lobbying esclavagiste est puissant et les quelques partisans d’un adoucissement de l’esclavage, regroupés au sein de la Société des Amis des Noirs, n’ont pas la virulence des philanthropes anglais engagés dans la lutte contre la traite négrière. Les grands planteurs sauront se faire entendre et l’Assemblée placera les colonies sous un statut d’exception pour maintenir l’esclavage.

Or sur place, certaines catégories de la population ont bien retenu cette proclamation qu’ils ont gravé dans leur tête : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » Ils ne doutent pas qu’elle ne puisse pas s’appliquer à eux. Ce sont en majorité des métis ainsi que des Noirs libres et affranchis, tenus en marge de la société par la discrimination blanche. Ils vivent de petit commerce, d’artisanat ou de leurs propres plantations et certains d’entre eux ont même commencé à faire fortune, à force de travail. Parmi eux se trouvent des personnes instruites qui lisent les journaux et savent ce qui se passe ailleurs.

A l’époque de la Révolution française, la population de la Guadeloupe compte près de 100.000 esclaves, 14.000 Blancs et plus de 3000 métis et Noirs libres ou affranchis. Les Français, arrivés sur l’île en 1635 en avaient massacré les tribus amérindiennes qui les avaient pourtant accueillis avec hospitalité, et s’étaient mis à importer des Africains du Ghana, du Togo, du Dahomey, de la Côte-d’Ivoire, du Nigeria et aussi du Cameroun, du Gabon, du Congo, d’Angola, comme main d’œuvre pour leur production de canne à sucre, tabac, café, coton et cacao, destinée aux besoins de la métropole.

Dans la société guadeloupéenne en formation, ils occupent le sommet d’une pyramide caractérisée par une différenciation entre grands blancs et petits blancs. La première catégorie regroupait ceux dont les noms à particule indiquaient l’ascendance noble. On y trouvait aussi de gros négociants, de riches bourgeois, des fonctionnaires, des officiers de l’armée et d’anciens capitaines de navires négriers. Sur ses terres appelées habitations, l’aristocratie sucrière constitue un monde clos, régnant sur l’exploitation de 100 à 300 esclaves. Le maître tout puissant y administre sa propre justice et possède sa prison, son infirmerie, sa chapelle. Aucun pouvoir extérieur n’a de prise sur lui et pour gérer son troupeau d’esclaves, il est aidé d’intendants, de gérants, de contremaîtres et d’une milice.

Quant aux petits blancs, représentant un peu moins de la moitié des Européens de l’île, ce sont généralement d’anciens marins et soldats, devenus intendants, contremaîtres de plantations, petits planteurs, artisans ou boutiquiers dans les villes et les ports. Ils détestent les grands blancs méprisants dont ils envient la fortune, traitent les esclaves avec férocité et rejettent les gens de couleur qui les concurrencent dans certaines activités économiques.

Loin d’être homogène, la communauté des esclaves a aussi ses catégories : les domestiques (servantes, couturières, valets, cuisiniers), mieux nourris, mieux traités, mieux habillés, et qui n’ont qu’une crainte, celle de perdre le statut privilégié que leur confère la proximité avec les Blancs, pour être renvoyés parmi les Nègres de plantation qu’ils couvrent de leur sentiment de supériorité. Ces nègres de houe ou de jardin, justement, représentent plus de 90% des Noirs de l’habitation, travaillant toute l’année, de 4 heures du matin au coucher du soleil, à labourer la terre, couper la canne, récolter le manioc, réparer les chemins, nettoyer les canaux, ramasser du bois de chauffage ou de la paille pour les animaux, préparer le fumier, semer les plants, et ce, sous la menace permanente des coups de fouets qui régissent leur vie.

Parmi les non-blancs, les gens de couleurs, fruits du droit de cuissage des maîtres sur les jeunes négresses, tiennent à se démarquer des autres Noirs libres, considérant les gouttes de sang blanc qui coulent dans leurs veines comme un véritable passeport social pour échapper à un statut infériorisé. Comme on craignait, au temps de Louis XIV, qu’une augmentation des « sang-mêlé » ne vienne ébranler la hiérarchie raciale, en 1685, Colbert édicta un Code Noir destiné à réglementer le statut des esclaves. Les relations interraciales y étaient réprouvées et le fait d’être père d’un mulâtre, jugé infamant. Les Blancs coupables de mésalliances s’exposaient à être déchus de leurs droits et ne pouvaient transmettre de titres à leurs descendants colorés.

Ces mesures ne freinant en rien la libido des coloniaux, le pouvoir finit par s’en prendre directement aux gens de couleur. Il fut d’abord décrété que leur statut dépendrait désormais de celui de leur mère : ils ne seraient considérés comme libres que si celle-ci l’était déjà. Puis l’accès aux emplois publics, aux métiers assermentés et à certaines professions libérales telles qu’avocat, médecin, orfèvre ou apothicaire, leur fut interdit. Dans un univers de dépendance aussi figé, on comprend leur sentiment de révolte lorsqu’ils se rendirent compte que la Déclaration des droits de l’Homme risquait de leur passer sous le nez !

Les premières révoltes éclatèrent en 1790 dans la colonie française de Saint-Domingue (Haïti), où 350 mulâtres furent écrasés par les forces de l’ordre. En Guadeloupe, la pendaison des meneurs en place publique n’arrête pas les soulèvements sporadiques qui agitent l’île entre 1790 et 1792. Face à l’ampleur des révoltes, l’Assemblée législative finit par lâcher du lest. En 1792, après la proclamation de la République, les hommes de couleur et les Noirs libres et affranchis sont autorisés à devenir citoyens français.

Les désordres de la Révolution française allaient cependant fissurer l’ordonnancement bien huilé de cette organisation oppressive. Les nouvelles mettant deux mois à arriver de métropole par bateau, c’est avec un petit décalage que la chute de la royauté allait en effet se répercuter dans les territoires d’Outre mer, avec les grands planteurs blancs dans le rôle des royalistes et les petits blancs dans celui des patriotes ; chaque camp armant ses esclaves pour les placer en première ligne des affrontements. Aussitôt connu le guillotinage, en janvier 1793, du roi Louis XVI, le régime local de la Terreur commença à faire rouler des têtes. Des familles entières de planteurs furent massacrées et leurs biens, ainsi que ceux du clergé - également propriétaire d’esclaves et de sucreries, confisqués par les représentants blancs de la Convention républicaine.

Profitant de l’anarchie ambiante, des esclaves commencèrent à déserter les ateliers pour fuir vers des bourgs plus ouverts aux idées nouvelles de liberté et d’égalité. D’autres prirent la piste de mornes lointains. Ce sont les Nègres marrons, du mot espagnol cimarron, « celui qui fuit son maître ». Enfin, le 4 février 1794, la Convention décréta l’abolition de l’esclavage : « Tous les hommes sans distinction de couleur domiciliés dans les colonies deviennent des citoyens français jouissant de tous les droits garantis par la Constitution » . Un nouvel administrateur est chargé de porter le décret d’abolition à la Guadeloupe. Mais en approchant la côte avec sa flotte d’un millier d’hommes, il apprend par des pêcheurs que la colonie est sous occupation anglaise depuis deux mois. En fait, après la proclamation de la République, la France s’était retrouvée face à une coalition européenne d’empires et de royautés prête à en découdre pour faire rétablir la monarchie. Parmi eux, l’Angleterre, maîtresse du commerce maritime, qui convoitait les îles à sucre françaises.

Déjouant la surveillance des frégates anglaises, Victor Hugues lance une attaque surprise sur la garnison ennemie et entre dans Pointe à Pitre le 7 juin 1794. Conscient que ses troupes ne pourront venir, seules, à bout de l’occupant, il officialise rapidement la libération des esclaves : « Un gouvernement républicain ne supporte ni chaîne, ni esclavage ; aussi la Convention Nationale vient-elle de décréter solennellement la liberté des Nègres…», et dans la foulée, lance un appel à l’enrôlement de volontaires pour défendre la patrie. Afin de donner plus de poids à sa requête, il annonce à la cantonade que tout homme ramenant avec lui dix hommes sera nommé caporal ; plus de dix hommes, sergent ; 25 hommes, sous-lieutenant ; 50, lieutenant, 100 et plus, capitaine. Un processus conforme aux procédures révolutionnaires de l’époque qui nommaient des généraux de vingt-cinq ans.

La nouvelle de l’abolition fit le tour de l’île en un éclair. Aussitôt que les tambours et les trompes en relayèrent l’annonce, les esclaves abandonnèrent les plantations en masse et se précipitèrent sur la place de la Victoire. Ce jour là Solitude est parmi les milliers de pauvres hères incrédules, qui, les larmes aux yeux, commentent le décret de la République. Elle voit des hommes éperdus de reconnaissance sortir de la foule et s’avancer vers l’estrade où le chef blanc harangue le peuple. Trois mille esclaves pieds nus et pantalons troués, et des centaines de Libres, vont rallier en masse l’appel de Victor Hugues pour devenir le premier bataillon de sans-culottes (Nom donné aux volontaires des couches populaires enrôlés dans la défense de la Révolution) noirs.

Jetée à l’assaut des forces anglaises, l’armée des nouveaux citoyens libéra la Guadeloupe en six mois de combats acharnés. Après avoir reconquis leur pays, les Guadeloupéens espèrent maintenant jouir de l’acte libérateur qui pour eux symbolise la reconnaissance par la France que la prospérité des colonies s’est aussi faite sur le dos des Nègres.

En 1794, sa liberté acquise, Solitude
rejoint une communauté de Marrons retranchés dans les mornes. Ce qu’elle a vécu dans l’enfer des habitations, elle préfère l’enfouir aux tréfonds de sa mémoire, sachant bien qu’elle ne pourra jamais oublier… Les viols des maîtres, contremaîtres et intendants qui se sont acharnés sur ce corps de nacre sans arriver à en flétrir la fierté, même si ses yeux noisette plongés dans un abîme de tristesse en reflètent les stigmates… Les avortements clandestins, où l’on risquait sa vie entre les mains de rebouteuses aux plantes plus ou moins efficaces.

Solitude connaissait l’arsenal utilisé pour soumettre les récalcitrants : chaînes, fers aux pieds, entraves, carcans, garrot, colliers de fer dont les pointes empêchaient de dormir, cachots, potence ; et aussi ces masques de fer blanc fixés sur la bouche pour empêcher à l’esclave affamé de sucer même une tige de canne à sucre. Elle avait appris à dompter la révolte qu’elle sentait gronder en elle, face à la jouissance du maître faisant introduire un épieu incandescent dans la croupe d’un Nègre. Ou bien lorsqu’on contraignait une mère à appliquer sur le corps sanguinolent d’un fils, écorché par les coups de nerf de bœuf, un mélange de sel, de piment, de poivre, de citron et de cendre brûlante. Pour accroître la douleur tout en évitant qu’une gangrène ne vienne écorner le capital humain. Elle en avait vu gicler du sang lorsque le Blanc mutilait un poignet, coupait un pied, tranchait une oreille ou lacérait les parties sexuelles d’un téméraire qui avait tenté de fuir le paradis de son propriétaire. Et puis les lynchages. Chaque habitation avait son gros arbre qui n’attendait que la corde à serrer autour d’un cou noir.

Que de fois elle avait fermé les yeux devant l’insoutenable : un contremaître hilare versant de la cire enflammée, du lard fondu ou du sirop de canne bouillant sur un Nègre hurlant, maintenu dénudé au sol par quatre piquets. Elle avait pleuré ses compagnons d’infortune grillés vivants dans des fours à pain ou enfermés dans des tonneaux à intérieur piqué de clous, que l’on faisait ensuite dévaler le long d’une pente. Elle s’était mordue les doigts au sang devant l’effroi de ces hommes ligotés, dont la bouche et l’anus avaient été bourrés de poudre explosive, avant qu’on n’enflamme la cordelette qui en dépassait. Elle avait lu aussi l’humiliation de ceux qu’on obligeait à manger leurs excréments, boire de l’urine et avaler le crachat des autres esclaves, pour avoir mal répondu à un Blanc. Ô respect à ces empoisonneuses dont les décoctions inodores et sans saveur, mélangées à un bol de soupe, foudroyaient en quelques heures un maître maudit ! Mais en attendant, courber l’échine. Juste pour rester en vie et voir un jour la fin de tout ça.

L'euphorie de l’abolition fut de courte durée. Comment en effet redémarrer la production agricole paralysée par le refus des Noirs de travailler dans les mêmes conditions après 160 ans d’une féroce oppression ? Un système de travail forcé est institué pour ramener la main d’œuvre sur les habitations. Les nouveaux affranchis non incorporés dans l’armée sont sommés de réintégrer leurs anciennes exploitations sous peine de prison. Ils sont alors nombreux à choisir la clandestinité du marronnage. Les autorités traquent sans répit ces Noirs suspects d’avoir fui la liberté, l’égalité, la fraternité et le travail forcé. Loin de toute collectivité administrative, ils ont construit des huttes de branchages et ont planté leurs carrés d’ignames sous la frondaison de bois inaccessibles. En ville on dit que les rebelles qui, la nuit, vont saboter les récoltes de leurs anciens maîtres, égorger les molosses qui plantaient leurs crocs dans le dos des fuyards ou régler leur compte aux Blancs qui les maltraitaient, trouvent refuge dans ces campements.


En France pendant ce temps, un jeune général de vingt-cinq ans auréolé de victoires militaires, s’emparait du pouvoir. Accueilli en sauveur de la République en 1799, Napoléon Bonaparte
s’attelle à réorganiser le pays. Mais pour lui, restaurer l’ordre dans les colonies, c’est y rétablir l’esclavage. Son épouse, Marie Josèphe (dite Joséphine) Rose Tasher de la Pagerie, veuve Beauharnais, est une fille de colons de la Martinique et elle l’a sensibilisé aux problèmes de l'économie sucrière.

Dès son arrivée à Pointe à Pitre en mai 1801, le contre-amiral Lacrosse désigné pour cette mission, décide de briser les élites antillaises et notamment celles de l’armée coloniale. L’exemple du général haïtien noir Toussaint Louverture prenant, en1800, le contrôle de Saint-Domingue, a traumatisé la France. Il n’est pas question de laisser se rééditer la même catastrophe en Guadeloupe. Prétextant une conspiration, il fait arrêter plusieurs officiers antillais respectés pour leurs états de service. Les troupes noires qui s’étaient distinguées dans de nombreux combats contre les Anglais étaient admirées de la population. Certains des officiers de couleur avaient fait leurs armes en France où ils s’étaient perfectionnés dans l’art militaire. Arrestations arbitraires, vexations et déportations frénétiques vers Madagascar, New York ou la France, se multiplient.

L’embastillement de notables de couleur accusés d’hostilité au gouvernement et la tentative d’arrestation d’un jeune officier très populaire fera réagir la population. Prévenu à temps, Joseph Ignace
, ancien charpentier devenu, après un brillant parcours, capitaine du premier Bataillon de la colonie, réussit à s’échapper. Mais la nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Une partie de l’infanterie se répand dans les rues de la ville, suivie de centaines de cultivateurs descendus de leurs champs de cannes dès qu’ils ont appris qu’on menaçait leurs héros. Ces hommes avaient payé de leur sang pour permettre à la France de ne pas perdre ses possessions dans cette région dans monde !

Alors que la garde nationale composée de Blancs s’avance vers la foule en colère, la tragédie est évitée de justesse par l’interposition de deux officiers noirs accourus à la hâte pour calmer les esprits. Excédés par la brutalité du chef bonapartiste, des notables blancs convainquent l’armée coloniale de participer à un Conseil provisoire de gouvernement dont ils confient le commandement au colonel guadeloupéen, Pélage
qui, dans ses courriers à Bonaparte ne cessera de réaffirmer sa fidélité à la France.

Vue de Paris, cette situation s’apparente à un intolérable acte de rébellion. Bonaparte somme le général Richepance d’aller écraser la mutinerie et de remettre immédiatement à leur place, c'est-à-dire dans les fers de l’esclavage, ces Nègres qui ont osé défier son pouvoir. Une flotte de dix bâtiments transportant un corps expéditionnaire de 4000 hommes surgit le 4 mai 1802 en rade de Pointe à Pitre. Légalistes, les Guadeloupéens se massent sur le port au son de la musique militaire jouée par les troupes coloniales. Ils sont persuadés que Bonaparte compréhensif, leur envoie un administrateur plus équitable !

Sitôt débarqués et sans répondre au salut des soldats antillais, les Français prennent possession des points stratégiques de la ville. Le soir venu, tous les bataillons noirs sont réunis pour la revue des troupes. Richepance ordonne de poser les fusils par terre. Méfiants, quelques fantassins et officiers en armes s’évanouissent discrètement dans la nuit tombante.

Sur le champ d’armes, à peine le dernier soldat noir a-t-il déposé sa baïonnette, que le corps expéditionnaire français se jette sur les hommes, leur arrache leurs uniformes et les roue de coups de pieds avant de les traîner vers les cales des frégates où ils sont enchaînés. A minuit, la fière armée coloniale n’existe plus et ses valeureux soldats sont redevenus esclaves ! Un fuyard qui a couru toute la nuit à travers bois, et fini le reste du chemin dans un canot de pêcheur, arrive en trombe à la garnison de Basse Terre où il informe le commandant de la situation.
Révolté par le revirement de l’État français sur l’abolition, le colonel d’infanterie Louis Delgrès
, intellectuel de trente-six ans d’origine martiniquaise, poète et violoniste à ses heures, pétri de la philosophie des Lumières, libère les soldats et la garde nationale blanche dont il a la charge, sur ces mots : « Mes chers amis, on en veut à notre liberté. Sachons la défendre en gens de cœur et préférons la mort à l’esclavage. Vivre libre ou mourir ! » . Les officiers antillais se rangent aussitôt à ses côtés.

Le 10 mai 1802, une proclamation de Delgrès intitulée : « A l’univers entier, le dernier cri de l'innocence et du désespoir » , est placardée sur les arbres et les murs de plusieurs bourgs de la Basse Terre. « Une classe d'infortunés qu’on veut anéantir, se voit obligée d'élever sa voix vers la postérité pour lui faire connaître lorsqu’elle aura disparu, son innocence et ses malheurs. Nos anciens tyrans permettaient à un maître d’affranchir son esclave, et tout annonce que, dans le siècle de la philosophie, il existe des hommes qui ne veulent voir d'hommes noirs où tirant leur origine de cette couleur, que dans les fers de l'esclavage. (…) La résistance à l'oppression est un droit naturel. La divinité même ne peut être offensée que nous défendions notre cause : elle est celle de la justice et de l’humanité. »

Son plaidoyer résonne comme un cri de ralliement. Des campagnes et des plantations environnantes, ouvriers, cultivateurs, paisibles pères de famille, femmes, adolescents, arrivent par petits groupes armés de gourdins, de piques et de coutelas. Parmi les femmes qui, aux côtés des hommes, luttent dans cette guérilla inégale, transportent les munitions, soignent les blessés, réconfortent les enfants effrayés, Solitude
est là, un pistolet à la main. Dès que les rumeurs de résistance lui sont parvenues, elle a quitté sa retraite avec les siens, pour rejoindre les maigres forces de Delgrès. Elle est enceinte de son compagnon, un Nègre marron qui se bat comme elle et sera bientôt atteint par un obus. Marthe-Rose la compagne de Delgrès est là aussi avec son sabre.

Après quinze jours d’un siège ensanglanté, les combattants de la liberté décident de quitter la forteresse où ils sont retranchés. Une nuit, trompant la vigilance des assaillants épuisés, le groupe s’évanouit dans une épaisse végétation montagneuse. Leurs poursuivants retrouvent leur piste quelques jours plus tard. Delgrès, blessé au genou, rassemble alors ses gens et demande à ceux qui le souhaitent, de se retirer pour ne pas prendre de risques. Trois cent irréductibles lui font un rempart de leur corps. Il fait miner le manoir fortifié qui leur sert d’abri. C’est là qu’ils attendront leurs ennemis pour un dernier face à face.

Ces pauvres Nègres se battent pour une cause qu’ils savent perdue. Juste pour leur dignité d’hommes et de femmes libres. Sous la terrasse, des barils ont été camouflés. Une traînée de poudre serpente discrètement jusqu’au rez-de-chaussée du bâtiment. Delgrès et son aide de camp, assis sur un canapé, ont chacun un réchaud allumé à leur côté. Les trois cent martyrs se tiennent par la main, les femmes serrant leurs enfants tout contre elles. Une dernière clameur : « La mort plutôt que l’esclavage ! », puis c’est le silence. Lorsque ce 28 mai 1802 à 15h30, l’avant-garde française franchit enfin la demeure, baïonnettes en joue, une effroyable explosion retentit.

Sous les cadavres déchiquetés, [b Solitude blessée, a miraculeusement survécu à l’hécatombe avec une poignée de résistants. Sa grossesse lui évite la corde, mais pour quelques mois seulement... Car la répression qui s’abat sur la population antillaise entraîne l’île dans un tourbillon sanglant. Pendant près d’un an tous ceux qui ont sympathisé avec la rébellion sont impitoyablement traqués, condamnés par une commission militaire et mis à pourrir 48 heures sur la potence de leur pendaison. Fusillés par dizaines sur les plages, jetés vivants dans des bûchers en place publique. On estime à environ 10.000 le nombre de victimes de l’insurrection et de la répression, y compris les déportés et ceux qui furent exécutés pour avoir refusé de reprendre leur condition d’esclave.

Dans la même semaine en effet, les citoyens noirs de la Guadeloupe redevenaient esclaves et étaient réincorporés dans les biens de leurs anciens maîtres ou, si ces derniers n’étaient pas identifiés, revendus à des esclavagistes au profit des pouvoirs publics.

Le 19 novembre1802 la Mulâtresse Solitude
est livrée au bourreau. Elle qui s’était battue pour la liberté, laisse un enfant à l’esclavage : le nouveau-né dont elle a accouché la veille. La foule qui l’accompagne vers la potence est immense et silencieuse. Mais elle comprend tout dans leurs regards. Ne pas montrer même une larme furtive, de crainte d’être taxé de rebelle. Courber l’échine. Juste pour rester en vie et voir un jour la fin de tout ça. Ce sera en 1848. La deuxième abolition de l’esclavage

Sylvia Serbin

http://www.grioo.com/info6001.html

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Solipsisme

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Solipsisme (composé du latin: solus, seul, et ipse, soi-même)

philosophie: Appellation qu'aucun philosophe n'a jamais revendiquée et qui désigne polemiquement la conséquance qui parait impliquée dans la conception de l'idéalisme absolu selon laquelle il n'y aurait pour le sujet pensant d'autre réalité que lui même.

c'est a dire que son propre système de représentations.......

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29 mai 2008

C2c show live 2

C2c show live 2
Vidéo envoyée par toxictivi

les rois du scratch...... S.

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sammael.......

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Histoire, Prélude et Avancée...                      

     Les larmes de Sammael ont terni la blancheur de ces feuilles de papier...

                                                                  "Quoiqu'on en dise, c'est au visage qu'il faut regarder les hommes, mais il ne faut pas prendre leur masque pour un visage..."

Pourquoi Sammael? Qui est-il? Se fier à l'apparence dite part-il d'une bonne initiative fidèle aux obéissances acquises de l'éducation ou d'une incapacité certaine à évoluer seul dans une reflexion insolite, burlesque, éloignée de toutes bonnes normes de cette société...?

                 Par les légendes, les dires, les écrits, Sammael apparait comme le nom angélique du déchu Satan, bras gauche du Grand Seigneur, dit "venin de Dieu". Ammant de Lilith, il serait selon certaines histoires, l'image du serpent tentateur qui intervient dans la Génèse. Doté de six paires d'ailes d'ou jaillit un feu éternel, son glaive retiendrait à son extrémités une substance vénimeuse...

         Casser un Mythe... Un revers incongru et imprévu...

     Et si l'ange déchu traité du vil sobriquet Satan ne se révélait pas être telles les légendes, les dires et les peurs?, marmonnent quelques échos de voix, s'arrêtant en ce monde pour penser.

     Et si vous lui permettiez, pour autre faveur, le privilège qu'il visita de nouveau les ruines d'un lointain passé angélique, qu'il s'appropria pour cela de toutes formes d'usage digne de cette entreprise et donc ainsi revêtit son "lui" antique, auréole en guise de couronne, pureté en guise de soutane, sammael en guise de prénom?

         Ceci étant fait, imaginez, par l'intermédiaire de ses obscurs souvenirs, brouillés par le temps, machés par la campagne Tristesse qui favorise son amant l'Oubli, un artiste évoluant, malgré lui, dans une société ou Intolérance et Conformisme sont dieux sacrés de la nation. L'ange, dans un univers enchanteur et miroitant erre pourtant, ravi, ses mains s'adonnant aux magies purificatrice d'un si vil décor en contraste: Créer, Sculpter, Saisir, Modeler. Son coeur susurre à son oreille nombreuses émotions: sérénité, allégresse, passion, un amour en toutes choses, une chose en toutes formes. Son nez suit, dans sa quête olfactive, maintes senteurs exquises qui émanent d'un naturel distinct. Ses yeux, cache fétiche d'un coffret à trésor, invitent celui-ci à se remplir à la vue du miracle quotidien: une fleur qui s'abandonne au soleil, tout sourire, un matin de printemps, une cascade, bleu-azur, qui s'écoule en symbiose à l'infinie, revers d'un ciel similaire. Mais ces yeux bien plus que ça discernent le subtil, saisissent l'impalpable, transcendent les frontières établies, obstacle à l'aboutissement d'une connaissance ultime, repère des vérités profondes.

            Pour cela Sammael est haï. Pour cela, l'amas d'intransigeance et d'intolérance, plus communément édifiée sous les traits d'une société indulgente et libérale qui assure sans faux succès une perfection même au visage d'une sainteté Madonne, oeuvra jour et nuit dans la conception d'un sordide dessein...

           Le temps passe, la Gente humaine se fait mielleuse, grimace d'un complot infernal. Bientôt, la chute du seigneur Sammael sera proclammée. L'opération s'achève, un masque, faste empire d'une idée authentique: le Mal et ses enfants Viscisitudes, s'élève aux pieds du trône de l'ange charmé. A l'apogée de son incompréhension en ce monde et de son art, le chaos sublime retentit. "La chute était inévitable, répètent, accoutumées les Voix".                       Ame banni, Coeur flétri...

          Sammael, pauvre Sammael, Fils de l'innocence et dés cet instant, procréateur du pêcher, le Diable lui-même! Sammael, pleure, nous ne t'empêcherons point... Les larmes s'écouleront sur le masque, masque du déchu ange. Larmes, empreintes d'un manège machiavélique et malséant, Larmes vengeresses, Larmes de Sammael...

          Nimrais

superbe blog a visité: http://www.tearsofsammael.canalblog.com

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27 mai 2008

Aphex Twin - Come To Daddy

Aphex Twin - Come To Daddy
Vidéo envoyée par arnaud34

Clip : Aphex Twin - Come To Daddy byChris Cunningham bienvenue dans le monde d'aphex twin.......enjoy AND BE SCARED......................

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15 mai 2008

HOCUS POCUS - Comment on faisait avant

HOCUS POCUS - Comment on faisait avant
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"Comment on faisait avant?"

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29 avril 2008

les gouffres.....

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Henri Michaux et les gouffres
(à propos de l’expérience mescalinienne)

« Moi n’est jamais que provisoire. »                              Plume

  « J’écris pour me parcourir… » annonçait Henri Michaux. À l’hiver 1954 (il a 55 ans) il a amplement parcouru le monde, descendu en pirogue un affluent de l’Amazone, promené son étrangeté en Inde, en Chine, en Malaisie…, ramené de ces pays lointains des notations buissonnières, éparses, décalées, des fables drolatiques. Çà et là il s’est fait entomologiste fantasque ou zoologiste d’animaux fantastiques. Toujours curieux de l’ailleurs mais toujours un peu déçu, il a délaissé ces contrées réelles pour d’autres imaginaires, s’est lancé à la rencontre de peuples improbables, se proclamant ethnologue des Hacs, des Cordobes, des Ourgouilles, des Carasques, des Emanglons, des Halalas… inventoriant leurs coutumes étranges et leurs inquiétantes singularités. Lui le né-rêveur, le né-fatigué, le né-troué, il a aussi beaucoup erré dans l’espace du dedans, observant fasciné son propre corps en ses moments d’altération, transformant la moindre fièvre en épopée, s’enfonçant toujours plus profond là où la nuit remue, en ces territoires de soi dont les lignes vacillent, où le réel se déforme, le rêve est à portée de voix, on perd la langue des éveillés… Pour mieux se quitter encore, il a même délaissé l’écriture pour des chemins graphiques, des signes, des graphes, des traces-animalcules, des alphabets furtifs qu’il s’est mis à explorer avec frénésie. De ce côté-là, il n’est pas au bout de la route certes, mais à 55 ans, après la réception sans surprise de Face aux verrous, ayant vu aboutir cette année-là sa demande de naturalisation française, acte final et officiel de déni de ses origines, il se veut au seuil d’une nouvelle expérimentation et lui le buveur d’eau, le peu doué pour la dépendance, il écrit à Jean Paulhan :

  «Si tu me trouves (de la mes) je suis ton homme.

   Si tu le désires, ton compagnon de voyage

   et mon appartement notre plage d’envol.» (IMEC, 1954)

   L’aventure mescalinienne est engagée. Elle durera un peu plus de dix ans. Quatre grands livres en attesteront : Misérable miracle (paru en 56), L’Infini turbulent (57), Connaissance par les gouffres (61) et Les grandes épreuves de l’esprit (66). J’excepte un long poème en 59 : Paix dans les brisements. Plus tard ce ne seront plus que des écrits brefs qui reviendront sur l’expérience hallucinogène (ombres pour l’éternité, lignes, ineffable vide…) ou témoigneront d’une prise ponctuelle de haschisch (dans Face à ce qui se dérobe) mais on peut dire que l’expérience aura été traversée.

  « Un ermite qui connaît l’heure des trains » persiflait Cioran pour évoquer le caractère préparé, balisé, sans doute au fond pas si aventureux, de l’expérimentation de son ami poète.

  Il faut dire qu’avant de commencer Michaux a tout lu sur la question, il s’est renseigné auprès du Dr Ajuriaguerra, psychiatre renommé, il a parlé effets et doses avec le Dr Alajaouine. Parmi toutes les drogues il a élu la mescaline, un alcaloïde extrait du peyotl, un petit cactus mexicain, la mescaline a eu ses faveurs parce qu’elle fait partie du groupe Fantastica, ne démobilise pas, active, selon une expression qui lui est chère, le « merveilleux normal ». Avec sa curiosité habituelle il s’est d’ailleurs imprégné de tous les écrits sur la drogue, études scientifiques (A. Rouhier : La plante qui fait les yeux émerveillés. Carl Lumolz, L. Lewin…) et textes de littérature depuis les Confessions d’un mangeur d’opium de De Quincey, jusqu’aux Portes de la perception d’Aldous Huxley, qui vient alors de paraître, sans oublier le Voyage au pays des Tarahumaras d’Antonin Artaud, lequel évoque son expérience du peyotl, ce même petit cactus mexicain que les Huichols, les Tarahumaras, considéraient comme lié au divin, d’un dieu qui consent à partager sa divinité, si du moins pour ce partage l’âme est prête et purifiée. 

   C’est dire que la visée de Michaux dès le départ est double : être à la fois l’observant et l’observé, provoquer certes du texte - littéraire, poétique - , du nouveau Michaux, mais aussi produire une observation « scientifique » de l’expérience. Dans cette ambition qui peut nous paraître étrange, on voit se rejoindre les deux tropismes centraux de l’écrivain, lui qui se revendique depuis toujours zoologiste, entomologiste, aliéniste… amateur, lui qui croit profondément en la science, s’est intéressé dès l’adolescence aux théories psychiatriques, aux écrits sur les fous, et lui tout autant le poète irrégulier, l’inventeur de langues et le détraqueur de sens. On se souvient qu’il avait écrit autrefois sur Freud et que son premier texte publié fut Cas de folie circulaire. On sait qu’au début de sa vie d’écrivain il ambitionnait plutôt une forme d’essai hétérodoxe aux frontières du scientifique, du philosophique et du littéraire. On sait aussi qu’il voulut être médecin, commença une année préparatoire aux études de médecine et ne présenta pas ses examens de P.C.B. (au motif, dira-t-il plus tard, qu’il ne voulait pas se soumettre à l’étude, parce que « étudier, c’est accepter » (Ecuador) ) Il n’en garda pas moins une nostalgie à cet endroit, une fringale pour toutes sortes d’articles de médecine et de psychologie et sans doute à l’endroit des psychiatres une solide ambivalence, voire l’envie de leur damer le pion.

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  Observateur et observé donc : le voici entouré de quatre amis pour la première expérience mescalinienne qui a lieu dans son appartement de la rue Séguier en fin 1954 ou début 1955. La mescaline a été fournie par le Dr. Ajuriaguerra, via Jean Paulhan. Parmi les quatre amis, il y a là Bernard Saby, un ami peintre qui s’adonne régulièrement aux psychotropes. Madame Yvonne est dans la pièce voisine avec du sucre et des oranges.

   Après ce premier essai, fort peu concluant, viendront plus tard d’autres expériences, en compagnie de l’un ou l’autre ami, ou bien seul, mais toujours à portée du téléphone, souvent dans la pénombre, à l’épreuve ou non de quelque stimulant de l’imaginaire, les photos d’un magazine par exemple ou un extrait musical… Expériences avec la mescaline dont à la quatrième prise et par un curieux lapsus il multiplie la dose par six, traversant un épisode particulièrement éprouvant de « folie expérimentale ». Essai ponctuel du LSD, drogue synthétique qu’il juge décevante. Prise de psilocybine (extraite du psilocybe, un champignon hallucinogène connu) cette fois dans un cadre médical - pour la première expérience- à proximité de quatre médecins dont le professeur Jean Delay. Usage régulier enfin du cannabis, drogue plus légère, beaucoup plus lente, moins hallucinogène, mais grâce à laquelle il tente de pousser plus loin son observation : « Espionner  le chanvre, écrit-il, s’espionner soi-même et espionner l’esprit » (Connaissance par les gouffres).                                                  

   « Dans l’immense baratte à lumières, éclaboussé de clartés, j’avançais ivre et emporté sans jamais revenir en arrière… » (Avant-propos de Misérable miracle) C’est qu’au vif de l’expérience mescalinienne, l’écriture est presque impossible à mettre en œuvre lisiblement, le crayon ne laisse que de vagues traces de mots. 

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« Lancées vivement en saccades, dans et en travers de la page, les phrases interrompues, aux syllabes volantes, effilochées, tiraillées, fonçaient, tombaient, mouraient, leurs loques revivaient, repartaient, filaient, éclataient à nouveau. Leurs lettres s’achevaient en fumées ou disparaissaient en zigzags. Les suivantes, discontinues pareillement, continuaient de même leur récit troublé, oiseaux en plein drame auxquels des ciseaux invisibles coupaient les ailes au vol. (…) Comment dire cela ? Il aurait fallu une manière accidentée que je ne possède pas, faite de surprises, de coq-à-l’âne, d’aperçus en un instant, de rebondissements et d’incidences, un style instable, tobogannant et babouin… » (Avant propos de Misérable miracle)

   Quant aux dessins que la main s’essaie à laisser sur le papier, ils sont loin de figurer les visions mescaliniennes, ne peuvent que témoigner fragmentairement des conditions d’émergence de celles-ci, donner une vague idée graphique de la vibration qui s’empare du corps et de l’esprit. Dessins de « désagrégation » ou de « réagrégation », (sans qu’on puisse les distinguer les uns des autres) ce sont tout au plus des traces laissées par le passage du trouble. « C’est comme si j’avais été chien et que je fusse heureusement redevenu homme -écrit-il dans Description d’un trouble - et qu’absolument, absolument, violemment, sauvagement, il m’eût fallu, il m’eût été vital, indispensable de donner de ma vie canine un signe, un signe indéniable, un signe arracheur, un signe intime, atrocement intime, le signe de ce qui brisait l’homme en moi… » (O.C. II, 1291)

  Repris après coup, ces dessins, ces lambeaux d’écriture convulsée vont toutefois servir d’amorce à un texte descriptif, tentative de ressaisissement distancié dont le style en jets, en rafales, veut épouser la vitalité ahurissante de l’expérience. Je cite un passage de Misérable miracle :

« A coups de traits zigzagants, à coups de fuites transversales, à coups de sillages en éclairs, à coups de je ne sais quoi, toujours se reprenant, je vois se prononcer, se dérober, s’affirmer, s’assurer, s’abandonner, se reprendre, se raffermir, à coups de ponctuations, de répétitions, de secousses hésitantes, par lents dévoiements, par fissurations, par indiscernables glissements, je vois se former, se déformer, se redéformer, un édifice tressautant, un édifice en instance, en perpétuelle métamorphose et transubstantiation, allant tantôt vers la forme d’une gigantesque larve, tantôt paraissant le premier projet d’un tapir immense et presque orogénique, ou le pagne encore frémissant d’un danseur noir effondré… » (O.C, II, 644) 

  Et en parallèle à ce texte écrit certes après coup, repris par la conscience, remanié, reconstruit, « linéarisé » pour les besoins de la lecture mais demeurant aussi brut, aussi vif, sauvage que possible, cherchant à épouser au plus près les mouvements, les assauts, les syncopes de l’expérience mescalinienne, Michaux a voulu placer dans la marge des notations brèves, rappels, relances, invitations, objurgations, apostrophes, comme pour rendre compte des incessants chevauchements de pensées et de visions dont à vitesse folle la mescaline a le secret. Car - je cite l’exergue de Misérable miracle - : «…l’on se trouve alors, pour tout dire, dans une situation telle que cinquante onomatopées différentes, simultanées, contradictoires et chaque demi-seconde changeantes, en seraient la plus fidèle expression »

  Voici donc pour le décor des expériences, la visée de celles-ci, la méthode utilisée, leur traitement littéraire. Mais le cœur de l’expérience, comment Henri Michaux la traversa-t-il ?

   Au terme de la première prise de mescaline le poète a ces mots : « J.P. (Jean Paulhan)… dit notre pensée à tous : « on n’en sort pas fier ». (…) Et nous nous levâmes avec l’impression joyeuse d’être sortis des débris d’une cristallerie, pour quoi on ne vous demanderait pas de compte. » (Misérable miracle, OC II, 647) Le miracle, convient-il d’emblée, est donc plutôt misérable, d’une grande médiocrité esthétique, un « paradis clinquant »…Pourtant derrière ces propos désenchantés l’ambivalence pointe, l’envie tenaille de renouveler le voyage, plus tard Michaux dira que la mescaline a ouvert chez lui un sillon qui n’est pas près de se refermer, et on le voit de prise en prise assurer peu à peu ses marques, entrer plus loin dans l’expérimentation, tenter de comparer l’ivresse du chanvre à celle de la mescaline, s’essayer en psilocybine, consigner dans certaines des expériences de l’Infini turbulent, (surtout la troisième et la sixième) d’inconcevables moments d’extase et donner dans les addendas à Misérable miracle (écrits en 68-71, très postérieurs à la première écriture) trois textes qui semblent coudoyer le sacré, évoquent un sentiment de plénitude et d’unité que l’on ne retrouve que dans les écrits des mystiques :

                      «  Partage à l’infini. Tout, interconnecté ; tout et tous échangeurs, ensemble.

                      (…)Conscience unificatrice, d’une telle amplitude qu’elle fait paraître le 

                            monde, dit réel, comme une altération du monde unifié.

                    (…) Hymne ouvert à tout.

                           Hymne moi-même.

                           Hymne.

                           Vastitude avait trouvé verbe » (addenda à Misérable miracle, I,OC II,

                                                                                                           772-776)

  La drogue vue ici aussi comme expérience d’appréhension du vide, l’ineffable vide, l’aventure de la perte de l’avoir (addenda, II), la drogue mise en relation avec le parcours des ascètes hindous (qui ont toujours exercé une forte influence sur l’écrivain) (addenda, III), la drogue alliée inconstante cependant, dangereuse parfois, capable de démasquer du « très, très mauvais dont on ne veut pas, ou bien du chaotique, du bizarre, de l’extravagant » (addenda, IV)   

  « Mais quelle étrange chose tout de même que ces raccourcis » s’étonne-t-il au terme de l’Infini turbulent. Et de conclure par ces trois mots qui valent leur pesant

Mais il est important de rappeler ceci : enseigné par le travail incessant du poète, du créateur, du peintre, lequel travail consiste à se laisser aller, se lâcher, se déprendre, jouer de sa propre déprise, Michaux n’est pas seulement un homme qui prend une drogue et sombre dans l’ivresse toxique, il est un homme qui se regarde prendre de la mescaline et donc va et vient, « navette » sans cesse de l’inconscience à la conscience, comme un rêveur qui aurait trouvé une porte dérobée pour sortir instantanément de son rêve, en coucher les images sur le papier, y retourner aussitôt… Là est l’audace, la difficulté de l’expérimentation, ce qui la met en tension permanente, peut rendre certains voyages bouleversants, écartelants, inoubliables, parfois d’autant plus atroces qu’existe au cœur de cette atrocité une conscience veilleuse, un lutteur constamment aux aguets. De cette immersion le texte donne un aperçu à vif  même si on le sait coulé dans la forme du récit. C’est une trace vivante de l’incroyable travail du poète, pilote ou plongeur en inconscient   (lequel travail pourrait lui faire au fond « mériter son infini ») et cela devient un mode de « connaissance » qui a dû immanquablement faire retour sur son auteur, de même qu’il nous enseigne aujourd’hui sur nos propres gouffres, c’est enfin un document étonnant de précision, de souplesse stylistique, de verve, d’inventivité, sur l’inconscient michaudien mais aussi notre inconscient à tous, tel qu’il affleure dans nos rêves, ou apparaît fixé et floride dans les expressions de la folie.

  Et que nous dit-il donc, ce docteur Michaux, sur notre propre inconscient suractivé par la mescaline ?

  Il nous parle de vitesse d’abord. On entre avec la mes dans un autre tempo, un millier de moments à la minute, un temps extraordinairement vaste, étalé, démultiplicateur avec en fond ou par intermittences une coexistence de ce temps avec le temps normal puisque la conscience est aux aguets.

  Il nous parle du génie visuel de la mescaline, sa capacité à créer des visions, les approfondir, les multiplier en échos : luxuriance, foisonnement, foultitude et ornementation :

«  Des lignes pulullent. Les villes aux milles palais, les palais aux milles tours, les salles aux milles colonnes. (…) Des ruines, des fausses ruines tremblantes, des ornements emberlificotés (…) jusque dans une troupe de coureurs que vous regardiez et qui, sans raison, soudain s’enrubanne, s’enserpentine, s’enroule en boucles, en boucles de boucles, en volutes inarrêtables… » (Connaissance par les gouffres)

   Il nous parle de sujet traversé. Tous les verrous de la langue et de la conscience ont sauté. L’énonciateur n’est plus, il n’y a plus d’architecture de phrase, ces deux garants de l’univocité du sens. Expérience folle où les signifiants appellent les signifiants, par cousinage, par simple analogie morphologique. Plus rien ne renvoie au signifié, plus rien n’est retenu ou arrêté par ce dépôt de signification qui est dans tout signifiant, plus rien ne requiert ou n’appelle le sujet. Ca passe, ça traverse, ça s’associe de-ci de-là, une sensation entraîne une image que l’esprit développe, multiplie, chantourne, ornemente, raccorde à une autre image, parfois à un mot, aussitôt imagé ou cherchant à l’être, et ainsi de suite selon un processus en roue libre repris dans des séquences que Michaux nous décrit de long en large, surtout dans Misérable miracle et l’Infini turbulent. Ainsi, pour prendre un exemple parmi tant d’autres : Michaux regarde une photographie (lors de la première des huit expériences de l’Infini turbulent, O.C. II, 819-820), on y voit un Oriental jouant au cerf-volant. En légende ces mots anglais : « With gaudy eyes… shaped kites » dont il ne comprend pas grand-chose sinon que ça fait aïe et que ce aïe s’enfonce en lui violemment, résonne dans sa tête… Il se ressaisit, tourne la page et c’est le bruit de la page froissée maintenant qui apparaît miraculeusement amplifié, avec une tonalité étrangement solennelle, comme, se dira-t-il le lendemain, un croiseur ou un paquebot qui évolue dans un port de mer. Mais cette image-là n’est venue qu’après coup, absorbée, effacée, dira-t-il, par la mescaline, laquelle n’a laissé à l’image que sa tonalité affective : le majestueux, le solennel d’un paquebot dans un port de mer. On remarque dans cet extrait l’extrême subtilité, volatilité du processus associatif, son caractère imprévisible, sautant d’une couche à une autre, d’un niveau sensoriel à un développement imagé avorté, d’un mot lu à l’écho qui en est extrait, en sa pure violence phonique. On note aussi l’incessante tension entre la conscience et le mouvement inconscient, des effets de chevauchement, de relance ou de parasitage mutuel, le sujet qui reprend partiellement les rênes de la conscience, élabore en hâte une idée, un mot d’interprétation, lequel est à son tour source d’un nouveau déferlement associatif. Et si la dose est trop forte (comme dans « un cas de folie expérimentale ») le voilà emporté dans un maelström affolant, « comme une fauvette dans le sillage tourbillonnant des hélices d’un quadrimoteur » (Misérable miracle, OC II, 737). Dans cet état critique, l’esprit est en proie à de folles alternances, dans un ballottement sans fin du oui et du non, il est traversé d’impulsions violentes, dangereuses, jusqu’à ce qu’enfin le produit s’épuisant dans le corps, il regagne peu à peu la maîtrise des choses et cette sorte de « joie », dit Michaux de retrouver sa volonté.

  Dans ce corps à corps avec la drogue la disposition émotionnelle oriente, surdétermine « le voyage ». On le voit bien dans les huit expériences qui forment le corpus de l’Infini turbulent. Un esprit inquiet sous mescaline verra naître des monstres, un esprit apaisé pourra recevoir en cadeau des visions divines, mais un esprit qui attend trop, qui est trop crispé sur son attente, n’aura en reste que quelques indescriptibles « passage de rien » (Infini turbulent, 8ème expérience)

  En termes de visions divines d’ailleurs, la troisième expérience de L’Infini turbulent témoigne plus que les autres de cet appel de l’infini dont Michaux parle à plusieurs reprises et qui participe pour lui de l’ineffaçable. J’en cite la fin du commentaire enchanté :

« …L’écran de l’histoire, il n’y avait plus rien dessus./ L’écran du cadastre, des calculs, des buts, il n’y avait plus rien dessus. /Libéré de toute haine, de toute animosité, de toute relation. /Au dessus des résolutions et des irrésolutions/au-delà des aspects/là où il n’y a ni deux, ni plusieurs mais litanie, litanie de la Vérité/ du Ce dont on ne peut donner le signe au-delà de l’antipathie, du non, du refus / AU DELA DE LA PREFERENCE /dans l’enchantement de la pureté absolue/ là où l’impureté ne peut être ni conçue, ni sentie, ni avoir de sens / j’entendais le poème admirable, le poème grandiose/ le poème interminable/ le poème aux vers idéalement beaux sans rimes, sans musique, sans mots qui sans cesse scande l’univers. » (Infini turbulent, OC, II, 859-860

Voilà certes pour la mescaline mais la mes n’est pas le chanvre, ni la psilocybine. Chaque produit étant d’ailleurs à appréhender comme quelqu’un plutôt que quelque chose, nous dit Michaux, quelqu’un : une présence habitante que l’on a envie de cerner, qualifier, caractériser, anthropomorphiser. Ainsi le chanvre se révèle à l’usage être « un poney plutôt qu’une auto de course », il donne une euphorie légère, une légèreté du corps, une hyperacuité auditive et tactile, des visions inconstantes, plutôt construites et comme sournoisement piégées. Mais infiniment plus observable ou plus manipulable que la mescaline, il offrira l’occasion de tenter de saisir la pensée en marche, cette autre visée de Michaux : « saisir le saisir », en se servant de cette chambre d’échos et d’affleurement inconscient qu’est l’esprit sous haschisch. Quant à la psilocybine, extraite d’un champignon hallucinogène, elle peut-être aussi une autre « explorée », mais elle est lourde, très lourde, écrasante, « désingularisante », occasion d’une noyade ou d’une dérive en eau lourde à l’hôpital Sainte Anne mais qui nous donne l’occasion d’assister par la lorgnette féroce de Michaux au spectacle des quatre médecins qui l’assistent :

« …car enfin il fallait bien reconnaître que c’était moi qui subissais le cataclysme psilocybique, non eux, et c’étaient eux qui prenaient l’air déshabité de zombis et tels que, s’il n’y avait pas tant de choses étranges à Sainte-Anne le portier eût dû hésiter tout à l’heure à les laisser sortir dans l’état où ils étaient. Rigides, en bois, mal agencés, mal conçus, essais lamentables d’imitation de têtes d’hommes fait par un paysan sculpteur du dimanche dans un canton suisse, leur groupe était ahurissant. »

   Michaux donc et les psychiatres, Michaux psychiatre, Michaux qui écrit à Jean Paulhan tandis qu’il travaille à Connaissance par les gouffres : «  Tu ne regretteras pas ta patience. C’est toute la psychiatrie redigérée que tu recevras.»  Et le livre s’attache en effet dans sa deuxième partie à décrire « de l’intérieur » le déraisonnement psychiatrique. Ce sont les fameuses situations-gouffres pour lesquels Michaux s’est amplement documenté, assistant à des présentations de malades, endossant la blouse blanche grâce à une complice psychiatre, se fascinant pour les productions artistiques des ravagés. La boucle est bouclée chez cet homme qui se passionnait depuis toujours pour les animaux et les anormaux, qui projetait d’écrire dans sa jeunesse un essai poético-philosophico-scientifique intitulé : « Rêve, jeu, littérature et folie », et qui écrirait par exemple beaucoup plus tard : « Quoi de plus vaste, de plus abondant, de plus intime que le pathologique ? » (Poteaux d’angle, OC III, 1071)

   Projetant sa propre expérience de déconnection mescalienne, le poète inventorie dans ces Situations-gouffres les états de conscience altérée que rencontrent l’aliéné : sentiment d’étrangeté, de persécution, de chaos intérieur, de brusque évidence, assujettissement aux voix, certitude délirante, commerce avec l’infini… La description en est précise, comme perçue de l’intérieur et somptueusement écrite. Même s’il est étrange de mélanger deux formes d’approches, plutôt étrangères l’un à l’autre, l’observation « scientifique » et l’écriture littéraire, ces petites vignettes cliniques (comme diraient les analystes) ces paroles données aux fous ou aux « malajustés » (cfr Artaud) ne sont pas seulement à prendre comme des dérives poétiques ou littéraires, ce sont des observations extraordinairement pénétrantes, des fragments essentiels d’une phénoménologie de la psychose, soulignant par leur double nature textuelle (l’écart exigé par l’expertise scientifique, l’identification propre à l’entreprise de littérature) qu’être en face de l’autre malade ou aliéné c’est être en face d’un autre soi, et que toute approche de cet autre ne peut aller sans une tentative de rencontre, d’empathie, de compréhension, cette « observation participante » qui est au cœur de toute la psychiatrie d’orientation analytique. Je cite un passage du début des Situations-gouffres, évoquant « la perte du corps » de l’aliéné :

«  Il (l’aliéné) se sent sans raison devenu autre, autre parmi les hommes, autre à lui-même, son corps déplacé, presque d’un autre./ Il bute sur cette absence-présence qui a quelque chose d’invraisemblable, d’indéfinissable. Son corps il continue à le voir, mais la vue est ce qu’il y a de moins convaincant. (…) Il peut en faire l’occupation, l’occupation par la sensibilité, la seule qui l’intéresserait, son « réel » à lui, base de tout autre réel et de la vie même, et pourtant sa vie continue, inexplicablement, seule, énuclée. (…) Dans cette surprenante soustraction il est seul. (…) Seul sans solitude. Il n’est plus préservé par le « nous », l’entre nous de l’homme et de son corps. (…) A côté de cela la solitude d’un méditatif est un palais. Celle d’un gueux est un nid, pouilleux mais nid quand même. Ici pas de nid. Solitude sans jouir d’être seul. Isolement sans abri. (…) Avec son corps il a perdu « sa demeure ». Il a perdu toutes ses demeures. » (Connaissance par les gouffres, NRF, P.180-181)

Pour sûr, il faudrait inviter les jeunes apprentis psychiatres à lire et relire les Situations gouffres. Elles sont bien plus parlantes que toutes les nosologies officielles et les descriptifs de symptômes repris dans les bibles psychiatriques, parce qu’elles s’appuient sur une expérience personnelle et une somptueuse langue d’écrivain. Faire côtoyer en faculté de médecine Henri Ey et Henri Michaux, prescrire aux étudiants la lecture de ce poète barbare, sauvage arpenteur de nos gouffres, voilà qui ne déplairait sans doute pas à l’auteur d’un certain Plume. Gageons qu’il en rirait de son rire de faune, déroutant et joueur.

  Au terme de la traversée mescalinienne qui aura duré plus ou moins dix ans, avec de plus lointaines « répliques », Michaux n’en continuera pas moins sa route, abandonnant insensiblement la fable, l’invention métaphorique fabuleuse, se rapprochant peu à peu du Michaux ascète, un peu moins furieux, moins féroce, plus sage, plus « réconcilié » de la fin de sa vie (déplorant dans un entretien en 61 le fait que « la drogue l’avait rendu plus conscient des son esprit » et que cela n’allait pas sans une certaine déperdition (conversation avec J. Ashbery, OC, II, notes sur Misérable miracle)

  Jusqu’au bout il ne perdrait cependant rien de son insatiable curiosité et de sa fringale de vivre. Peu d’hommes ont en effet été aussi loin que lui dans l’expérimentation de la vie, la vie comme aventure et l’aventure comme espace infini d’exploration. À septante ans il prenait des leçons de planeur, à quatre-vingts ans il visitait les volcans d’Auvergne. Et quelques heures avant sa mort il demandait encore qu’on lui apporte un livre d’histoires naturelles dans sa chambre d’hôpital.

  Pour clore donc cette évocation, très résumée et introductive, j’aimerais terminer par ce fragment en marge de Poteaux d’angle, qui me sert à moi de leçon de vie :

« Ne pas amasser.

  Laisse d’autres compter le tas de tes années.

  Laisse de la place toujours pour de grandes échappées.

  La dernière heure en grand peut encore ouvrir… si tu demeures prêt »                                                       

                                                                           (OC III, 1092)

                                                           François Emmanuel

                                                            Mai 2007

http://www.francoisemmanuel.be/HenriMichaux.html

S.

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28 avril 2008

connaitre.....

assembler_by_Kosmur

Connaitre,  c'est ne pas connaitre:

Voila l'excellence.

Ne pas connaitre, c'est connaitre

Voila l'erreur.

Qui prend conscience de son erreur

ne commet plus d'erreur.

Le saint ne commet aucune erreur

parce qu'il en prend conscience,

voila pourquoi il évite toute erreur.

LAO TSEU

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21 avril 2008

un autre talent.......

bien_by_KalifBanane

http://www.kalifbanane.deviantart.com/

un talent a decouvrir.......

S.

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